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MORNY Mathilde de

Qui est Mathilde de Morny ?

Nom complet : Sophie Mathilde Adèle Denise de Morny.
Naissance : 26 mai 1863 (Paris, France).
Mort : 29 juin 1944 (Paris, France) à 81 ans.
Pseudonymes : Missy, Yssim, Oncle Max, Max et Monsieur le Marquis.
Activité : artiste, peintre, sculptrice et personnalité mondaine.
Notoriété : célébrité du Paris de la Belle Époque, connue pour son expression masculine et sa relation avec Colette.

Où se trouve la tombe de Mathilde de Morny ?

Mathilde de Morny repose dans la chapelle familiale de la division 54 du cimetière du Père-Lachaise, auprès de son père Charles de Morny et de sa mère Sophie Troubetzkoï.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 54
Plan du Père-Lachaise indiquant la division 54.

Le monument funéraire de Mathilde de Morny au Père-Lachaise

Élevée en 1866, la vaste chapelle de la famille de Morny est construite en pierre de Bourgogne et de Chauvigny. Elle mesure environ six mètres de long sur cinq mètres de large et se trouve entourée d’une plate-bande, d’une grille et de piles. Sa façade monumentale porte la dédicace latine « Pro Patria et Imperatore », pour la Patrie et l’Empereur.

Le caveau réunit plusieurs générations de la famille. Mathilde y repose avec son père, le duc Charles de Morny, demi-frère de Napoléon III, et sa mère, la princesse Sophie Troubetzkoï.

Chapelle de la famille de Morny où repose Mathilde de Morny
Chapelle de la famille de Morny dans la division 54. Wikimedia Commons, licence libre indiquée sur la page du fichier.
Détail intérieur de la chapelle funéraire de Mathilde de Morny
Détail de la chapelle funéraire de la famille de Morny. Wikimedia Commons, licence libre indiquée sur la page du fichier.

Biographie de Mathilde de Morny

Mathilde de Morny naît à Paris le 26 mai 1863 dans l’une des familles les plus en vue du Second Empire. Elle est la quatrième et dernière enfant de Charles de Morny, financier, président du Corps législatif et demi-frère de Napoléon III, et de la princesse russe Sophie Troubetzkoï. Son père meurt en 1865, alors qu’elle n’a pas encore deux ans. La jeune Mathilde grandit donc surtout sous l’autorité de sa mère, qui épouse ensuite José Osorio y Silva, duc de Sesto et maire de Madrid.

Charles de Morny et Sophie Troubetzkoï, parents de Mathilde de Morny
Charles de Morny et Sophie Troubetzkoï, parents de Mathilde. Wikimedia Commons, domaine public.

Une enfance entre Paris et l’Espagne

La famille partage son temps entre les cercles aristocratiques français et l’Espagne. Mathilde découvre notamment la chasse en Castille auprès de son beau-père. Cette pratique, comme l’équitation, lui permet d’adopter des vêtements et des comportements alors considérés comme masculins. Très tôt, elle refuse une partie des conventions imposées aux femmes de son rang, sans pour autant renoncer aux moyens matériels que lui procure sa naissance.

Son apparence devient l’un des traits les plus commentés de sa personnalité. Cheveux courts, costumes d’homme, cravates et parfois cigare : elle construit une présentation publique cohérente avec les surnoms masculins qu’elle emploie ou accepte. Ses proches l’appellent Missy, Max ou « Oncle Max » ; elle utilise aussi l’anagramme Yssim et le nom de « Monsieur le Marquis ». Les catégories contemporaines ne permettent pas de déterminer avec certitude comment elle aurait elle-même défini son identité. Les historiens la décrivent selon les sources comme une femme masculine, une lesbienne célèbre ou une personnalité pouvant être relue à travers l’histoire transgenre.

La marquise de Belbeuf

En 1881, Mathilde épouse Jacques Godart de Belbeuf, sixième marquis de Belbeuf. Le mariage, conforme aux attentes sociales de leur milieu, ne l’empêche pas de nouer des relations avec des femmes. Le couple vit largement séparé et n’a pas d’enfant. Le divorce est prononcé en 1903, au grand désarroi de Sophie Troubetzkoï. Mathilde conserve dans l’usage mondain le titre de marquise de Belbeuf.

Grâce à sa fortune, elle mène une vie indépendante et fréquente les milieux artistiques, littéraires et homosexuels de Paris. Elle connaît notamment Liane de Pougy, Natalie Clifford Barney et d’autres figures de la sociabilité lesbienne de la Belle Époque. Son rang la protège en partie, mais son expression masculine visible la rend aussi particulièrement exposée aux caricatures et aux attaques de la presse.

Portrait de Mathilde de Morny dite Missy en tenue masculine
Mathilde de Morny, dite Missy, dans une tenue masculine. Wikimedia Commons, domaine public.

La rencontre avec Colette

Mathilde rencontre Colette vers 1905 au Cercle des arts de la mode, lieu où se croisent écrivains, journalistes, aristocrates et artistes. Colette est alors en train de se séparer de Willy, son mari et premier éditeur. La relation avec Missy lui apporte une affection stable, un soutien matériel et un espace de liberté au moment où elle cherche à gagner sa vie par la scène et à affirmer son nom d’autrice.

À partir de l’été 1906, elles séjournent ensemble au Crotoy, dans la villa Belle Plage. Ces années nourrissent l’écriture de Colette, notamment Les Vrilles de la vigne et La Vagabonde. Dans leur correspondance, l’intimité alterne avec les contraintes d’une vie exposée au regard public. Colette évoquera plus tard Missy sous le nom de « la Chevalière » dans Le Pur et l’Impur.

Colette et Mathilde de Morny photographiées ensemble en 1906
Colette et Mathilde « Missy » de Morny en 1906. Photo : Anthony et Cautin-Berger, Fantasio / Wikimedia Commons, domaine public.

Le scandale de Rêve d’Égypte

Le 3 janvier 1907, au Moulin-Rouge, Mathilde monte sur scène sous le pseudonyme d’Yssim dans la pantomime Rêve d’Égypte. Elle incarne un égyptologue qui réveille par un baiser une momie jouée par Colette. La première est perturbée par une cabale : projectiles, cris et bagarre provoquent l’intervention de la police. Le préfet Louis Lépine suspend les représentations.

L’épisode dépasse le simple scandale théâtral. Le baiser de deux femmes sur une grande scène parisienne et la présentation masculine de Missy rendent leur relation visible à un public beaucoup plus large. Une partie de la famille de Morny condamne alors Mathilde et limite son soutien financier. La presse la transforme en symbole de transgression, souvent avec une violence que Colette elle-même ne subit pas de la même manière.

Colette et Mathilde de Morny au théâtre en 1906
Colette et Mathilde de Morny au théâtre en 1906, peu avant Rêve d’Égypte. Wikimedia Commons, domaine public.

Rozven et le soutien aux milieux homosexuels

Mathilde soutient financièrement Akademos, revue fondée en 1909 par Jacques d’Adelswärd-Fersen et considérée comme la première revue homosexuelle française. Cet engagement témoigne d’une participation directe, et non seulement mondaine, aux réseaux qui cherchent à donner une expression culturelle aux vies homosexuelles.

En 1910, Missy et Colette acquièrent le manoir de Rozven à Saint-Coulomb, en Bretagne. Le vendeur refusant de traiter avec Mathilde en raison de son habillement masculin, l’acte est signé au nom de Colette. La propriété devient un refuge où l’écrivaine peut travailler loin de Paris. La relation amoureuse prend fin autour de 1911, mais les deux femmes conservent longtemps un lien fait d’affection, de souvenirs communs et de correspondance.

Page du magazine Fantasio consacrée à Mathilde de Morny en 1906
Mathilde de Morny dans le magazine Fantasio du 15 décembre 1906. BnF-Gallica / Wikimedia Commons, domaine public.

Une artiste longtemps éclipsée par la célébrité mondaine

Missy pratique la peinture et la sculpture. Son œuvre reste aujourd’hui moins documentée que sa vie sociale, en partie parce que sa célébrité s’est construite autour de son apparence et de ses relations. Elle expose et travaille sous différents noms, dont Yssim. Les témoignages la présentent comme une dessinatrice et une sculptrice sérieuse, mais une part importante de sa production est dispersée ou difficile à identifier.

Cette relative invisibilité artistique ne doit pas réduire Mathilde à la seule fonction de compagne de Colette. Sa manière de vivre, de se nommer et de se présenter publiquement constitue un acte d’autonomie remarquable dans la société de son temps. Elle utilise les privilèges de sa naissance pour construire une existence qui s’écarte des rôles féminins imposés à l’aristocratie, tout en affrontant les sanctions familiales et médiatiques qui en résultent.

Les dernières années

Avec les décennies, la fortune de Mathilde diminue. Le monde de la Belle Époque auquel elle avait appartenu disparaît après la Première Guerre mondiale. Elle mène une existence plus retirée, tout en restant présente dans les souvenirs de Colette et dans l’histoire des sociabilités lesbiennes parisiennes.

Au printemps 1944, âgée de quatre-vingt-un ans et malade, elle fait une première tentative de suicide. Elle meurt à Paris le 29 juin 1944 par asphyxie au gaz. Elle est inhumée dans la chapelle familiale du Père-Lachaise. Son parcours est aujourd’hui étudié à la croisée de l’histoire de l’art, de la littérature, des identités de genre et des cultures lesbiennes de la Belle Époque.

Œuvres et contributions principales

  • Peintures, dessins et sculptures signés notamment sous le pseudonyme d’Yssim.
  • Interprétation de l’égyptologue dans la pantomime Rêve d’Égypte au Moulin-Rouge en 1907.
  • Soutien financier à la revue Akademos en 1909.
  • Correspondance avec Colette, publiée sous le titre Lettres à Missy.
  • Soutien matériel et affectif apporté à Colette pendant ses débuts autonomes sur scène et en littérature.

Titres et noms d’usage

  • Marquise de Belbeuf par son mariage avec Jacques Godart de Belbeuf.
  • Missy, surnom le plus connu.
  • Yssim, pseudonyme artistique et anagramme de Missy.
  • Oncle Max ou Max dans son entourage.
  • Monsieur le Marquis dans certains cercles parisiens.