Qui est Charles de Morny ?
Nom complet : Auguste Charles Louis Joseph de Morny.
Naissance : 21 octobre 1811 (Paris, France), selon son état civil.
Mort : 10 mars 1865 (Paris, France) à 53 ans.
Activité : financier, industriel, diplomate et homme politique.
Notoriété : demi-frère de Napoléon III, acteur du coup d’État du 2 décembre 1851 et président du Corps législatif sous le Second Empire.
Où se trouve la tombe de Charles de Morny ?
La tombe de Charles de Morny se trouve dans la division 54 du cimetière du Père-Lachaise, avenue des Ailantes.

Le monument funéraire de Charles de Morny au Père-Lachaise
Élevée en 1866, la chapelle funéraire de la famille de Morny est un imposant édifice de pierre construit en pierre de Bourgogne et de Chauvigny. Entourée d’une plate-bande, d’une grille et de piles, elle mesure environ six mètres de long sur cinq mètres de large. Son architecture monumentale correspond au rang acquis par le duc au sommet du Second Empire.
La dédicace latine « Pro Patria et Imperatore », pour la Patrie et l’Empereur, résume la place politique du défunt. La chapelle abrite notamment Charles de Morny, son épouse Sophie Troubetzkoï et leur dernière fille, Mathilde de Morny, artiste connue sous le surnom de Missy.


Biographie de Charles de Morny
Charles de Morny naît au cœur d’un secret dynastique. Son acte d’état civil le fait naître à Paris le 21 octobre 1811 sous le nom de Charles Auguste Louis Joseph Demorny, fils déclaré d’un certain Auguste Demorny, propriétaire à Saint-Domingue. Il est en réalité le fils naturel d’Hortense de Beauharnais, reine de Hollande et épouse séparée de Louis Bonaparte, et du général Charles de Flahaut. Par sa mère, il est le demi-frère du futur Napoléon III ; par son père, il est le petit-fils naturel de Talleyrand. Certaines sources situent sa naissance réelle le 17 septembre 1811 à Saint-Maurice, en Suisse, avant l’établissement d’un acte destiné à dissimuler ses origines.
Une jeunesse protégée et une carrière militaire
L’enfant est confié à sa grand-mère paternelle, Adélaïde Filleul, puis élevé dans un milieu aristocratique qui lui procure une éducation soignée et d’utiles relations. Il fréquente le collège Bourbon, futur lycée Condorcet. Sans porter officiellement le nom de ses véritables parents, il grandit à proximité des réseaux politiques, diplomatiques et financiers de la monarchie de Juillet.
Il choisit d’abord l’armée. Entré à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, il sert dans la cavalerie et participe à la conquête de l’Algérie. Il prend part à plusieurs opérations et reçoit la croix de la Légion d’honneur. Cette carrière est brève : en 1838, il quitte le service avec le grade de lieutenant. L’expérience militaire lui a donné le goût de l’action et de l’autorité, mais sa véritable puissance se construira dans les affaires et la politique.

Le financier et l’industriel
Morny s’intéresse aux entreprises nouvelles d’une France en pleine transformation. Il investit dans le sucre de betterave et devient l’un des défenseurs des raffineurs auvergnats. Avec Fanny Mosselman, épouse de l’ambassadeur de Belgique et sa maîtresse pendant de longues années, il engage des capitaux dans la sucrerie de Bourdon, près de Clermont-Ferrand. Ses affaires mêlent industrie, crédit, chemins de fer et opérations foncières.
Cette activité lui vaut une réputation ambiguë. Ses contemporains admirent son intelligence pratique, son élégance et son aptitude à réunir investisseurs et responsables publics, mais dénoncent aussi la proximité entre ses intérêts privés et ses fonctions politiques. Morny incarne une nouvelle élite où l’influence parlementaire, les réseaux mondains et la spéculation accompagnent l’industrialisation du pays.
Député du Puy-de-Dôme
Élu député du Puy-de-Dôme en 1842, puis réélu en 1846, il siège dans la majorité favorable au gouvernement de François Guizot. Après la révolution de février 1848, il retrouve un mandat à l’Assemblée législative en 1849. Il se rapproche alors de Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République, dont il partage les liens familiaux sans avoir jusque-là cultivé une intimité constante.
Morny comprend rapidement que le président prépare une rupture avec l’Assemblée. Dans la nuit du 1er au 2 décembre 1851, il rejoint l’Élysée et accepte le ministère de l’Intérieur. Il signe les décrets qui dissolvent l’Assemblée, rétablissent le suffrage universel masculin et ordonnent l’arrestation d’opposants. Son rôle dans le coup d’État est central : il organise la prise de contrôle administrative et politique du pays.

Il démissionne dès janvier 1852, notamment en raison de désaccords sur les mesures de confiscation visant les biens de la famille d’Orléans. Ce retrait ne marque pas une rupture avec le nouveau pouvoir. Le Second Empire lui offre bientôt une position de premier plan, moins exposée que le ministère de l’Intérieur mais plus durable.
Président du Corps législatif
Député du Puy-de-Dôme au Corps législatif, Morny en devient président en 1854. Il conserve cette fonction jusqu’à sa mort, à l’exception d’une mission diplomatique en Russie. À la tête de l’assemblée, il cherche à donner du prestige à une institution dont les pouvoirs restent étroitement encadrés par le régime impérial. Il dirige les débats avec souplesse, protège certains orateurs et accompagne progressivement l’évolution vers un Empire plus libéral.

Au Palais-Bourbon, il fait aménager en 1860 la galerie des Tapisseries par l’architecte Jules de Joly. Le décor, enrichi de tapisseries des manufactures des Gobelins et de Beauvais, reflète son goût pour la représentation et les arts. Morny est collectionneur de tableaux, amateur de théâtre et homme du monde ; il sait que le pouvoir se manifeste aussi par les lieux, les cérémonies et la sociabilité.
Diplomatie, Russie et mariage
En 1856, Napoléon III l’envoie comme ambassadeur extraordinaire à Saint-Pétersbourg pour représenter la France au couronnement du tsar Alexandre II, après la guerre de Crimée. La mission doit rétablir des rapports de confiance entre les deux empires. Morny y déploie son sens des relations mondaines et diplomatiques. Il rencontre la princesse Sophie Troubetzkoï, qu’il épouse en janvier 1857.

Le couple a quatre enfants : Marie-Eugénie, Auguste, Serge et Mathilde. Cette dernière, artiste et personnalité de la Belle Époque connue sous le nom de Missy, reposera elle aussi dans la chapelle familiale. Morny avait auparavant eu avec Fanny Mosselman une fille naturelle, Louise Le Hon, future princesse Poniatowski.
Deauville, affaires et culture
Morny participe à plusieurs opérations urbaines emblématiques. Il soutient la création du Vésinet et s’associe au docteur Joseph Olliffe et au banquier Armand Donon pour développer Deauville à partir de 1860. Hippodrome, villas, hôtels et liaison ferroviaire doivent faire de la station normande un lieu de villégiature mondain. La ville conserve aujourd’hui de nombreuses traces de cette impulsion.
Il encourage également les courses hippiques, possède une importante écurie et contribue au développement de l’hippodrome de Longchamp. Auteur de pièces légères sous le pseudonyme de M. de Saint-Rémy, il fréquente les artistes, collectionne les œuvres d’art et soutient la Société nationale des beaux-arts. Ces activités ne sont pas séparées de la politique : elles participent à la mise en scène d’un Second Empire prospère, moderne et attentif aux plaisirs de la société.

Les dernières années
Créé duc de Morny en 1862, il demeure l’un des personnages les plus influents du régime. Sa santé se dégrade toutefois. Après un séjour en Russie qui l’a affaibli, il continue de présider le Corps législatif et de suivre ses affaires. Il meurt à Paris le 10 mars 1865, alors qu’il exerce encore ses fonctions.
Ses funérailles donnent lieu à une cérémonie officielle et à un vaste cortège traversant Paris. La disparition de Morny prive Napoléon III d’un conseiller capable de concilier autorité, négociation parlementaire et intérêts économiques. Sa collection de tableaux, son écurie et une grande partie de ses biens sont ensuite dispersées. Il est inhumé au Père-Lachaise dans la chapelle élevée l’année suivante pour sa famille.

Réalisations principales
- Développement de la sucrerie de Bourdon et investissements industriels et ferroviaires.
- Participation au coup d’État du 2 décembre 1851.
- Présidence du Corps législatif de 1854 à 1865.
- Mission diplomatique au couronnement d’Alexandre II en Russie en 1856.
- Aménagement de la galerie des Tapisseries du Palais-Bourbon en 1860.
- Participation à la création et au développement de Deauville.
- Pièces de théâtre écrites sous le pseudonyme de M. de Saint-Rémy.
Distinctions et fonctions
- Duc de Morny, titre créé en 1862.
- Grand-croix de la Légion d’honneur.
- Député du Puy-de-Dôme sous la monarchie de Juillet, la Deuxième République et le Second Empire.
- Ministre de l’Intérieur du 2 décembre 1851 au 22 janvier 1852.
- Président du Corps législatif de 1854 à 1865.
- Président du conseil général du Puy-de-Dôme.
- Ambassadeur extraordinaire de France en Russie en 1856.