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MORANE Léon et Robert Charles

Qui sont Léon et Robert Morane ?

Nom complet : Léon Florentin Morane.
Naissance : 11 avril 1885 (Paris, France).
Mort : 19 octobre 1918 (Paris, France) à 33 ans.
Activité : aviateur et industriel de l’aéronautique.
Notoriété : pionnier français de l’aviation, recordman de vitesse et cofondateur de Morane-Saulnier.

Nom complet : Robert Charles Morane.
Naissance : 10 mars 1886 (Paris, France).
Mort : 28 août 1968 (Paris, France) à 82 ans.
Activité : aviateur, pilote d’essai et industriel de l’aéronautique.
Notoriété : cofondateur de Morane-Saulnier et acteur majeur de l’aviation française pendant plus d’un demi-siècle.

Où se trouve la tombe de Léon et Robert Morane ?

La sépulture des frères Morane se trouve dans la division 2 du cimetière du Père-Lachaise. Léon et Robert y reposent dans le même monument familial.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 2
Plan du cimetière du Père-Lachaise : la tombe des frères Morane se situe dans la division 2.

Le monument funéraire de Léon et Robert Morane au Père-Lachaise

Le monument des Morane prend la forme d’une chapelle funéraire familiale en pierre. Sa façade étroite est couronnée d’un fronton triangulaire et fermée par une porte métallique vitrée. Les inscriptions réunissent plusieurs membres de la famille, mais elles accordent une place particulière aux deux pionniers de l’aviation.

L’épitaphe de Léon rappelle sa qualité de chevalier de la Légion d’honneur. Celle de Robert énumère ses principales récompenses : commandeur de la Légion d’honneur, médaille d’or de l’Aéronautique, de l’Aéro-Club de France, des Vieilles Tiges ainsi que des Arts, Sciences et Lettres. Une formule résume leur aventure commune : « Ils ont conquis le ciel ». Le caveau abrite également le lieutenant Lucien Léon Morane et Madeleine Oustric, épouse de Robert.

Chapelle funéraire de Léon et Robert Morane dans la division 2 du Père-Lachaise
La chapelle funéraire des frères Morane dans la division 2. Wikimedia Commons, licence libre indiquée sur la page du fichier.

Biographie de Léon et Robert Morane

Léon et Robert Morane grandissent à Paris dans une famille déjà familière des techniques mécaniques. Leur père, Benoît Florentin Morane, fabrique des pompes ; leur mère est Marie-Charlotte Lemoult. À la charnière des XIXe et XXe siècles, l’automobile et l’aviation naissante fascinent une génération d’ingénieurs, de sportifs et d’entrepreneurs. Les deux frères appartiennent pleinement à ce monde où l’on expérimente encore en public, au prix d’accidents fréquents, et où les performances d’un pilote peuvent immédiatement faire progresser une industrie.

De la mécanique aux premiers vols

Léon, l’aîné, manifeste très tôt son goût pour les machines et la vitesse. Avant l’avion, les deux frères s’intéressent à l’automobile. En 1909, alors que les meetings aériens attirent des foules considérables, ils achètent un appareil et se rapprochent du constructeur Louis Blériot. Léon apprend à piloter sur un monoplan Blériot et obtient le brevet de pilote numéro 54 le 19 avril 1910. Robert se forme à son tour et partage avec lui l’apprentissage pratique du vol.

Léon et Robert Morane auprès de leur avion en 1910
Robert et Léon Morane pendant la saison aéronautique de 1910. Photo : Maurice-Louis Branger / Wikimedia Commons, domaine public.

Le pilotage de 1910 n’a rien d’une activité routinière. Les appareils sont légers, les moteurs capricieux et les instruments rudimentaires. Il faut comprendre les réactions de la machine, lire le vent et accepter une marge de sécurité presque inexistante. Léon se révèle rapidement l’un des pilotes les plus rapides de son temps. Il participe notamment aux grandes semaines d’aviation de Rouen, de Reims et de Bordeaux, qui sont à la fois des compétitions sportives, des vitrines industrielles et des laboratoires à ciel ouvert.

Léon Morane, recordman de vitesse et d’altitude

À Reims, le 10 juillet 1910, Léon Morane porte le record mondial de vitesse à 106,508 kilomètres à l’heure sur un Blériot XI équipé d’un moteur Gnome. Il devient ainsi le premier pilote à dépasser officiellement les 100 kilomètres à l’heure. La même année, il établit également des performances d’altitude dépassant 2 500 mètres. À une époque où quelques années seulement séparent les premiers bonds motorisés des véritables voyages aériens, ces chiffres frappent l’opinion et confirment la rapidité des progrès techniques.

Léon Morane sur son Blériot lors de la Semaine de Champagne en 1910
Léon Morane sur Blériot à la Semaine de Champagne de juillet 1910, lors de son record mondial de vitesse. Wikimedia Commons, domaine public.

Le 5 octobre 1910, les deux frères tentent ensemble de remporter le Grand Prix Michelin. Le règlement impose de relier Paris au sommet du puy de Dôme en moins de six heures, avec des contraintes de parcours et d’atterrissage qui rendent l’épreuve particulièrement dangereuse. Ils décollent d’Issy-les-Moulineaux à bord d’un puissant Blériot biplace. Peu après le départ, l’appareil s’écrase près de Boissy-Saint-Léger. Léon et Robert sont grièvement blessés, mais survivent.

Mise en route de l’avion des frères Morane avant le Grand Prix Michelin de 1910
Mise en route de l’appareil des frères Morane avant leur tentative du Grand Prix Michelin, en 1910. Photo : Maurice-Louis Branger / Wikimedia Commons, domaine public.

La naissance de Morane-Saulnier

La convalescence ouvre une nouvelle étape. Raymond Saulnier, ami d’enfance de Léon et ingénieur passé par les établissements Blériot, lui rend visite. Avec Robert Morane et l’industriel Gabriel Borel, ils constituent au début de 1911 la Société anonyme des aéroplanes Morane-Borel-Saulnier. Leur premier monoplan reprend la formule générale du Blériot XI, mais recherche davantage de légèreté, de finesse aérodynamique et de stabilité.

Un Morane-Borel piloté par Jules Védrines remporte la course Paris-Madrid en mai 1911. Ce succès apporte à la jeune entreprise une publicité décisive. L’association avec Borel prend cependant fin lors du partage du prix. Le 10 octobre 1911, les frères Morane et Raymond Saulnier fondent officiellement la Société anonyme des aéroplanes Morane-Saulnier. Installée rue Volta à Puteaux, elle associe l’expérience des pilotes à la rigueur de l’ingénieur. Robert devient le premier pilote d’essai de la firme tandis que Léon participe à sa direction et à son rayonnement.

Monoplan militaire Morane-Borel présenté à Reims en 1911
Un monoplan militaire Morane-Borel à Reims en octobre 1911. Source : L’Aérophile / Wikimedia Commons, domaine public.

Morane-Saulnier se fait connaître par ses monoplans à aile haute ou parasol, maniables et rapides. L’entreprise ne se limite pas à la construction : son école de Villacoublay forme des pilotes sur ses propres appareils. En septembre 1913, Roland Garros traverse sans escale la Méditerranée de Saint-Raphaël à Bizerte aux commandes d’un Morane-Saulnier Type H, exploit qui confirme la réputation internationale de la marque.

La guerre et la disparition de Léon

La Première Guerre mondiale transforme brutalement les besoins de l’aviation. D’abord employés pour l’observation, les avions deviennent rapidement des machines de combat. Morane-Saulnier produit plusieurs types pour les forces françaises et alliées. Avec Roland Garros, la firme travaille à un dispositif permettant de tirer dans l’axe de l’hélice, étape importante dans l’évolution du chasseur monoplace. Les solutions expérimentées sont encore imparfaites, mais elles montrent la capacité de l’entreprise à répondre aux problèmes nouveaux de la guerre aérienne.

Avion Morane-Saulnier Type G pendant la Première Guerre mondiale
Un Morane-Saulnier Type G pendant la Première Guerre mondiale. Library of Congress / Wikimedia Commons, domaine public.

Léon ne voit pas la fin du conflit. Déjà chevalier de la Légion d’honneur depuis 1913, il meurt à Paris le 19 octobre 1918, emporté à trente-trois ans par la grippe espagnole. Sa disparition survient quelques semaines avant l’armistice. Robert doit désormais poursuivre sans son frère l’entreprise qu’ils avaient créée ensemble au temps héroïque des premiers meetings.

Robert Morane et un demi-siècle d’industrie aéronautique

Après 1918, Robert concentre Morane-Saulnier sur les appareils d’entraînement, de tourisme et de compétition. Il contribue aussi au développement de la formation des pilotes et fonde la Compagnie des Messageries Aériennes. La firme met au point des avions qui marquent plusieurs générations, notamment le MS.230, appareil-école robuste produit à plus d’un millier d’exemplaires, puis le chasseur MS.406, monoplan métallique à train escamotable qui équipe largement l’armée de l’air française à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Les bombardements de la guerre détruisent une partie des installations. L’entreprise reprend néanmoins son activité et transfère progressivement sa production à Ossun, près de Tarbes. Dans les années 1950, la famille des MS.880 Rallye rencontre un grand succès dans les aéroclubs grâce à ses qualités de pilotage et à son adaptation à l’école et au tourisme. Cette longévité industrielle distingue Robert des nombreux pionniers dont la carrière s’était arrêtée avec l’époque des records.

Robert Morane meurt à Paris le 28 août 1968, à quatre-vingt-deux ans. Il est inhumé auprès de Léon au Père-Lachaise. La rue des Frères-Morane, dans le 15e arrondissement de Paris, porte leur nom. Elle rappelle moins deux carrières séparées qu’une aventure fraternelle : celle de pilotes devenus constructeurs, présents depuis les fragiles monoplans de 1910 jusqu’à l’aviation moderne de l’après-guerre.

Réalisations principales

  • Records mondiaux de vitesse et d’altitude établis par Léon Morane en 1910.
  • Participation au Grand Prix Michelin Paris–puy de Dôme en 1910.
  • Création de Morane-Borel-Saulnier en 1911, puis de Morane-Saulnier avec Raymond Saulnier.
  • Monoplan Morane-Borel, vainqueur de la course Paris-Madrid de 1911 avec Jules Védrines.
  • Morane-Saulnier Type H, utilisé par Roland Garros pour la traversée de la Méditerranée en 1913.
  • Avion-école MS.230 et chasseur MS.406.
  • Famille des avions de tourisme MS.880 Rallye.

Distinctions et fonctions

  • Léon Morane : chevalier de la Légion d’honneur, décret du 7 août 1913.
  • Robert Morane : commandeur de la Légion d’honneur.
  • Robert Morane : médaille d’or de l’Aéronautique.
  • Robert Morane : médaille d’or de l’Aéro-Club de France.
  • Robert Morane : médaille d’or des Vieilles Tiges.
  • Robert Morane : médaille d’or Arts, Sciences et Lettres.
  • Cofondateurs de la Société des aéroplanes Morane-Saulnier.