Qui est Fernand Braudel ?
Date de naissance : 24 août 1902 (Luméville-en-Ornois, Meuse, France).
Date du décès : 27 novembre 1985 (Cluses, Haute-Savoie) à 83 ans.
Activité principale : Historien, professeur et directeur d’institutions de recherche.
Nom de naissance : Fernand Paul Achille Braudel.
Où est la tombe de Fernand Braudel ?
La tombe est située dans la division 32.

Le monument funéraire de Fernand Braudel au Père-Lachaise
Fernand Braudel repose dans la 32e division du Père-Lachaise. Sa sépulture est une tombe familiale sobre, en pierre, portant le nom de l’historien. Elle ne comporte pas de monument sculpté particulier.

ManoSolo13241324, CC0, via Wikimedia Commons.
Tombe de Fernand Braudel au cimetière du Père-Lachaise, 2024.

Pierre-Yves Beaudouin, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Sépulture de Fernand Braudel au Père-Lachaise.
Biographie de Fernand Braudel
Fernand Braudel a changé la manière d’écrire l’histoire. Au lieu de se limiter aux batailles, aux règnes et aux décisions des gouvernants, il a voulu saisir les mouvements lents qui organisent durablement la vie des sociétés : les mers, les montagnes, les routes, les techniques, les prix, les villes et les échanges. Cette attention aux structures de longue durée a fait de lui l’une des figures majeures de l’école des Annales et l’un des historiens français les plus influents du XXe siècle.
Une enfance lorraine et une formation d’historien
Fernand Paul Achille Braudel naît le 24 août 1902 à Luméville-en-Ornois, dans la Meuse, non loin de Verdun. Son père est instituteur puis professeur de mathématiques. Il passe une partie de son enfance dans un milieu rural lorrain, auprès de sa grand-mère, avant de rejoindre ses parents à Paris. Cette double expérience, de la campagne et de la capitale, nourrit plus tard son intérêt pour les rapports entre les territoires, les activités quotidiennes et les formes de civilisation.
De 1913 à 1920, il étudie au lycée Voltaire. Il poursuit ensuite des études d’histoire à la Sorbonne, où il suit notamment l’enseignement d’Henri Hauser. Reçu à l’agrégation d’histoire en 1924, il choisit l’enseignement. Son premier poste le conduit en Algérie française, d’abord à Constantine, puis à Alger. Ces années méditerranéennes, de 1924 à 1932, sont décisives : il découvre un espace de circulations, de rivalités et de contacts entre les rives de l’Europe, de l’Afrique et du Proche-Orient.

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Portrait de Fernand Braudel.
La Méditerranée, premier grand chantier
À cette époque, Braudel envisage une thèse sur la politique méditerranéenne de Philippe II. Son sujet se transforme progressivement. L’archive diplomatique et l’histoire du souverain espagnol ne lui suffisent plus : il veut comprendre le cadre entier dans lequel les décisions politiques prennent sens. Le climat, les reliefs, les saisons de navigation, les marchés, les hommes et les techniques doivent entrer dans le récit. La Méditerranée devient ainsi le véritable personnage de sa recherche.
Après des années d’enseignement au lycée Condorcet puis au lycée Henri-IV, il est nommé à l’université de São Paulo de 1935 à 1937. Le séjour brésilien élargit encore son regard. Au retour, une rencontre avec Lucien Febvre, l’un des fondateurs de la revue Annales, oriente durablement son travail. Braudel entre à l’École pratique des hautes études en 1937. Avec Febvre, il trouve un milieu intellectuel qui refuse de séparer l’histoire de la géographie, de l’économie, de la sociologie et de l’anthropologie.

yjo, domaine public, via Wikimedia Commons.
Schéma illustrant les temporalités distinguées dans l’approche historique de Fernand Braudel.
La captivité et l’invention de la longue durée
Mobilisé en 1939, Fernand Braudel est fait prisonnier en juin 1940. Il demeure captif en Allemagne jusqu’en 1945, notamment dans les oflags de Mayence puis de Lübeck. L’épreuve est longue, mais elle ne suspend pas son travail. Privé de ses dossiers et de ses archives, il rédige une grande partie de sa thèse à partir de ses notes, de sa mémoire et des livres qu’il peut consulter. Cette situation renforce son éloignement de l’« histoire événementielle », trop proche selon lui du vacarme immédiat de la guerre.
Il élabore alors une manière d’observer le temps historique à plusieurs niveaux. Le temps le plus lent est celui des milieux géographiques et des structures matérielles. Viennent ensuite les conjonctures économiques et sociales, qui se déploient sur plusieurs décennies. Les événements politiques, enfin, ne sont pas niés, mais replacés dans une durée plus ample. Cette méthode, souvent associée à l’expression « longue durée », devient l’un des apports les plus féconds de son œuvre.
Libéré en 1945, Braudel reprend ses sources et achève sa thèse. Il la soutient en 1947. Publié en 1949 sous le titre La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, l’ouvrage impressionne par son ambition et son architecture. Il ne raconte pas seulement un conflit entre puissances : il déploie une histoire de l’espace méditerranéen, des échanges et des sociétés qui le composent. Le livre devient rapidement une référence internationale.

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Portrait de Fernand Braudel reproduit sur une édition de L’Identité de la France.
Bâtir les institutions des sciences sociales
Après la guerre, Braudel ne se contente pas d’écrire. Avec Lucien Febvre et Charles Morazé, il participe au développement de la sixième section de l’École pratique des hautes études, consacrée aux sciences économiques et sociales. Il dirige le Centre de recherches historiques et, après la mort de Febvre en 1956, prend une place centrale dans la revue Annales. Son influence vient autant de ses livres que de sa capacité à réunir des chercheurs d’horizons très différents.
Élu au Collège de France en 1949, il y enseigne jusqu’en 1968. Son cours sur les civilisations, préparé au début des années 1960, propose une vision comparée des grands ensembles du monde. Il défend une histoire attentive aux économies, aux pratiques sociales, aux croyances et aux cadres géographiques. Cette démarche contribue à renouveler profondément les sciences humaines françaises de l’après-guerre.
En 1962, avec Gaston Berger, il participe à la création de la Fondation Maison des sciences de l’homme. Il en assure la direction à partir de 1970. Lorsque la sixième section devient en 1975 l’École des hautes études en sciences sociales, l’EHESS, l’institution porte l’empreinte de cette ambition interdisciplinaire. Braudel encourage les travaux collectifs et les échanges internationaux, sans réduire l’histoire à une discipline isolée.

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Plaque en hommage à Fernand Braudel.
Du capitalisme à l’identité française
Son second grand ensemble, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVe-XVIIIe siècle, paraît en plusieurs étapes entre 1967 et 1979. Braudel y distingue la vie matérielle quotidienne, l’économie de marché et le capitalisme. Il insiste sur le fait que le capitalisme ne se confond pas simplement avec le commerce ordinaire : il s’appuie sur des positions de pouvoir, sur les grands réseaux et sur des marchés dominants. Les villes, les foires, les ports et les routes maritimes deviennent les éléments d’une vaste histoire du monde.
Il entreprend ensuite L’Identité de la France, vaste réflexion sur la formation du pays, ses territoires et ses sociétés. Le projet reste inachevé. À la fin de sa vie, il continue néanmoins d’écrire, de recevoir et de diriger des travaux. Élu à l’Académie française en 1984, il meurt à Cluses, en Haute-Savoie, le 27 novembre 1985. Il est ensuite inhumé au Père-Lachaise.
Œuvres principales
- La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II (1949, édition revue et augmentée en 1966).
- Grammaire des civilisations (1963).
- Écrits sur l’histoire (1969).
- La Dynamique du capitalisme (1985).
- Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVe-XVIIIe siècle, 3 volumes : Les Structures du quotidien, Les Jeux de l’échange et Le Temps du monde (1979).
- L’Identité de la France, projet posthume inachevé (1986-1987).
Distinctions et fonctions
- 1949 : élu professeur au Collège de France.
- 1956 : directeur de la sixième section de l’École pratique des hautes études.
- 1970 : directeur de la Fondation Maison des sciences de l’homme.
- 1984 : élu à l’Académie française.