Qui est Abel-François Villemain ?
Nom complet : Abel-François Villemain.
Naissance : 9 juin 1790 (Paris, France).
Mort : 8 mai 1870 (Paris, France) à 79 ans.
Activité : écrivain, critique littéraire, professeur et homme politique français.
Notoriété : professeur d’éloquence française à la Sorbonne, secrétaire perpétuel de l’Académie française et ministre de l’Instruction publique sous la monarchie de Juillet.
Où se trouve la tombe d’Abel-François Villemain ?
La tombe d’Abel-François Villemain se trouve dans la division 60 du cimetière du Père-Lachaise, à Paris.

Le monument funéraire d’Abel-François Villemain au Père-Lachaise

La sépulture d’Abel-François Villemain, située dans la 60e division du Père-Lachaise, prend la forme d’une haute stèle de pierre à l’architecture très travaillée. Deux colonnettes à chapiteaux encadrent la partie centrale, surmontée d’un grand arc arrondi et d’un décor sculpté qui donne au monument l’allure d’un véritable édicule commémoratif.
Au centre de la partie supérieure subsiste un grand emplacement circulaire aujourd’hui vide. Il accueillait autrefois un médaillon en bronze représentant Villemain, réalisé en 1880 par le sculpteur Alexandre-Victor Lequien et mesurant environ 37 centimètres de diamètre. Ce portrait a depuis disparu du monument.
Sous cet emplacement, une importante composition de guirlandes et de draperies sculptées précède une grande plaque gravée rappelant les principales fonctions de Villemain : secrétaire perpétuel de l’Académie française, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, professeur à la Faculté des lettres, pair de France et ministre de l’Instruction publique.
Le monument conserve ainsi la mémoire d’un homme qui occupa une place importante dans la vie littéraire, universitaire et politique du XIXe siècle. Son épouse, Louise Desmousseaux de Givré, qu’il avait épousée en 1832, repose également dans la sépulture familiale.

Biographie d’Abel-François Villemain
Abel-François Villemain naît à Paris le 9 juin 1790, au moment où la Révolution française bouleverse les institutions et les carrières. Son père, Ignace-Jean Villemain, est marchand de soieries ; sa mère, Anne-Geneviève Laumier, appartient à une famille de la bourgeoisie parisienne. L’enfant montre très tôt une remarquable facilité pour les langues, la littérature et la parole. Après une première formation dans l’institution de Planche, il poursuit ses études au lycée Louis-le-Grand, alors l’un des principaux établissements de la capitale.
Un élève devenu professeur
Son talent d’orateur se manifeste dès l’adolescence. Élève de rhétorique de Luce de Lancival, il est parfois chargé de suppléer son maître lorsque celui-ci ne peut assurer son cours. Villemain entreprend parallèlement des études de droit, mais sa vocation se dessine déjà du côté des lettres et de l’enseignement. Louis de Fontanes, grand maître de l’Université impériale, remarque ses aptitudes et le nomme en 1810 professeur suppléant de rhétorique au lycée Charlemagne. Il n’a alors que vingt ans.

La chute de l’Empire et le retour des Bourbons ne ralentissent pas son ascension. Il se distingue dans les concours de l’Académie française : son Éloge de Montaigne est couronné en 1812, puis de nouveaux prix lui sont attribués en 1814 et en 1816. Lors de la séance solennelle de 1814, l’Académie l’autorise exceptionnellement à lire lui-même son texte devant l’Institut, en présence du roi de Prusse et de l’empereur de Russie. Cette reconnaissance consacre à la fois son érudition et un art de l’éloquence particulièrement adapté à la culture académique de son temps.
La Sorbonne et la naissance de la littérature comparée
En 1814, Villemain supplée François Guizot pour l’enseignement de l’histoire moderne à la Faculté des lettres de Paris. Deux ans plus tard, il remplace Pierre-Paul Royer-Collard dans la chaire d’éloquence française, qu’il occupe jusqu’en 1826. Ses cours de la Sorbonne attirent un public nombreux. Avec Guizot et Victor Cousin, il contribue à faire de l’enseignement supérieur une tribune où l’histoire, la philosophie et la littérature éclairent les débats contemporains.

Villemain ne se contente pas de commenter les classiques français. Il rapproche les littératures européennes, compare les époques et relie les formes littéraires aux sociétés qui les ont produites. Son Cours de littérature française, publié à partir de 1828, rassemble des leçons consacrées au Moyen Âge et au XVIIIe siècle en France, en Italie, en Espagne et en Angleterre. Cette démarche historique et comparative participe à l’émergence, en France, de ce qui deviendra la littérature comparée. Son éloquence vive, nourrie d’exemples et de portraits, contribue beaucoup à son succès.
L’écrivain développe cette méthode dans des recueils comme les Discours et mélanges littéraires, les Études de littérature ancienne et étrangère et les Études d’histoire moderne. Il s’intéresse aussi bien à Pindare et Cicéron qu’à Shakespeare, Chateaubriand ou aux écrivains du XVIIIe siècle. Sa critique recherche moins la théorie abstraite qu’une compréhension des œuvres par leur contexte historique, leur langue et leur influence.

L’Académie française et la défense des libertés
Le 24 avril 1821, à seulement trente ans, Villemain est élu à l’Académie française au fauteuil 17, succédant à Louis de Fontanes, qui l’avait désigné comme son héritier intellectuel. Il est reçu le 28 juin suivant. Il participe à la Commission du Dictionnaire et rédige la préface de l’édition de 1835. Le 11 décembre 1834, il devient secrétaire perpétuel de l’institution, fonction qu’il conserve jusqu’à sa mort. Pendant près d’un demi-siècle, il joue ainsi un rôle central dans les élections, les prix et la représentation publique de l’Académie.
Sous la Restauration, sa position évolue vers le libéralisme. En 1827, il signe avec Chateaubriand et Charles de Lacretelle une supplique adressée au roi en faveur de la liberté de la presse. Cet engagement lui coûte sa place de maître des requêtes au Conseil d’État. Les cours de Villemain, Guizot et Cousin, jugés trop libéraux par le pouvoir, sont suspendus avant d’être rétablis en 1828. Ces épisodes donnent à l’universitaire une autorité politique fondée sur la défense de la parole publique et de l’indépendance intellectuelle.

Député, pair de France et ministre
La révolution de Juillet 1830 ouvre à Villemain une carrière parlementaire. Élu député, il siège parmi les doctrinaires, ces libéraux modérés qui souhaitent concilier les acquis de 1789 avec une monarchie constitutionnelle. Il devient pair de France en 1832. Son activité politique reste étroitement liée aux questions d’éducation, de culture et de liberté de la presse, domaines dans lesquels son expérience de professeur et d’académicien lui donne une compétence reconnue.
Villemain est nommé ministre de l’Instruction publique en 1839, puis exerce de nouveau cette responsabilité de 1840 à 1844 dans les gouvernements dirigés par le maréchal Soult. Il cherche à réorganiser l’enseignement secondaire et à établir un équilibre entre l’Université et l’enseignement religieux. Son projet de loi sur la liberté de l’enseignement rencontre toutefois une forte opposition. Pris entre les exigences du clergé, de l’Université et de la majorité parlementaire, il traverse une grave crise de santé et quitte le ministère en 1844.

Après son retrait du gouvernement, Villemain reprend sa place à la Chambre des pairs et intervient notamment sur les réfugiés politiques et l’enseignement de la médecine. La révolution de 1848 met fin à la pairie, mais il demeure secrétaire perpétuel de l’Académie française et poursuit ses travaux. Il avait épousé Louise Desmousseaux de Givré, issue d’une famille liée à l’administration et à la vie politique de l’époque.
Les dernières années d’un homme de lettres
Sous le Second Empire, Villemain continue de publier des études historiques et littéraires. Ses Souvenirs contemporains d’histoire et de littérature reviennent sur les transformations politiques et intellectuelles dont il a été le témoin. Il consacre également des ouvrages à Chateaubriand, à Pindare, à l’éloquence chrétienne et au pape Grégoire VII. En 1860, La France, l’Empire et la Papauté prend position en faveur du pouvoir temporel du pape, alors au cœur des tensions liées à l’unité italienne.

Son influence littéraire décline à mesure que de nouvelles méthodes critiques s’imposent, notamment avec Sainte-Beuve. Pourtant, son rôle de passeur entre l’histoire, l’éloquence et l’étude comparée des littératures reste essentiel. Il a contribué à élargir l’horizon de l’enseignement français au-delà du seul canon national et à transformer la leçon universitaire en un événement intellectuel accessible à un vaste public.
Abel-François Villemain meurt à Paris le 8 mai 1870, quelques mois avant la chute du Second Empire, à l’âge de 79 ans. Grand officier de la Légion d’honneur, académicien pendant quarante-neuf ans et secrétaire perpétuel pendant plus de trente-cinq ans, il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 60. Son parcours réunit trois mondes rarement séparés au XIXe siècle : l’université, la littérature et l’État.
Œuvres principales
- Éloge de Montaigne (1812)
- Histoire de Cromwell (1819)
- Lascaris ou les Grecs du XVe siècle (1825)
- Discours et mélanges littéraires (1823)
- Nouveaux mélanges historiques et littéraires (1827)
- Cours de littérature française (à partir de 1828)
- Études de littérature ancienne et étrangère (1846)
- Tableau de l’éloquence chrétienne au IVe siècle (1849)
- Souvenirs contemporains d’histoire et de littérature (1853-1855)
- M. de Chateaubriand, sa vie, ses écrits, son influence littéraire et politique sur son temps (1858)
- Essai sur le génie de Pindare et sur la poésie lyrique (1859)
Distinctions et fonctions
- Lauréat de l’Académie française en 1812, 1814 et 1816
- Professeur d’éloquence française à la Faculté des lettres de Paris
- Membre de l’Académie française, fauteuil 17, de 1821 à 1870
- Secrétaire perpétuel de l’Académie française de 1834 à 1870
- Député à partir de 1830 puis pair de France à partir de 1832
- Président de la Société des gens de lettres de 1837 à 1839
- Ministre de l’Instruction publique en 1839-1840 puis de 1840 à 1844
- Membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres à partir de 1841
- Président de la Société de géographie en 1841-1842
- Grand officier de la Légion d’honneur