Qui est Louis Verneuil ?
Nom complet : Louis Jacques Marie Collin du Bocage, dit Louis Verneuil.
Naissance : 14 mai 1893 (Paris, France).
Mort : 3 novembre 1952 (Paris, France) à 59 ans.
Activités : auteur dramatique, scénariste, acteur et directeur de théâtre.
Notoriété : l’un des maîtres du théâtre de boulevard français de l’entre-deux-guerres.
Où se trouve la tombe de Louis Verneuil ?
La tombe de Louis Verneuil se trouve dans la division 84 du cimetière du Père-Lachaise.

Le monument funéraire de Louis Verneuil au Père-Lachaise

La sépulture de Louis Verneuil, située dans la 84e division du Père-Lachaise, est un monument de pierre très bas, presque entièrement horizontal. Une large dalle légèrement inclinée repose sur un soubassement rectangulaire, tandis qu’un petit bloc placé à la tête de la tombe porte simplement l’inscription « Louis Verneuil, 1893-1952 ».
Le monument ne comporte pas de décor sculpté particulier ni de référence directe au théâtre ou au cinéma. Son intérêt tient justement à cette grande simplicité, renforcée aujourd’hui par la végétation abondante qui l’entoure et qui dissimule parfois en partie la tombe. Les photographies prises en 2014 et 2023 montrent que sa structure est restée inchangée.
Louis Verneuil, de son vrai nom Jacques Marie Colin du Bocage, fut l’un des auteurs de théâtre les plus joués de l’entre-deux-guerres. Acteur, dramaturge et scénariste, il écrivit notamment de nombreuses comédies adaptées ensuite au cinéma et repose ici depuis sa mort en 1952.

Biographie de Louis Verneuil
Louis Jacques Marie Collin du Bocage naît à Paris le 14 mai 1893. Son nom civil appartient à une famille liée à la géographie savante : le patronyme Collin du Bocage avait été adopté en souvenir de ses ascendants Barbié du Bocage, dont Jean-Denis, géographe et membre de l’Institut. Le jeune Louis choisit pourtant un autre territoire, celui de la scène. Sous le nom de Louis Verneuil, il construit en quelques décennies une œuvre considérable et devient l’un des auteurs les plus joués du théâtre de boulevard français.
Des débuts précoces sur les scènes parisiennes
Verneuil se fait connaître très jeune, au moment où Paris possède un réseau extraordinairement actif de théâtres privés. En 1911, il paraît déjà comme comédien dans Une Réparation de Julien Berr de Turique, au Casino d’Houlgate. La Première Guerre mondiale ne met pas fin à ses ambitions : en 1917, il joue au théâtre Édouard-VII dans sa propre pièce La Jeune Fille au bain. Deux ans plus tard, Pour avoir Adrienne, au théâtre Michel, confirme sa double identité d’auteur et d’interprète.

Son écriture répond avec précision aux attentes du boulevard : intrigue limpide, quiproquos rapides, réparties élégantes et observation des relations amoureuses ou familiales. Il ne se contente toutefois pas de fabriquer des mécanismes comiques. Il connaît la scène de l’intérieur, mesure le rythme d’une réplique, comprend la place d’un silence et écrit pour des interprètes dont la personnalité devient une composante de la pièce. Cette intelligence pratique explique la fréquence avec laquelle ses œuvres passent de la lecture au plateau.
Sarah Bernhardt et une famille de théâtre
Sa vie privée le rapproche directement d’une dynastie théâtrale. Il épouse Lysiane Bernhardt, petite-fille de Sarah Bernhardt. Pour la grande tragédienne, il écrit Régine Armand, puis Daniel. Cette dernière pièce, créée au théâtre Sarah-Bernhardt, est associée à l’une des ultimes apparitions publiques de l’actrice, à Turin à l’automne 1922, quelques mois avant sa mort. La proximité de Sarah Bernhardt place Verneuil au contact d’une tradition scénique prestigieuse, mais il impose un ton qui lui est propre, résolument contemporain et tourné vers la comédie.

Un empire du boulevard avec Georges Berr
Le partenaire essentiel de sa carrière est Georges Berr, comédien, sociétaire de la Comédie-Française et dramaturge expérimenté. Ensemble, ils écrivent vingt-cinq pièces. Verneuil en signe trente-huit autres seul, auxquelles s’ajoutent des pièces en un acte, des revues et de nombreux travaux pour le cinéma. Cette production, réalisée en environ vingt-cinq ans, est exceptionnelle par son volume autant que par son taux de réussite. Des titres comme Le Fauteuil 47, Azaïs, Maître Bolbec et son mari, Pile ou face, La Banque Nemo, L’École des contribuables ou L’Amant de cœur circulent largement sur les scènes françaises.
De 1923 à 1928, Verneuil dirige simultanément le théâtre de la Renaissance et le théâtre Antoine. Il ne dépend donc plus seulement des directeurs auxquels il propose ses textes : il choisit ses distributions, organise ses saisons et participe directement à la production. Cette position renforce sa maîtrise de la chaîne théâtrale, depuis l’écriture jusqu’à la rencontre avec le public. Dans les années 1930, il est régulièrement comparé à Sacha Guitry par sa présence constante à l’affiche et par sa capacité à transformer la vie mondaine en matière dramatique.

Elvire Popesco, interprète privilégiée
Parmi les interprètes qui donnent un visage à son théâtre, Elvire Popesco occupe une place majeure. L’actrice roumaine naturalisée française possède une diction, une énergie et un accent qui deviennent des ressorts comiques recherchés. Verneuil lui offre plusieurs de ses grands succès, notamment Ma cousine de Varsovie et L’Amant de Madame Vidal. Leur collaboration illustre une méthode fondée sur l’adaptation à l’acteur : le personnage n’est pas abstrait, il est écrit en tenant compte d’une voix, d’une allure et d’un sens particulier du tempo.
Le succès populaire ne doit pas masquer le savoir-faire de ces comédies. Verneuil excelle à installer une situation en quelques minutes, à déplacer les alliances entre les personnages et à retarder la résolution sans perdre le spectateur. Ses intrigues observent le couple, l’argent, la jalousie et les conventions sociales d’une bourgeoisie qui veut préserver les apparences. Le rire naît moins d’une satire violente que d’un dérèglement progressif de la normalité.

Du théâtre filmé au cinéma
Verneuil comprend tôt que le cinéma peut prolonger la carrière d’une pièce. Avec Marcel Pagnol, il compte parmi les défenseurs du théâtre filmé, formule parfois méprisée mais qui permet de conserver l’efficacité des dialogues tout en touchant un public beaucoup plus vaste. Il travaille comme scénariste, dialoguiste, adaptateur, réalisateur et acteur. Sa filmographie comprend des adaptations de ses propres comédies et des scénarios originaux ; Avec le sourire, interprété par Maurice Chevalier en 1936, demeure l’un de ses crédits les plus connus.
Cette circulation entre scène et écran correspond à la logique de son œuvre. Une intrigue peut être reprise, traduite, remaniée et confiée à de nouveaux interprètes. Monsieur Lamberthier connaît ainsi plusieurs adaptations dans le monde anglophone, sous les titres Jealousy puis Obsession. Les comédies de Verneuil deviennent un répertoire international, capable de fonctionner au-delà des références strictement parisiennes grâce à la solidité de leurs situations.

L’exil américain et Broadway
La Seconde Guerre mondiale bouleverse sa trajectoire. Hostile à la collaboration avec l’Allemagne nazie, Verneuil se réfugie aux États-Unis pendant l’Occupation. Ses droits d’auteur sont confisqués par les autorités allemandes et ses œuvres sont bannies en 1943. L’exil ne met pourtant pas fin à son activité. Il adapte en anglais La Vie parisienne d’Offenbach, montée à plusieurs reprises au cours des années 1940, et apprend à écrire pour le public américain.
Le sommet de cette seconde carrière est Affairs of State, première pièce qu’il écrit directement en anglais. Créée à Broadway en 1950, elle totalise 610 représentations au Music Box Theatre, avec notamment Celeste Holm. Cette réussite atteste l’efficacité internationale de son art dramatique : derrière le vernis du boulevard parisien se trouvent des mécanismes de comédie immédiatement lisibles, fondés sur le pouvoir, les sentiments et les compromis privés.
Retour à Paris et dernières années
Après la guerre, Louis Verneuil revient en France. Il publie en 1946 Rideau à neuf heures, volume de souvenirs consacré au monde du théâtre. Sa situation professionnelle demeure solide et ses pièces continuent d’être reprises. Au printemps 1952, il retrouve Elvire Popesco pour une nouvelle production de L’Amant de Madame Vidal au théâtre Antoine, renouant avec l’une des collaborations emblématiques de sa carrière.
Le 3 novembre 1952, Louis Verneuil meurt par suicide au Grand Hôtel Terminus, près de la gare Saint-Lazare. Il a 59 ans. Sa disparition surprend un milieu qui le voit encore comme un auteur comblé par les succès parisiens et new-yorkais. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 84. Son œuvre, longtemps associée à l’immédiateté du divertissement, constitue aujourd’hui un témoignage majeur sur le théâtre privé français de l’entre-deux-guerres et sur les échanges constants entre boulevard, cinéma et Broadway.
Œuvres principales
- La Jeune Fille au bain (1917)
- Le Fauteuil 47 (1923)
- Ma cousine de Varsovie (1923)
- Le Mariage de maman (1925)
- Le Satan (1928)
- Boulard et ses filles (1929)
- La Banque Nemo (1931)
- L’École des contribuables (1934)
- Avec le sourire, scénario du film avec Maurice Chevalier (1936)
- La Féerie blanche (1937)
- Le Coffre-fort vivant, avec Georges Berr (1938)
- Affairs of State (Broadway, 1950)
- Rideau à neuf heures, souvenirs de théâtre (1946)
Distinctions et fonctions
- Directeur du théâtre de la Renaissance et du théâtre Antoine, de 1923 à 1928.
- Auteur de soixante-trois pièces longues, dont vingt-cinq écrites avec Georges Berr, ainsi que de pièces en un acte et de revues.
- Scénariste, dialoguiste, adaptateur et acteur pour de nombreux films.
- Auteur de Affairs of State, jouée 610 fois à Broadway à partir de 1950.
- Chevalier de la Légion d’honneur.