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TAYLOR Isidore

Qui est Isidore Taylor ?

Nom complet : Isidore Justin Séverin Taylor.
Naissance : 5 août 1789 (Bruxelles, Belgique).
Mort : 6 septembre 1879 (Paris, France) à 90 ans.
Activité : dramaturge, administrateur de théâtre, dessinateur, voyageur et philanthrope.
Notoriété : pionnier du romantisme, auteur des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France et fondateur d’associations de secours aux artistes.

Où se trouve la tombe d’Isidore Taylor ?

La tombe d’Isidore Taylor se trouve dans la division 55 du cimetière du Père-Lachaise.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 55
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise ; la sépulture se situe dans la division 55.

Le monument funéraire d’Isidore Taylor au Père-Lachaise

Vue générale du monument funéraire d’Isidore Taylor
Vue générale du monument funéraire du baron Taylor, division 55. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

La sépulture du baron Isidore Taylor, située dans la 55e division du Père-Lachaise, est un monument particulièrement élaboré, élevé en 1884. Au centre d’un muret disposé en hémicycle se dresse un haut piédestal portant une statue en marbre grandeur nature du baron Taylor, œuvre du sculpteur Gabriel-Jules Thomas.

Taylor est représenté debout, vêtu d’un long manteau, une main ramenée sur la poitrine tandis que l’autre s’appuie sur une pile de livres. Cette attitude rappelle à la fois l’homme de lettres, l’administrateur et le grand défenseur des arts qu’il fut au XIXe siècle.

Le décor de l’hémicycle constitue l’une des parties les plus intéressantes du monument. Cinq couronnes sculptées portent les noms et les dates de création des associations de secours mutuel fondées par Taylor pour les artistes dramatiques, les musiciens, les peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs, les inventeurs et artistes industriels, ainsi que les membres de l’enseignement. Le tombeau devient ainsi autant un hommage à Taylor qu’un rappel très concret de son action en faveur de la solidarité entre artistes.

Statue en marbre du baron Taylor sur sa tombe
Statue funéraire d’Isidore Taylor par Gabriel-Jules Thomas. Photo : Romainbehar / Wikimedia Commons, CC0.

Biographie d’Isidore Taylor

Isidore Justin Séverin Taylor naît à Bruxelles le 5 août 1789. Son père, Hélie Taylor, est un professeur d’origine britannique naturalisé français ; sa mère, Marie-Jacqueline-Antoinette Walwein, appartient à une famille brugeoise. Élevé à Paris, le jeune homme grandit entre plusieurs cultures et manifeste tôt un goût prononcé pour le dessin, les lettres et le voyage. Il gagne même quelque argent en illustrant des livres et en collaborant à la presse, première expérience d’une carrière qui mêlera constamment création, administration et diffusion des arts.

Sa famille le destine d’abord à une carrière scientifique et militaire. Taylor prépare l’École polytechnique, mais abandonne cette orientation pour suivre des cours au Collège de France et se former aux arts. Il reçoit les conseils du peintre Joseph-Benoît Suvée et fréquente l’atelier du décorateur Ignazio Degotti, lié à l’Opéra de Paris. Cette double formation, à la fois intellectuelle et pratique, lui apprend à regarder les monuments, à comprendre les décors et à considérer le spectacle comme une œuvre d’ensemble.

Portrait du baron Isidore Taylor par Federico de Madrazo
Le baron Isidore Taylor en 1833, portrait par Federico de Madrazo. Château de Versailles / Wikimedia Commons, domaine public.

Le voyage comme école du regard

À partir de 1811, Taylor entreprend de longs voyages en Bretagne, en Flandre, en Allemagne et en Italie. Il dessine, prend des notes et observe les édifices anciens à une époque où le patrimoine médiéval demeure souvent méprisé ou menacé. Son intérêt précède la grande mobilisation romantique en faveur des monuments. Les ruines, les églises, les châteaux et les paysages ne sont pas pour lui de simples curiosités : ils forment les traces visibles d’une histoire nationale qu’il faut inventorier et transmettre.

Il sert parallèlement dans l’armée impériale et participe à la campagne d’Espagne. Cette expérience nourrit sa connaissance de la péninsule Ibérique, qui jouera plus tard un rôle essentiel dans ses missions artistiques. Après la chute de l’Empire, il revient aux lettres et au théâtre. Il écrit des mélodrames et des pièces à sujets historiques ou orientaux, souvent en collaboration, parmi lesquels Ismaël et Maryam, ou l’Arabe et la chrétienne, La Fille de l’Hébreu et le chevalier du Temple et une adaptation de Bertram avec Charles Nodier.

Lithographie des Voyages pittoresques dirigés par Isidore Taylor
Lithographie publiée dans les Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France. Metropolitan Museum of Art / Wikimedia Commons, CC0.

Les Voyages pittoresques et la découverte du patrimoine

En 1820 commence la publication des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, vaste entreprise menée avec Charles Nodier et Alphonse de Cailleux. Les volumes paraissent durant plusieurs décennies et parcourent les anciennes provinces françaises. Textes et lithographies décrivent cathédrales, abbayes, châteaux, sculptures, paysages et traditions locales. Taylor coordonne un réseau d’écrivains, de dessinateurs et de lithographes parmi lesquels figurent certains des meilleurs artistes du temps.

L’entreprise est considérable : elle rassemble des milliers de planches et contribue à faire connaître un patrimoine encore peu étudié. Les images ne se limitent pas à un relevé archéologique ; elles mettent en scène les monuments dans leur environnement, avec une sensibilité aux ruines, aux effets de lumière et au pittoresque caractéristique du romantisme. En révélant au public ces édifices, les volumes participent à l’émergence d’une conscience patrimoniale qui préparera les politiques de protection du XIXe siècle.

Taylor ne travaille pas seul et son rôle est précisément celui d’un organisateur capable de réunir artistes, savants, imprimeurs et mécènes. Il transforme le voyage en enquête collective. Son œuvre éditoriale accompagne l’intérêt de Prosper Mérimée, Victor Hugo et d’autres défenseurs des monuments anciens, tout en donnant aux nouvelles techniques de la lithographie un champ d’application spectaculaire.

Planche des Voyages pittoresques consacrée au musée de Toulouse
Détails du musée de Toulouse, planche des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, 1833. Archives municipales de Toulouse / Wikimedia Commons, domaine public.

Au service du théâtre français

La carrière de Taylor prend un nouveau tournant lorsqu’il devient commissaire royal auprès du Théâtre-Français en 1825. Il dirige l’institution jusqu’en 1830, puis de nouveau de 1831 à 1838. Son administration intervient au moment où la bataille romantique bouleverse les habitudes de la scène française. Taylor ouvre le répertoire aux auteurs nouveaux et soutient notamment la représentation d’Henri III et sa cour d’Alexandre Dumas en 1829. Il encourage aussi l’entrée de Victor Hugo au Théâtre-Français.

Son rôle dans la création d’Hernani en 1830 est décisif. La pièce de Hugo provoque une confrontation célèbre entre défenseurs du classicisme et partisans du drame romantique. Taylor doit concilier les contraintes administratives, les exigences des comédiens, la surveillance du pouvoir et la volonté des auteurs. Il apparaît moins comme un théoricien que comme le facilitateur institutionnel d’un changement esthétique majeur.

Administrateur énergique, il s’intéresse aux décors, aux costumes et à la cohérence visuelle des spectacles. Son expérience de dessinateur et de voyageur nourrit cette attention. Il comprend que le théâtre moderne ne repose pas seulement sur le texte et le jeu des acteurs, mais aussi sur une reconstitution crédible des lieux et des époques. Cette conception rejoint les aspirations romantiques et contribue à renouveler la scène officielle.

Écrivains et artistes réunis au foyer de la Comédie-Française
Andrieux faisant une lecture dans le foyer de la Comédie-Française, tableau de François-Joseph Heim, 1847. Château de Versailles / Wikimedia Commons, domaine public. Isidore Taylor figure parmi les personnalités représentées.

La mission espagnole et la Galerie espagnole du Louvre

Louis-Philippe confie à Taylor une importante mission en Espagne entre 1835 et 1837. Les guerres carlistes et la mise en vente de biens religieux rendent alors accessibles de nombreuses peintures. Taylor parcourt le pays, négocie des achats et rassemble plusieurs centaines d’œuvres destinées au roi. Cette collecte permet l’ouverture, au Louvre en 1838, de la Galerie espagnole.

Le public français découvre ainsi un vaste ensemble de peintures de Velázquez, Murillo, Zurbarán, Ribera, El Greco et d’autres maîtres encore mal connus en France. La galerie exerce une influence profonde sur les artistes romantiques et réalistes. Elle appartient cependant à la collection personnelle de Louis-Philippe et sera dispersée après la révolution de 1848. Malgré cette fin, l’opération de Taylor joue un rôle majeur dans la réception française de l’art espagnol.

Nommé inspecteur général des Beaux-Arts, puis chargé de diverses missions pour les musées, Taylor poursuit son activité de médiateur. Il voyage, conseille les pouvoirs publics, organise des acquisitions et met ses relations au service des institutions. Son talent consiste à faire circuler les œuvres et les idées entre artistes, collectionneurs, théâtres, musées et administrations.

Colonne de Pompée à Alexandrie dans une publication dirigée par Taylor
La colonne de Pompée à Alexandrie, dessin d’Adrien Dauzats, gravure de William Finden, publication dirigée par le baron Taylor. BnF / Wikimedia Commons, domaine public.

Organiser la solidarité entre artistes

À partir de 1840, Taylor consacre une part croissante de son énergie à la protection sociale des professions artistiques. Il fonde d’abord l’Association de secours mutuel des artistes dramatiques, puis celle des artistes musiciens en 1843. En 1844 naît l’association des artistes peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs, ancêtre direct de l’actuelle Fondation Taylor. D’autres groupements suivent pour les inventeurs et artistes industriels, puis pour les membres de l’enseignement.

Ces associations répondent à une réalité dure : nombre d’artistes vivent sans revenus réguliers, sans retraite et sans protection en cas de maladie. Taylor organise les cotisations, sollicite des dons, crée des caisses de secours et mobilise les personnalités influentes. Son action ne relève donc pas d’une charité occasionnelle, mais d’une forme précoce de mutualisme professionnel. Elle cherche à rendre les artistes eux-mêmes acteurs d’une solidarité durable.

Il participe également à la fondation de la Société des gens de lettres. Sa maison et ses bureaux deviennent des lieux de rencontre où se croisent peintres, auteurs, acteurs, musiciens et responsables publics. Cette capacité à fédérer explique l’ampleur de son influence : Taylor ne se contente pas de défendre les arts dans ses écrits, il construit les institutions qui permettent à ceux qui les pratiquent de mieux vivre.

Médaille représentant le baron Isidore Taylor
Portrait en médaillon du baron Taylor d’après David d’Angers. Wikimedia Commons, domaine public.

Académicien, sénateur et philanthrope jusqu’à la fin

En 1847, Taylor est élu membre libre de l’Académie des beaux-arts. Le titre de baron lui avait été accordé sous Charles X, à l’occasion du sacre. Sous le Second Empire, il devient sénateur en 1869. Ses fonctions officielles couronnent une carrière menée sous des régimes successifs, de l’Empire à la Troisième République, sans interrompre son engagement pour le patrimoine et les artistes.

La Légion d’honneur accompagne cette progression : chevalier en 1812, officier en 1834, commandeur puis grand officier en 1877. Ces distinctions récompensent à la fois son service public, ses activités dans les beaux-arts et son œuvre philanthropique. Jusqu’à un âge avancé, il préside les associations qu’il a fondées et continue d’intervenir en faveur de leurs membres.

Isidore Taylor meurt à Paris le 6 septembre 1879, à quatre-vingt-dix ans. Ses obsèques réunissent le monde des arts et du spectacle. Le monument inauguré cinq ans plus tard au Père-Lachaise traduit la reconnaissance collective de ces professions : autour de sa statue, chaque couronne rappelle une association et une communauté auxquelles il avait donné une organisation. L’actuelle Fondation Taylor poursuit encore cette mission d’entraide, d’exposition et de soutien à la création.

Œuvres principales

  • Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, avec Charles Nodier et Alphonse de Cailleux (publication commencée en 1820).
  • Ismaël et Maryam, ou l’Arabe et la chrétienne (1821).
  • Bertram ou le Pirate, adaptation réalisée avec Charles Nodier (1821).
  • La Fille de l’Hébreu et le chevalier du Temple (1823).
  • Administration du Théâtre-Français et soutien aux créations romantiques, notamment Henri III et sa cour et Hernani.
  • Mission d’acquisition en Espagne et constitution de la Galerie espagnole du Louvre, ouverte en 1838.
  • Création de cinq grandes associations de secours mutuel destinées aux professions artistiques et à l’enseignement.

Distinctions et fonctions

  • Commissaire royal et administrateur du Théâtre-Français de 1825 à 1830, puis de 1831 à 1838.
  • Inspecteur général des Beaux-Arts.
  • Fondateur de l’Association des artistes dramatiques (1840), des artistes musiciens (1843) et de l’association devenue la Fondation Taylor (1844).
  • Membre libre de l’Académie des beaux-arts à partir de 1847.
  • Sénateur du Second Empire de 1869 à 1870.
  • Grand officier de la Légion d’honneur en 1877.
  • Baron, titre accordé sous Charles X.