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SANS-GÊNE Madame

Qui est Madame Sans-Gêne ?

Nom complet : Catherine Hubscher.
Surnom : Madame Sans-Gêne.
Naissance : 2 février 1753 (Altenbach, France).
Mort : 29 décembre 1835 (Paris, France) à 82 ans.
Activité : Blanchisseuse, cantinière, maréchale Lefebvre et duchesse de Dantzig.
Notoriété : Épouse du maréchal François-Joseph Lefebvre, célèbre pour son franc-parler et popularisée par le théâtre.

Où se trouve la tombe de Madame Sans-Gêne ?

Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise.

La sépulture de Catherine Hubscher, dite Madame Sans-Gêne, se trouve dans la division 28 du cimetière du Père-Lachaise. Elle repose aux côtés de son époux, le maréchal François-Joseph Lefebvre, duc de Dantzig.

Le monument funéraire de Madame Sans-Gêne au Père-Lachaise

La sépulture de Catherine Hubscher, dite Madame Sans-Gêne, et de son époux le maréchal Lefebvre, située dans la 28e division du Père-Lachaise, prend la forme d’un vaste sarcophage de pierre claire, élevé sur un important soubassement.

La partie supérieure du monument est ornée d’un riche décor sculpté. Sur l’une des faces apparaît le profil du maréchal Lefebvre dans un médaillon, encadré de figures ailées et de guirlandes de laurier. D’autres motifs militaires et végétaux complètent l’ensemble, rappelant les campagnes et les honneurs du duc de Dantzig.

Les inscriptions gravées sur le monument évoquent à la fois François Joseph Lefebvre et son épouse Catherine Hubscher, devenue célèbre sous le surnom de Madame Sans-Gêne. Par ses dimensions, la qualité de ses reliefs et l’abondance de son décor commémoratif, cette sépulture constitue l’un des monuments les plus imposants de cette partie du cimetière.

Tombe de Madame Sans-Gêne et du maréchal Lefebvre au Père-Lachaise
Vue générale de la sépulture de Catherine Hubscher et du maréchal Lefebvre, division 28. Photo : Pierre-Yves Beaudouin, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Biographie de Madame Sans-Gêne

Catherine Hubscher naît le 2 février 1753 à Altenbach, dans le Haut-Rhin. Elle grandit dans une famille modeste de l’Alsace du XVIIIe siècle, très loin des palais qu’elle fréquentera plus tard. Cette origine populaire est essentielle pour comprendre sa personnalité : elle conservera toute sa vie une parole directe, un goût pour les relations simples et une mémoire fidèle de ceux qui avaient partagé ses années difficiles.

De l’Alsace à Paris

Jeune femme, Catherine quitte l’Alsace pour Paris. Elle y exerce le métier de blanchisseuse et de repasseuse, activité pénible qui la met au contact des soldats et du petit peuple de la capitale. La tradition rapporte aussi qu’elle servit comme cantinière. Les détails de ces années ont parfois été embellis après sa mort, mais ils montrent une femme indépendante, habituée à gagner elle-même sa vie et à affronter sans détour les réalités quotidiennes.

Portrait de Catherine Hubscher dite Madame Sans-Gêne
Catherine Hubscher, dite Madame Sans-Gêne. Wikimedia Commons, domaine public.

Catherine Hubscher et le sergent Lefebvre

Le 1er mars 1783, elle épouse François-Joseph Lefebvre, alors sergent aux Gardes françaises. Leur union précède de plusieurs années la Révolution et l’extraordinaire ascension du militaire. Le couple partage d’abord une existence sans luxe. Catherine connaît donc son mari avant les honneurs, les titres et la fortune ; ce lien ancien explique l’influence et la liberté de ton qu’elle conserve auprès de lui lorsque la cour impériale se forme.

Leur vie familiale est marquée par de lourdes épreuves. Catherine met au monde quatorze enfants, dont treize meurent avant l’âge adulte. Leur fils Marie-Xavier-Joseph survit, mais meurt en 1812, avant ses parents. Derrière l’image souriante et populaire de Madame Sans-Gêne se trouve ainsi une mère confrontée à des deuils répétés, expérience fréquente à l’époque mais d’une violence considérable.

Madame Sans-Gêne, épouse du maréchal Lefebvre
Portrait de Madame Sans-Gêne, vers 1810, conservé au château de Versailles. Wikimedia Commons, domaine public.

La Révolution et l’ascension de Lefebvre

Lorsque la Révolution éclate, François-Joseph Lefebvre poursuit sa carrière dans les armées nouvelles. Général dès 1793, il se distingue sur le Rhin et joue un rôle important lors de la journée du 18 Brumaire. Catherine traverse à ses côtés une période où les fortunes politiques se font et se défont rapidement. Elle ne cherche pas à dissimuler ses origines et protège volontiers d’anciens compagnons ou des personnes modestes venues solliciter son aide.

Napoléon nomme Lefebvre maréchal d’Empire le 19 mai 1804. Après la prise de Dantzig en 1807, il devient duc de Dantzig, et Catherine duchesse. En quelques années, l’ancienne blanchisseuse se retrouve au sommet de la hiérarchie impériale. Cette métamorphose sociale fascine ses contemporains et nourrira plus tard la légende : Catherine adopte les devoirs de son rang, mais refuse de renier son passé ou de transformer entièrement sa manière de parler.

Catherine Hubscher, maréchale Lefebvre
Portrait de Catherine Hubscher, maréchale Lefebvre et duchesse de Dantzig. Wikimedia Commons, domaine public.

Une duchesse au franc-parler célèbre

À la cour, ses manières franches contrastent avec l’étiquette. Des anecdotes la montrent répondant vivement aux grands dignitaires, rappelant à chacun ses origines ou refusant les humiliations sociales. Certaines histoires, notamment ses reparties face à Napoléon ou à Talleyrand, ont été transmises et remodelées par le théâtre. Elles doivent donc être lues avec prudence. Elles correspondent toutefois à un trait bien attesté : Catherine ne se laissait pas intimider par les titres et demeurait profondément attachée à la loyauté conjugale et aux solidarités anciennes.

Son comportement ne se réduit pas à des bons mots. Elle est aussi réputée généreuse. La fortune acquise par le couple lui permet d’aider d’anciens soldats, des proches et des personnes dans le besoin. Elle sait ce que signifie manquer d’argent et ne considère pas la pauvreté comme une faute. C’est sans doute cette combinaison de rudesse, de fidélité et de bienveillance qui a rendu sa mémoire si populaire.

Plaque commémorative de Catherine Hubscher à Altenbach
Plaque commémorative dédiée à Catherine Hubscher dans son village natal d’Altenbach. Photo : Ralph Hammann, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Le domaine de Combault

À partir de l’Empire, les Lefebvre disposent d’une importante fortune foncière. Catherine séjourne notamment au château de Combault, dans l’actuelle commune de Pontault-Combault. Le domaine devient l’un des lieux associés à sa vie de duchesse. Même installée dans une résidence aristocratique, elle reste dans les récits locaux la femme énergique qui parle sans apprêt et administre avec attention ses intérêts.

La chute de Napoléon ne détruit pas la position du couple. Lefebvre conserve son prestige militaire et retrouve la pairie sous la Restauration. Catherine traverse ainsi plusieurs régimes, de l’Ancien Régime à la monarchie de Juillet, en passant par la Révolution, le Consulat, l’Empire et la Restauration. Son itinéraire personnel résume à lui seul la mobilité sociale exceptionnelle rendue possible par cette époque bouleversée.

Veuvage et dernières années

François-Joseph Lefebvre meurt en 1820. Catherine lui survit quinze ans. Elle veille à sa mémoire et continue de porter le titre de duchesse de Dantzig. Ses dernières années se déroulent principalement à Paris, au milieu des souvenirs d’une famille décimée et d’un monde impérial disparu. Elle meurt le 29 décembre 1835, à l’âge de 82 ans, puis est inhumée auprès de son mari au Père-Lachaise.

À sa mort, Catherine Hubscher est connue comme maréchale Lefebvre et duchesse de Dantzig, mais le nom sous lequel elle entrera dans l’imaginaire collectif n’est pas encore fixé. C’est la scène théâtrale qui, près de soixante ans plus tard, fera d’elle « Madame Sans-Gêne ».

De Catherine Hubscher à Madame Sans-Gêne

En 1893, Victorien Sardou et Émile Moreau créent la comédie Madame Sans-Gêne, avec Réjane dans le rôle principal. La pièce remporte un immense succès. Elle associe la duchesse de Dantzig à des traits empruntés à Marie-Thérèse Figueur, véritable soldate de la Révolution et de l’Empire qui avait elle-même porté le surnom de Sans-Gêne. La Catherine de théâtre est donc une construction brillante, fondée sur une personne réelle mais enrichie d’épisodes inventés ou déplacés.

Geraldine Farrar dans le rôle de Madame Sans-Gêne
Geraldine Farrar interprétant Catherine Hubscher dans l’opéra Madame Sans-Gêne d’Umberto Giordano. Wikimedia Commons, domaine public.

Le personnage connaît ensuite une seconde vie dans l’opéra, avec l’œuvre d’Umberto Giordano créée en 1915, puis au cinéma et à la télévision. Réjane, Arletty, Sophia Loren et Jacqueline Maillan contribuent successivement à rendre familière cette femme vive, courageuse et irrévérencieuse. La fiction finit presque par recouvrir la biographie, au point que le surnom est aujourd’hui inséparable de Catherine Hubscher.

Derrière la légende demeure pourtant un destin historique remarquable : celui d’une Alsacienne issue d’un milieu modeste, devenue épouse d’un maréchal d’Empire et duchesse sans renoncer à son identité. Sa tombe du Père-Lachaise rappelle ce parcours, mais aussi la manière dont le théâtre peut transformer une existence en figure nationale.

Œuvres principales

Madame Sans-Gêne n’est pas l’autrice de ces œuvres : elles ont façonné sa postérité et transformé Catherine Hubscher en personnage populaire.

  • Madame Sans-Gêne, comédie de Victorien Sardou et Émile Moreau, créée en 1893 avec Réjane.
  • Madame Sans-Gêne, opéra d’Umberto Giordano, créé au Metropolitan Opera de New York en 1915.
  • Madame Sans-Gêne, film muet de Léonce Perret, avec Gloria Swanson, 1925.
  • Madame Sans-Gêne, film de Roger Richebé, avec Arletty, 1941.
  • Madame Sans-Gêne, film de Christian-Jaque, avec Sophia Loren, 1961.
  • Adaptations télévisées avec Jacqueline Maillan, notamment en 1963 et 1974.

Distinctions et fonctions

  • Épouse du maréchal d’Empire François-Joseph Lefebvre.
  • Duchesse de Dantzig à partir de 1807.
  • Maréchale Lefebvre, titre d’usage lié à la dignité de son époux.
  • Figure historique devenue l’un des personnages les plus célèbres du théâtre populaire français.