Qui est Jules Romains ?
Nom complet : Louis Henri Jean Farigoule, dit Jules Romains.
Naissance : 26 août 1885 (Saint-Julien-Chapteuil, France).
Mort : 14 août 1972 (Paris, France) à 86 ans.
Activité : écrivain, dramaturge, poète, essayiste et philosophe.
Notoriété : créateur de l’unanimisme, auteur de Knock et du cycle romanesque Les Hommes de bonne volonté.
Où se trouve la tombe de Jules Romains ?
La tombe de Jules Romains se trouve dans la division 3 du cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Il y repose auprès de son épouse Lise, morte en 1997.

Le monument funéraire de Jules Romains au Père-Lachaise
La sépulture est une dalle horizontale de granit gris, volontairement dépouillée. Le nom de l’écrivain et ses dates y sont gravés en lettres capitales, avec la formule « homme de bonne volonté », allusion directe au grand cycle romanesque auquel il consacra quatorze années. Le même monument porte le nom de Lise Romains.


Biographie de Jules Romains
Louis Henri Jean Farigoule naît le 26 août 1885 à La Chapuze, hameau de Saint-Julien-Chapteuil, en Haute-Loire, dans la ferme de ses grands-parents maternels. Fils unique d’Henri Farigoule et de Marie Richier, tous deux issus du monde de l’enseignement, il grandit dans le respect de l’école publique, de la raison et de l’idéal laïque de la Troisième République. Son enfance reste partagée entre le Velay, auquel il demeurera profondément attaché, et Paris, où son père obtient en 1887 un poste d’instituteur à Montmartre.

De Montmartre à l’École normale supérieure
À Paris, le jeune Louis Farigoule observe les rues populeuses de Montmartre et la vie collective de la capitale. Élève brillant du lycée Condorcet, il entre en 1906 à l’École normale supérieure. Il y étudie la philosophie, mais aussi la physiologie, et obtient l’agrégation de philosophie en 1909. Cette double curiosité pour l’esprit et pour le corps ne cessera de traverser son œuvre. Sous son nom civil, il conduira même des recherches controversées sur la « vision extra-rétinienne », publiées en 1920 dans un ouvrage de psycho-physiologie.
Il choisit très tôt le pseudonyme de Jules Romains. Dès 1904, L’Âme des hommes révèle son ambition poétique. Autour de 1906, il fréquente le groupe de l’Abbaye de Créteil, créé par Charles Vildrac et Georges Duhamel, où écrivains, peintres et musiciens cherchent de nouvelles formes de vie et de création collectives. Il s’éloigne du culte de l’individu isolé et élabore l’unanimisme : une conception selon laquelle une rue, une foule, une ville ou un groupe peuvent constituer un être collectif, doté d’une sensibilité et d’une conscience propres.

L’unanimisme, de la poésie au roman
La Vie unanime, publiée en 1908, donne au mouvement son texte majeur. Romains y cherche une poésie capable de saisir les circulations invisibles entre les êtres. Cette intuition se prolonge dans Mort de quelqu’un et Puissances de Paris, en 1911, puis dans Les Copains en 1913. Ce dernier roman, inspiré par les amitiés de jeunesse et les paysages d’Auvergne, raconte les plaisanteries d’une bande contre les villes d’Ambert et d’Issoire. Sous la fantaisie apparaît déjà l’un de ses grands thèmes : la force créatrice du groupe.
Parallèlement, il enseigne la philosophie à Brest, à Laon puis à Nice. Mobilisé en 1914 dans le service auxiliaire, il demeure loin du front. La guerre renforce son intérêt pour les mécanismes collectifs, mais aussi sa méfiance envers les emballements nationaux. Après 1918, il abandonne progressivement l’enseignement pour vivre de sa plume. Sa production embrasse alors tous les genres : poésie, roman, théâtre, essai politique et réflexion scientifique.
Knock et le triomphe du théâtre
La consécration populaire arrive avec Knock ou le Triomphe de la médecine. Créée par Louis Jouvet en décembre 1923, la pièce met en scène un médecin qui transforme méthodiquement les habitants d’un canton en patients. La formule du docteur Knock — les gens bien portants seraient des malades qui s’ignorent — résume une satire d’une efficacité redoutable. Romains y démonte l’autorité du langage savant, la suggestion et la fabrication d’un besoin collectif, sans réduire la pièce à une simple farce médicale.
Le succès est immense et durable. Louis Jouvet impose le rôle sur scène puis au cinéma, et Knock devient l’une des pièces françaises les plus jouées du XXe siècle. D’autres œuvres dramatiques confirment la réputation de leur auteur : Monsieur Le Trouhadec saisi par la débauche, Le Mariage de monsieur Le Trouhadec, Le Déjeuner marocain, Démétrios, Le Dictateur ou encore Donogoo. À la fin des années 1920, Jules Romains figure, avec Pirandello et George Bernard Shaw, parmi les dramaturges les plus représentés dans le monde.

Les Hommes de bonne volonté
À partir de 1932, Romains entreprend l’œuvre centrale de sa vie : Les Hommes de bonne volonté. Les vingt-sept volumes publiés jusqu’en 1946 suivent, du 6 octobre 1908 au 7 octobre 1933, une multitude de personnages appartenant à tous les milieux. Deux amis, l’écrivain Pierre Jallez et l’homme politique Jean Jerphanion, donnent une continuité à cette fresque, mais aucun héros unique ne la domine. Paris, les institutions, les foules et l’Europe elle-même y deviennent des personnages collectifs.
Le cycle observe la Belle Époque, la Grande Guerre, les luttes sociales, les transformations des mœurs et la montée des périls politiques. Romains veut rendre sensible la simultanéité de milliers d’existences plutôt que raconter le destin d’un seul individu. Cette construction monumentale représente l’aboutissement romanesque de l’unanimisme. Le Fils de Jerphanion, publié en 1956, prolongera plus tard certains destins du cycle.
Pour mener ce chantier, l’écrivain travaille notamment au manoir de la Grand’Cour, acquis en 1929 à Saint-Avertin près de Tours. Il y séjourne chaque été et cultive une vigne dont il offre le vin à ses visiteurs. Cette demeure, loin de l’agitation parisienne, devient un lieu d’écriture privilégié. Elle témoigne aussi du lien constant entre son œuvre, l’observation des sociétés urbaines et l’attachement à des paysages plus intimes.
Pacifisme, engagement et exil
Jules Romains ne sépare jamais entièrement littérature et vie publique. Proche du radical-socialisme et d’Édouard Daladier, soutien du Front populaire, il défend longtemps une politique de paix et de rapprochement franco-allemand. Il signe en 1927 une pétition en faveur de la liberté d’opinion contre l’organisation de la nation en temps de guerre. Président du PEN Club français puis du PEN Club international dans les années 1930, il œuvre à la coopération entre écrivains.
Son pacifisme l’amène toutefois à participer au comité France-Allemagne entre 1935 et 1939, alors que l’organisation est de plus en plus instrumentalisée par les réseaux d’Otto Abetz. Antifasciste, il rompt à la veille de la guerre. Lorsque la France est vaincue, il part en exil aux États-Unis, intervient à la radio et gagne ensuite le Mexique en 1941. À Mexico, il participe avec d’autres réfugiés à la fondation de l’Institut français d’Amérique latine, contribuant au maintien d’une présence intellectuelle française hors de l’Europe occupée.
L’Académie française et les dernières décennies
En 1946, encouragé par Georges Duhamel et soutenu par le général de Gaulle dans le renouvellement de l’institution, Jules Romains est élu à l’Académie française au fauteuil 12. Il succède à Abel Bonnard, radié après sa condamnation pour collaboration, et ne prononce donc pas l’éloge traditionnel de son prédécesseur lors de sa réception. Son épée d’académicien, créée par Cartier, rassemble des symboles de son œuvre : Paris, les personnages Jallez et Jerphanion, le Velay, la lyre et le masque du théâtre.
Après la guerre, son orientation politique devient plus conservatrice. Il publie une chronique hebdomadaire dans L’Aurore de 1953 à 1971 et prend position pour l’Algérie française lors du référendum de 1962. Il continue parallèlement d’écrire des essais, des souvenirs, des romans et de la poésie. Sa stature institutionnelle ne fait pas disparaître l’auteur curieux des phénomènes collectifs : jusqu’à la fin, il interroge la liberté, les responsabilités de l’intellectuel et les transformations du monde contemporain.

Jules Romains meurt à Paris le 14 août 1972, douze jours avant son quatre-vingt-septième anniversaire. Il est inhumé au Père-Lachaise, dans la division 3. Jean d’Ormesson lui succède l’année suivante à l’Académie française. Son nom demeure associé à une œuvre exceptionnellement vaste et à deux créations devenues des repères de la littérature française : le docteur Knock, maître de la persuasion, et la société foisonnante des Hommes de bonne volonté.
Œuvres principales
- L’Âme des hommes (1904) et La Vie unanime (1908), poésie.
- Mort de quelqu’un et Puissances de Paris (1911).
- Les Copains (1913).
- Knock ou le Triomphe de la médecine (création en 1923).
- Monsieur Le Trouhadec saisi par la débauche (1923) et Le Mariage de monsieur Le Trouhadec (1926).
- Volpone, adaptation avec Stefan Zweig d’après Ben Jonson (1929).
- Les Hommes de bonne volonté, cycle de vingt-sept volumes (1932-1946).
- Le Fils de Jerphanion (1956).
- Souvenirs et confidences d’un écrivain (1958).
Distinctions et fonctions
- Membre de l’Académie française, fauteuil 12, de 1946 à 1972.
- Président du PEN Club français puis du PEN Club international dans les années 1930.
- Grand officier de la Légion d’honneur.
- Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres.
- Commandeur des Palmes académiques.
- Grande médaille d’or de la Société d’encouragement au progrès.
- Citoyen d’honneur de Saint-Avertin en 1964.