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RICHARD-LENOIR François

Qui est François Richard-Lenoir ?

Nom complet : François Richard, dit Richard-Lenoir.
Naissance : 15 avril 1765 (Épinay-sur-Odon, France).
Mort : 19 octobre 1839 (Paris, France) à 74 ans.
Activité : Industriel, manufacturier d’étoffes et négociant en coton.

Notoriété : Avec Joseph Lenoir-Dufresne, il fut l’un des principaux artisans de l’essor de l’industrie cotonnière française sous le Consulat et le Premier Empire.

Où se trouve la tombe de François Richard-Lenoir ?

La tombe de François Richard-Lenoir se trouve dans la 42e division du cimetière du Père-Lachaise.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 42
Plan du cimetière du Père-Lachaise : la sépulture se trouve dans la division 42.

Le monument funéraire de François Richard-Lenoir au Père-Lachaise

Le monument de François Richard-Lenoir est une sépulture familiale de pierre, sobre et massive. La face principale porte clairement son nom et ses dates, « François RICHARD-LENOIR 1765-1839 ».

Une inscription mentionne également Annette Lamote d’Incamps, née Lefebvre des Noëttes (1919-2010).

Tombe de François Richard-Lenoir au Père-Lachaise, division 42
Vue générale de la tombe de François Richard-Lenoir. Photo : Touron66 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Détail de la sépulture de François Richard-Lenoir
Détail du monument funéraire de François Richard-Lenoir. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Biographie de François Richard-Lenoir

François Richard naît le 15 avril 1765 à Épinay-sur-Odon, en Normandie, dans une famille de cultivateurs. Rien ne le destine alors à devenir l’un des industriels les plus puissants de son temps. Très jeune, il quitte son milieu d’origine pour tenter sa chance dans le commerce. Son parcours commence modestement, à travers différents emplois qui lui apprennent les usages du négoce et le mettent en contact avec le marché des étoffes.

Portrait de François Richard-Lenoir
Portrait de François Richard, dit Richard-Lenoir. Auteur indéterminé / Wikimedia Commons, domaine public.

Des débuts modestes dans le commerce

Arrivé à Paris à la fin de l’Ancien Régime, François Richard exerce successivement plusieurs métiers. Il travaille dans le commerce des toiles et apprend à reconnaître les qualités, les prix et les circuits d’approvisionnement. La Révolution bouleverse les échanges, crée des pénuries et ouvre en même temps de nouvelles possibilités à ceux qui savent prendre des risques.

Richard se lance dans diverses opérations commerciales et acquiert notamment le domaine de Fayl, près de Nemours. Après la chute de Robespierre, il revient activement au négoce. Une rencontre change alors le cours de sa vie. Lors d’une vente, il se trouve en concurrence avec un jeune marchand normand, Joseph Lenoir-Dufresne, pour l’achat d’une pièce de drap anglais. Les deux hommes décident de l’acquérir ensemble plutôt que de faire monter les enchères.

Cette entente ponctuelle devient une association durable. Richard possède l’audace commerciale et le goût de l’expansion ; Lenoir-Dufresne apporte ses connaissances techniques et son sens de la fabrication. Leur maison de commerce, établie à Paris, profite de l’engouement pour les étoffes de coton, en particulier les basins — tissus croisés mêlant fil et coton — alors largement importés d’Angleterre.

Illustration ancienne consacrée à François Richard-Lenoir
François Richard-Lenoir présenté parmi les travailleurs et hommes utiles. Auteur inconnu / Wikimedia Commons, domaine public.

L’association Richard et Lenoir-Dufresne

Les associés comprennent que les bénéfices les plus importants ne viendront pas seulement de la vente, mais de la maîtrise de la production. Pour concurrencer les marchandises britanniques, ils cherchent à reproduire les procédés de filage, de tissage et de gaufrage. Un ouvrier anglais nommé Browne les aide à monter leurs premiers métiers dans une guinguette de la rue de Bellefonds.

Le succès est rapide. Les premières pièces sont vendues avec profit et les ateliers deviennent trop étroits. Richard et Lenoir-Dufresne installent une partie de leur activité dans l’hôtel de Thorigny, dans le Marais, puis convoitent l’ancien couvent des bénédictines du Bon-Secours, rue de Charonne. L’établissement devient l’un des grands centres parisiens du filage et du tissage du coton.

Ils introduisent notamment la mule-jenny, machine anglaise qui permet de filer un grand nombre de broches. En associant mécanisation, concentration de la main-d’œuvre et contrôle des étapes de fabrication, l’entreprise adopte une organisation encore nouvelle en France. Elle contribue à faire de Paris l’un des centres de l’industrie cotonnière sous le Consulat et l’Empire.

Ancienne maison de Richard et Lenoir rue de Charonne à Paris
Maison de Richard et Lenoir, 97 rue de Charonne à Paris, photographiée en 1897 par Pierre Emonts. Musée Carnavalet / Wikimedia Commons, domaine public.

Un réseau de manufactures

Les deux entrepreneurs ne limitent pas leur activité à la capitale. Dès 1801, ils font travailler des centaines de métiers dans des villages de Picardie. Ils développent aussi des établissements en Normandie, notamment à Sées, Alençon, L’Aigle et Aunay-sur-Odon. Des bâtiments religieux vendus ou désaffectés après la Révolution sont transformés en ateliers.

À son apogée, l’ensemble rassemble filatures, tissages, ateliers d’impression et réseaux commerciaux. Des milliers d’ouvriers et d’ouvrières dépendent directement ou indirectement de la maison. En 1808, la manufacture parisienne dispose de plus de vingt mille broches. Richard-Lenoir devient une figure emblématique de cette première industrialisation, encore fondée sur un mélange de machines, de travail dispersé et de grandes concentrations ouvrières.

Bonaparte visite l’établissement et encourage les deux associés. Le gouvernement cherche alors à réduire la dépendance française envers les textiles anglais. L’entreprise de Richard et Lenoir-Dufresne correspond parfaitement à cette politique : produire en France des étoffes capables de rivaliser avec Manchester et Birmingham, tout en donnant du travail à une main-d’œuvre nombreuse.

Manufacture de coton de Richard-Lenoir à Chantilly
La manufacture de coton, la maison et le quai de Richard-Lenoir à Chantilly, peints par Charles Thévenin. National Trust / Wikimedia Commons, domaine public.

La naissance du nom Richard-Lenoir

Joseph Lenoir-Dufresne meurt en 1806. Selon le récit transmis par les biographies de l’industriel, il demande à son associé de ne jamais séparer leurs noms. François Richard tient cette promesse et adopte désormais le nom sous lequel il est resté célèbre : Richard-Lenoir. Ce choix maintient publiquement la mémoire du partenaire avec lequel il a construit l’entreprise.

Désormais seul à la tête des établissements, Richard-Lenoir poursuit leur expansion. Il accumule une fortune considérable et acquiert le domaine de Chantilly, où il installe une fabrique d’impression sur étoffes. Son nom devient synonyme de réussite manufacturière. L’entreprise est aussi un partenaire de l’État impérial, qui protège l’industrie française contre la concurrence britannique.

Statue de François Richard-Lenoir à Villers-Bocage
Statue de François Richard-Lenoir à Villers-Bocage. Photo : M. Xemaire / Wikimedia Commons, domaine public.

Le coton et la politique impériale

Cette prospérité repose toutefois sur un équilibre fragile. Les manufactures ont besoin de coton brut importé, alors même que le Blocus continental et les guerres napoléoniennes perturbent les échanges. Richard-Lenoir tente de sécuriser ses approvisionnements. Il fait semer du coton dans le royaume de Naples et organise l’entrée en France de dizaines de milliers de balles.

Napoléon souhaite au contraire favoriser des cultures dans les départements méridionaux et impose de nouveaux droits à l’importation. Le manufacturier se retrouve pris entre les objectifs politiques de l’Empire et les nécessités économiques de ses usines. Les matières premières deviennent plus coûteuses, tandis que ses établissements exigent des capitaux toujours plus importants.

En 1810, Richard-Lenoir est nommé au Conseil général des manufactures et fait chevalier de la Légion d’honneur. Ces marques de reconnaissance ne suffisent pourtant pas à protéger son entreprise. Il doit emprunter plusieurs millions pour maintenir ses six filatures, ses fermes et son établissement de Chantilly. L’ouverture de nouveaux circuits commerciaux après l’annexion de la Hollande fragilise encore ses débouchés.

De l’apogée à la ruine

Face aux difficultés, Richard-Lenoir sollicite l’aide de Napoléon et reçoit un soutien financier de l’État. Les revers militaires de 1813 puis la chute de l’Empire précipitent néanmoins la crise. Chef de la huitième légion de la garde nationale, il équipe ses hommes et participe à la défense de Paris en mars 1814.

Quelques semaines plus tard, le changement brutal de politique commerciale lui est fatal. Une ordonnance supprime les droits qui protégeaient le coton et les produits accumulés perdent rapidement leur valeur. Les chiffres rapportés par les biographies résument la violence du retournement : l’industriel qui avait employé jusqu’à vingt mille personnes et possédait encore une fortune estimée à plusieurs millions se retrouve presque entièrement ruiné.

Il vend ses propriétés et ses établissements pour payer ses dettes. Le domaine de Chantilly, symbole de sa réussite, lui échappe. Il doit accepter l’aide de son gendre Zénon Lefebvre-Desnouettes. Cette fin de carrière ne correspond pas à une disparition de la demande textile, mais au bouleversement des règles commerciales sur lesquelles son immense organisation avait été construite.

Les dernières années

Richard-Lenoir consacre ses dernières années à défendre le bilan de son action et publie ses mémoires en 1837. Il y présente l’histoire de ses entreprises, ses relations avec le pouvoir et les causes de sa ruine. Son témoignage constitue un document important sur les débuts de l’industrie cotonnière française et sur les risques considérables supportés par les entrepreneurs de cette période.

Il meurt à Paris le 19 octobre 1839, à l’âge de 74 ans, et est inhumé au Père-Lachaise. Sa fortune a disparu, mais son rôle économique reste reconnu. Il avait contribué à diffuser en France des techniques anglaises, créé un vaste réseau de manufactures et montré qu’une production nationale du coton pouvait atteindre une échelle industrielle.

Son nom demeure particulièrement présent à Paris grâce au boulevard Richard-Lenoir, aménagé au XIXe siècle au-dessus d’une partie du canal Saint-Martin. Il rappelle aujourd’hui moins l’homme fortuné que le pionnier d’une industrie qui transforma profondément le travail, la consommation et les paysages urbains.

Principales réalisations de François Richard-Lenoir

  • Fondation avec Joseph Lenoir-Dufresne d’une importante maison de commerce et de fabrication textile à Paris.
  • Développement de la filature et du tissage mécanisés du coton, notamment grâce à l’introduction de la mule-jenny.
  • Création de manufactures à Paris, en Picardie, à Sées, Alençon, L’Aigle, Aunay-sur-Odon et Chantilly.
  • Direction de la première grande manufacture parisienne de coton, forte de plus de vingt mille broches en 1808.
  • Emploi direct ou indirect de plusieurs milliers de travailleurs, jusqu’à environ vingt mille au sommet de l’activité.
  • Publication des Mémoires de Richard-Lenoir en 1837.

Distinctions et fonctions

  • Membre du Conseil général des manufactures en 1810.
  • Chevalier de la Légion d’honneur sous le Premier Empire.
  • Chef de la huitième légion de la garde nationale lors de la défense de Paris en 1814.
  • Son nom a été donné au boulevard Richard-Lenoir à Paris.
  • Une statue lui rend hommage à Villers-Bocage, en Normandie.