Qui est Mademoiselle Rachel ?
Nom complet : Élisabeth Rachel Félix, dite Mademoiselle Rachel.
Naissance : 21 février 1821 (Mumpf, Suisse).
Mort : 3 janvier 1858 (Le Cannet, France) à 36 ans.
Activité : comédienne et tragédienne française.
Notoriété : grande interprète de Corneille et Racine, elle rendit à la tragédie classique une place majeure sur les scènes françaises et européennes.
Où se trouve la tombe de Mademoiselle Rachel ?
La tombe de Mademoiselle Rachel se trouve dans la division 7 du cimetière du Père-Lachaise. Sa chapelle funéraire est située dans le secteur historiquement lié aux sépultures juives du cimetière.

Le monument funéraire de Mademoiselle Rachel au Père-Lachaise
La sépulture de Mademoiselle Rachel, située dans la 7e division du Père-Lachaise, prend la forme d’une chapelle funéraire en pierre claire, construite en 1860. Sa façade, très ordonnée, est dominée par un fronton triangulaire richement sculpté.
Sa construction fut entreprise à l’initiative de son frère Raphaël Félix, qui avait également joué un rôle important dans la gestion de sa carrière. Les plans sont dus à l’architecte Lemoine-Benoît et le décor au sculpteur Chevret. La façade adopte la forme solennelle d’un petit édifice commémoratif, adapté à la renommée internationale acquise par l’actrice.
Au centre, le nom « RACHEL » apparaît en grandes lettres au-dessus d’une haute porte en métal ajouré. La façade est animée par plusieurs motifs décoratifs en relief, notamment des ornements végétaux et des éléments sculptés disposés autour du fronton et de l’entrée. Deux longues jardinières encadrent l’allée menant à la chapelle, souvent garnies de fleurs.
Le décor sculpté et les inscriptions transforment la sépulture familiale en monument public à la gloire d’une interprète qui avait incarné la tragédie française. La chapelle appartient aussi à l’histoire juive du Père-Lachaise : Rachel, née dans une famille juive alsacienne itinérante, demeura attachée à ses origines malgré une carrière qui fit d’elle l’une des principales célébrités de la monarchie de Juillet et du Second Empire.


Biographie de Mademoiselle Rachel
Élisabeth Rachel Félix naît le 21 février 1821 à Mumpf, dans le canton suisse d’Argovie. Ses parents, Jacob Félix et Esther Hayer, appartiennent à une famille juive originaire d’Alsace qui mène alors une existence itinérante et modeste. Rachel grandit sur les routes, au gré des déplacements familiaux entre la Suisse, l’Allemagne et la France. Enfant, elle chante avec sa sœur Sarah dans les rues et les cafés afin de contribuer aux ressources du foyer. Cette expérience précoce du public lui donne une présence et une maîtrise de l’attention qui compteront dans sa formation d’actrice.

Une enfance pauvre et une formation rapide
La famille s’établit à Paris au début des années 1830. Rachel possède encore une instruction très limitée, mais son talent scénique est remarqué. Elle suit avec sa sœur les cours du musicien et pédagogue Alexandre-Étienne Choron. Celui-ci comprend que sa véritable force n’est pas le chant et l’oriente vers la déclamation. À l’école du Théâtre Molière, l’acteur Saint-Aulaire lui enseigne les bases du métier. Elle entre ensuite au Conservatoire et travaille avec Joseph-Isidore Samson, comédien de la Comédie-Française et professeur déterminant dans son parcours.
Samson discipline une énergie que les premiers témoins décrivent comme intense. Il lui apprend la diction, la respiration, la tenue du corps et la construction d’un rôle. Rachel n’a ni la formation littéraire approfondie ni les appuis sociaux de nombreuses jeunes comédiennes, mais elle mémorise vite et comprend instinctivement la scène. Elle débute au Théâtre du Gymnase en 1837 dans La Vendéenne. Le répertoire de comédie légère lui convient peu. Sa voix grave, sa silhouette mince et la concentration de son jeu l’appellent vers la tragédie.
Le triomphe de 1838 à la Comédie-Française
En juin 1838, Samson obtient qu’elle débute à la Comédie-Française. Rachel n’a que dix-sept ans lorsqu’elle interprète Camille dans Horace de Corneille. Elle joue ensuite Émilie dans Cinna, Hermione dans Andromaque et Aménaïde dans Tancrède de Voltaire. Malgré une période de l’année réputée défavorable, le succès est immédiat. Jules Janin et Alfred de Musset célèbrent la débutante ; les recettes du théâtre augmentent à mesure que sa réputation se répand.

Son apparition constitue un tournant pour le Théâtre-Français. Depuis la mort de Talma en 1826, la tragédie classique semblait perdre du terrain face au drame romantique. Rachel rend à Corneille, Racine et Voltaire une force contemporaine. Son jeu évite la déclamation décorative : il repose sur l’articulation du vers, la netteté du geste, le silence et une tension intérieure qui donnent aux héroïnes anciennes une présence immédiate. Petite et très mince, elle paraît se transformer sur scène. Sa voix et son regard concentrent l’espace dramatique.
Pensionnaire de la Comédie-Française à partir de 1838, elle devient sociétaire en 1842. Elle obtient des conditions financières exceptionnelles, reflet du pouvoir nouveau d’une vedette capable de remplir la salle et d’attirer le public à l’étranger. Son père puis son frère Raphaël participent activement à la gestion de ses intérêts. Cette organisation familiale, parfois critiquée par les contemporains, accompagne une ascension sociale fulgurante.
Phèdre, Roxane et les héroïnes tragiques
Rachel aborde successivement les grands rôles du répertoire : Roxane dans Bajazet, Esther, Pauline dans Polyeucte, Chimène dans Le Cid, Bérénice, Athalie et Agrippine dans Britannicus. Son interprétation de Phèdre en 1843 marque le sommet de sa carrière. Elle fait du personnage de Racine une femme consumée par une passion qu’elle ne peut ni maîtriser ni avouer. Les voiles, les bijoux à l’antique et la lenteur de certains mouvements participent au rôle, mais la force vient surtout de la parole et des ruptures de rythme.

Elle apporte également son prestige à des créations contemporaines. Elle joue dans des œuvres de François Ponsard, d’Eugène Scribe, d’Ernest Legouvé et d’autres auteurs qui cherchent à renouveler la tragédie ou le drame historique. Toutes les pièces ne rencontrent pas le même succès, et Rachel sait que son génie se déploie surtout dans le répertoire classique. Sa manière d’y introduire une sensibilité romantique, sans rompre la discipline du vers, constitue son apport majeur.

Une vedette internationale
Très tôt, Rachel porte le théâtre français au-delà de Paris. Son succès à Londres en 1841 ouvre une série de tournées en Belgique, en Allemagne, en Autriche et en Russie. Elle joue devant les cours européennes autant que devant le public des grandes villes. La compréhension exacte du français n’est pas toujours nécessaire : la précision de son geste et la puissance expressive de son jeu franchissent les frontières linguistiques. Rachel devient l’une des premières véritables vedettes internationales du théâtre au XIXe siècle.
La presse suit ses déplacements, commente ses cachets, ses costumes et sa vie privée. Cette célébrité expose la comédienne à des jugements souvent contradictoires, où se mêlent fascination, misogynie et préjugés antisémites. Rachel affirme néanmoins son autorité professionnelle dans un univers dirigé par des hommes. Elle négocie ses engagements, impose son calendrier et défend la valeur économique de son nom. Son statut annonce celui des grandes stars de la scène de la fin du siècle, au premier rang desquelles Sarah Bernhardt.
1848 et La Marseillaise
La révolution de février 1848 donne à Rachel un rôle public inattendu. À la fin de plusieurs représentations, elle déclame ou chante La Marseillaise, drapée dans les couleurs nationales. L’image de la tragédienne personnifiant la République circule largement dans les journaux et les estampes. Elle témoigne de la manière dont sa voix, formée pour les alexandrins de Corneille et Racine, pouvait devenir une voix politique et collective.
Cette association avec l’élan révolutionnaire est toutefois brève. Rachel poursuit avant tout sa carrière d’actrice et traverse les changements de régime sans se transformer en militante. Sa vie privée demeure très observée. Elle a deux fils : Alexandre, né de sa relation avec le comte Alexandre Walewski, et Gabriel-Victor, dont le père est Arthur Bertrand. Elle ne se marie pas. L’indépendance que lui donne sa réussite matérielle reste exceptionnelle pour une femme de son époque, même si sa famille et ses imprésarios exercent une pression constante sur son travail.

La maladie et la dernière tournée
Au début des années 1850, la tuberculose altère sa santé. Elle continue pourtant à jouer et à voyager. En 1855, déjà très affaiblie, elle crée encore La Czarine d’Eugène Scribe à la Comédie-Française. La tournée triomphale en France de la tragédienne italienne Adelaide Ristori ravive la concurrence entre les grandes actrices. Rachel accepte alors une longue tournée aux États-Unis organisée par son frère Raphaël. Le voyage doit affirmer sa suprématie internationale, mais il se révèle physiquement épuisant et financièrement moins favorable qu’espéré.
De retour en Europe, elle ne peut retrouver durablement la scène. Elle cherche un climat plus doux et séjourne dans le Midi. Ses dernières années sont marquées par la maladie, mais aussi par une célébrité qui ne faiblit pas. Elle meurt au Cannet, près de Cannes, le 3 janvier 1858, à trente-six ans. La nouvelle provoque une émotion considérable. Son corps est ramené à Paris et ses funérailles attirent une foule nombreuse.
Rachel est inhumée au Père-Lachaise dans la division 7. Deux ans plus tard, sa famille fait élever la chapelle qui conserve sa mémoire. Sa disparition précoce contribue à fixer l’image d’une tragédienne entièrement vouée à son art. Mais son importance dépasse le mythe : par son travail de la voix, du geste et du costume, elle a rendu la tragédie classique à nouveau vivante, transformé l’économie de la célébrité théâtrale et ouvert une voie dont les grandes actrices européennes de la seconde moitié du XIXe siècle se souviendront.
Rôles principaux
- Camille dans Horace de Pierre Corneille.
- Émilie dans Cinna de Pierre Corneille.
- Pauline dans Polyeucte de Pierre Corneille.
- Chimène dans Le Cid de Pierre Corneille.
- Hermione dans Andromaque de Jean Racine.
- Roxane dans Bajazet de Jean Racine.
- Phèdre dans Phèdre de Jean Racine.
- Bérénice dans Bérénice de Jean Racine.
- Agrippine dans Britannicus de Jean Racine.
- Adrienne dans Adrienne Lecouvreur d’Eugène Scribe et Ernest Legouvé.
- La Czarine dans la pièce d’Eugène Scribe.
Distinctions et fonctions
- Pensionnaire de la Comédie-Française de 1838 à 1842.
- Sociétaire de la Comédie-Française de 1842 à 1849.
- Pensionnaire exceptionnelle du Théâtre-Français de 1849 à 1855.
- Vedette internationale invitée sur les principales scènes européennes, en Russie et aux États-Unis.
- Une salle du théâtre de la Comédie-Française porte aujourd’hui le nom de « salle Rachel ».