Catégories
Tombe

PICHIO Ernest

Qui est Ernest Pichio ?

Nom complet : Louis-Ernest Pichio, dit Piq.
Naissance : 9 octobre 1826 (Paris, France).
Mort : 22 août 1893 (Paris, France) à 66 ans.
Activité : peintre, graveur, dessinateur et artiste des arts industriels.
Notoriété : républicain opposé au Second Empire, membre de la Fédération des artistes pendant la Commune de Paris et auteur d’œuvres consacrées à la répression politique.

Ernest Pichio associe étroitement art et engagement républicain. Formé d’abord aux métiers industriels, il devient peintre d’histoire et portraitiste. Ses tableaux sur Alphonse Baudin, la Semaine sanglante et le mur des Fédérés furent plusieurs fois refusés ou censurés, faisant de lui un témoin artistique majeur des luttes politiques parisiennes du XIXe siècle.

Où se trouve la sépulture d’Ernest Pichio ?

Ernest Pichio fut d’abord inhumé au cimetière de Bagneux, puis transféré en 1894 dans la division 76 du Père-Lachaise. Sa concession ayant disparu, ses restes reposent aujourd’hui dans l’ossuaire du Père-Lachaise. La division 76 correspond donc à l’emplacement de son ancienne tombe, et non à une sépulture individuelle encore visible.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 76
Plan général du Père-Lachaise : l’ancienne tombe d’Ernest Pichio se trouvait dans la division 76 ; ses restes sont désormais conservés dans l’ossuaire.

L’ancienne tombe d’Ernest Pichio et l’ossuaire du Père-Lachaise

Après son transfert au Père-Lachaise, la tombe d’Ernest Pichio était ornée d’un buste en pierre dû au sculpteur Gabriel Garraud. Les documents historiques montrent un monument associé à la mémoire des militants socialistes et communards de la division 76. Cette tombe n’existe plus : à l’expiration de la concession, les restes du peintre ont été placés dans l’ossuaire. Il serait donc trompeur de présenter aujourd’hui une photographie moderne comme celle de sa sépulture personnelle.

Ancienne tombe d’Ernest Pichio au Père-Lachaise
Ancienne sépulture d’Ernest Pichio et monuments de militants socialistes, document publié dans Le Père-Lachaise historique. Wikimedia Commons, domaine public.

Biographie d’Ernest Pichio

Louis-Ernest Pichio naît à Paris le 9 octobre 1826. Il est le fils de Jean-Baptiste-Antoine Pichio et de Thérèse-Rosalie-Victoire Simonet. Avant de se consacrer aux beaux-arts, il acquiert une expérience très diverse dans les arts industriels : il travaille comme graveur, dessinateur et chimiste, puis dirige une fabrique de bijoux. Cette pratique des matériaux et du dessin précède sa décision, vers 1860, de devenir peintre.

Portrait photographique d’Ernest Pichio
Ernest Pichio vers 1890. Wikimedia Commons, domaine public.

Des arts industriels au Salon

Pichio fréquente les ateliers de Juan Vialle et d’Auguste Couder, peintre d’histoire reconnu. Il apprend la composition monumentale et le portrait, puis débute au Salon de 1864 avec deux portraits en pied. En 1866, il présente Charles IX dans la nuit de la Saint-Barthélemy ; en 1868, L’Héritage du pauvre. Ses sujets montrent déjà un intérêt pour l’histoire, les tensions sociales et les destins frappés par la violence politique.

La carrière artistique de Pichio se développe au moment où le Second Empire connaît une libéralisation progressive. Les expositions officielles demeurent pourtant contrôlées, et le choix d’un sujet contemporain peut devenir un acte politique. Pichio, républicain convaincu, ouvre son atelier à des réunions d’opposants avant les élections de 1869. Son art ne se sépare plus de cet engagement.

Alphonse Baudin, une image interdite

En 1869, Pichio peint la mort du député Alphonse Baudin, tué sur une barricade du faubourg Saint-Antoine le 3 décembre 1851 alors qu’il s’opposait au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Le tableau transforme Baudin en martyr de la République. Refusée au Salon de 1869, l’œuvre est photographiée par Pierre Petit, mais le ministère de l’Intérieur interdit la diffusion de la reproduction.

Alphonse Baudin sur la barricade peint par Ernest Pichio
Alphonse Baudin sur la barricade du faubourg Saint-Antoine, œuvre d’Ernest Pichio, 1869. Wikimedia Commons, domaine public.

La censure produit l’effet inverse de celui recherché : la presse commente l’interdiction et des gravures clandestines circulent. Avec l’assouplissement du régime, le tableau est finalement admis au Salon de 1870. Pichio gagne une notoriété qui tient autant à la force politique du sujet qu’à la bataille menée autour de son exposition.

Le siège de Paris et la Commune

Pendant le siège de Paris de 1870-1871, Pichio devient délégué du comité de défense du 9e arrondissement. Le comité contribue à la formation de bataillons de la Garde nationale et organise la vente de denrées à prix coûtant pour les habitants. Lorsque la Commune est proclamée, il rejoint le mouvement et est élu, le 17 avril 1871, à la commission de la Fédération des artistes, organisation animée notamment par Gustave Courbet.

La Fédération défend l’autonomie des artistes, la libre administration des musées et la fin du contrôle bureaucratique des arts. Durant la Semaine sanglante, du 23 au 24 mai, Pichio se cache avec son ami, le caricaturiste André Gill, dans les caves du théâtre de Cluny. Il survit à la répression et reprend ensuite son activité, mais la Commune devient le sujet central de plusieurs de ses œuvres.

Peindre la répression

En 1875, Pichio souhaite exposer Le Triomphe de l’ordre, vaste composition consacrée aux exécutions sommaires de communards. Le tableau reprend délibérément la construction dramatique du Tres de mayo de Goya. Le directeur des Beaux-Arts, le marquis de Chennevières, juge le sujet trop sensible et refuse l’œuvre au Salon. Le titre, ironique, dénonce l’écart entre le discours officiel du retour à l’ordre et la violence des massacres.

Le Triomphe de l’ordre d’Ernest Pichio
Gravure d’après Le Triomphe de l’ordre, œuvre d’Ernest Pichio consacrée à la Semaine sanglante, 1875. Wikimedia Commons, domaine public.

La Veuve du fusillé, peinte en 1877, évoque le mur des Fédérés et le deuil des familles. En 1879, le ministère de l’Intérieur interdit encore la diffusion de reproductions photographiques de cette œuvre. Pichio montre ainsi que, même après l’amnistie progressive des communards, la représentation publique de la répression reste un enjeu politique.

La Veuve du fusillé par Ernest Pichio
La Veuve du fusillé, œuvre d’Ernest Pichio évoquant le mur des Fédérés, 1877. Wikimedia Commons, domaine public.

Les dernières années à l’hôtel de Sens

Pichio poursuit parallèlement les portraits et la peinture d’histoire. Après avoir longtemps vécu rue Bréda et travaillé dans un atelier à Billancourt, il s’installe avant 1892 à l’hôtel de Sens, rue du Figuier. Il occupe la tourelle droite et une salle du deuxième étage, dans cet édifice médiéval alors divisé en logements et ateliers.

Il meurt dans cet atelier parisien le 22 août 1893. Ses funérailles sont civiles. Inhumé d’abord à Bagneux, il est transféré au Père-Lachaise en mars 1894. Sa tombe de la division 76 reçoit un buste sculpté par Garraud. Sa veuve meurt moins d’un an plus tard, laissant deux enfants, Jessa et Achille, recueillis par l’ancien communard Raoul Urbain. La disparition ultérieure de la concession explique la présence actuelle du peintre dans l’ossuaire.

Étude d’Ernest Pichio sur la mort d’Alphonse Baudin
Étude d’Ernest Pichio consacrée à la mort d’Alphonse Baudin. Musée Carnavalet / Wikimedia Commons, CC0.

Œuvres principales

Peintures et gravures : Charles IX dans la nuit de la Saint-Barthélemy (1866) ; L’Héritage du pauvre (1868) ; Alphonse Baudin sur la barricade du faubourg Saint-Antoine (1869) ; Le Triomphe de l’ordre (1875) ; La Veuve du fusillé (1877). Ses portraits, dessins et travaux pour les arts industriels complètent cette production.

Distinctions et fonctions

Fonctions et engagements : directeur d’une fabrique de bijoux avant sa carrière de peintre ; exposant au Salon à partir de 1864 ; délégué du comité de défense du 9e arrondissement pendant le siège de Paris ; membre élu de la commission de la Fédération des artistes sous la Commune, le 17 avril 1871. Plusieurs de ses œuvres appartiennent aujourd’hui aux collections patrimoniales de la Ville de Paris.