Qui est Ernest Picard ?
Nom complet : Louis Joseph Ernest Picard.
Naissance : 24 décembre 1821 (Paris, France).
Mort : 13 mai 1877 (Paris, France) à 55 ans.
Activité : avocat, journaliste et homme politique.
Notoriété : opposant libéral au Second Empire, membre du gouvernement de la Défense nationale, ministre des Finances puis ministre de l’Intérieur.
Ernest Picard appartient à la génération de juristes et de parlementaires qui prépare le retour de la République sous le Second Empire, puis doit gouverner dans la crise de 1870-1871. Orateur réputé pour sa vivacité, spécialiste des questions financières, il traverse successivement l’opposition libérale, le siège de Paris, les négociations avec la Prusse et les débuts difficiles de la Troisième République.
Où se trouve la tombe d’Ernest Picard ?
La tombe d’Ernest Picard se trouve dans la division 82 du cimetière du Père-Lachaise. Il y repose dans une sépulture familiale avec son frère Arthur Eugène Picard, lui aussi avocat et homme politique.

Le monument funéraire d’Ernest Picard au Père-Lachaise
La sépulture Picard se présente comme un monument familial vertical en pierre, à l’architecture sobre. La partie centrale porte les inscriptions consacrées aux membres de la famille, tandis qu’un couronnement sculpté souligne la composition. Les noms d’Ernest Picard et de son frère Arthur rappellent la présence, dans un même caveau, de deux parlementaires de la seconde moitié du XIXe siècle.


Biographie d’Ernest Picard
Louis Joseph Ernest Picard naît à Paris le 24 décembre 1821. Son père, André Picard, est négociant et dirige une maison de banque ; sa mère se nomme Louise Cougouilhe. Cette origine bourgeoise le familiarise tôt avec les questions économiques qui occuperont une place importante dans sa carrière parlementaire. Il étudie au collège Rollin, puis à la faculté de droit de Paris, obtient sa licence en 1844 et soutient son doctorat en 1846.
Un avocat formé à l’éloquence politique
Inscrit au barreau de Paris en 1846, Picard se fait rapidement remarquer par la facilité de sa parole, son sens de la répartie et une argumentation claire. Il travaille auprès de Félix Liouville, avocat et ancien député, dont il épouse plus tard la fille Sophie. Cette proximité l’introduit dans un milieu où le droit, les affaires publiques et la politique se rencontrent constamment. En 1848, au moment où la Deuxième République bouleverse la vie institutionnelle, il est secrétaire de la Conférence des avocats.
Il fréquente aussi la Conférence Molé, société de débats qui forme de nombreux futurs responsables politiques. Il en devient président en 1853. Ces exercices ne sont pas de simples joutes oratoires : ils apprennent à préparer un dossier, défendre une position contradictoire et répondre sans délai, qualités qui feront de Picard un parlementaire redouté. En 1866, il entre au conseil de l’ordre des avocats de Paris, reconnaissance d’une carrière professionnelle déjà solidement établie.
Picard épouse Sophie Liouville en 1860. Le couple a plusieurs enfants, parmi lesquels Paul Ernest-Picard. Son frère cadet, Arthur Eugène Picard, suit lui aussi une carrière d’avocat puis de député. La famille constitue ainsi un réseau étroitement lié aux professions juridiques, aux finances et à la représentation politique.
L’un des Cinq contre le Second Empire
Sous le Second Empire, les candidatures indépendantes sont surveillées et l’opposition dispose d’un espace parlementaire très réduit. En 1858, Ernest Picard accepte de se présenter dans la cinquième circonscription de la Seine, après la démission de Lazare Hippolyte Carnot, qui refusait de prêter serment au régime. Élu au Corps législatif, Picard rejoint Jules Favre, Émile Ollivier, Alfred Darimon et Jacques-Louis Hénon : ces députés républicains sont bientôt désignés comme « les Cinq ».
Le groupe utilise les possibilités limitées de la tribune pour contester la politique impériale et demander davantage de libertés. Picard se spécialise dans les budgets, l’administration et les finances. Son ton moins solennel que celui de Jules Favre, sa rapidité et son ironie lui valent une réputation d’orateur spirituel. Il ne se situe pourtant pas dans la gauche révolutionnaire : son républicanisme est libéral, parlementaire et attaché à l’équilibre financier.

Lorsque Émile Ollivier se rapproche du pouvoir et accepte l’évolution libérale du régime, Picard demeure dans l’opposition. Il participe aux débats sur la presse, les libertés publiques et les comptes de l’État. Réélu, il représente successivement la Seine puis l’Hérault. Son parcours montre la recomposition progressive de l’opposition : à mesure que l’Empire desserre son contrôle, les anciens Cinq se divisent entre partisans d’une collaboration avec Napoléon III et défenseurs d’une rupture républicaine.
La presse et la construction d’une gauche modérée
Picard ne limite pas son action à l’enceinte parlementaire. Proche du quotidien Le Siècle, dont il est actionnaire et membre du conseil de surveillance, il comprend le rôle croissant des journaux dans la formation de l’opinion. En 1868-1869, il contribue avec Jules Faure à la création de L’Électeur libre, journal démocratique qui soutient les candidatures de l’opposition et défend les libertés électorales.
Autour de lui se dessine une « gauche ouverte », favorable au dialogue avec les républicains modérés et certains libéraux, mais méfiante envers les solutions insurrectionnelles. Cette position lui attire des critiques contradictoires. Pour les partisans les plus ardents de l’Empire, il reste un opposant dangereux ; pour une partie de la gauche, il apparaît trop prudent et trop attentif aux intérêts de la bourgeoisie. Cette tension accompagnera ses responsabilités après la chute du régime.

Le 4 septembre 1870 et le ministère des Finances
La défaite de Sedan et la capture de Napoléon III provoquent l’effondrement du Second Empire. Le 4 septembre 1870, Picard fait partie des députés qui gagnent l’Hôtel de Ville, où Léon Gambetta proclame la République. Il entre dans le gouvernement de la Défense nationale et reçoit le portefeuille des Finances. La fonction est écrasante : la guerre continue, Paris est bientôt assiégé, les recettes sont perturbées et l’État doit financer à la fois la défense et le fonctionnement quotidien du pays.

Picard abolit le droit de timbre qui pesait sur les journaux et place le domaine de la Couronne sous le contrôle de son ministère. Dans les conseils du gouvernement, il s’oppose aux décisions susceptibles d’aggraver sans limite les dépenses. Cette rigueur lui vaut d’être accusé de timidité par ceux qui veulent mobiliser toutes les ressources pour prolonger la résistance. Elle répond toutefois à une situation dans laquelle le crédit public et la confiance des épargnants deviennent essentiels.
En janvier 1871, il accompagne Jules Favre à Versailles lors des discussions avec Bismarck sur l’armistice et la capitulation de Paris. Il doit ensuite réunir auprès des banques parisiennes les deux cents millions de francs exigés comme première contribution. Le ministre, naguère critique des finances impériales, se trouve ainsi chargé de préserver les moyens de l’État au moment même où la France vaincue doit accepter de lourdes obligations.
Ministre de l’Intérieur face à la Commune
Aux élections de février 1871, Picard est élu dans plusieurs départements et choisit de représenter la Meuse. Il quitte les Finances, mais Adolphe Thiers le rappelle presque aussitôt au gouvernement comme ministre de l’Intérieur. Il entreprend un important mouvement préfectoral et cherche à rétablir l’autorité de l’administration dans un pays désorganisé par la guerre.
Son ministère coïncide avec l’insurrection parisienne du 18 mars et la naissance de la Commune. Picard prend part à la politique du gouvernement installé à Versailles contre le mouvement parisien et contre les soulèvements qui apparaissent dans plusieurs villes. Sa ligne d’ordre républicain, hostile à la Commune, suscite de violentes attaques de la presse de gauche, tandis que les monarchistes lui reprochent son passé d’opposant et sa fidélité au régime nouveau. Isolé entre ces deux camps, il quitte le ministère en mai 1871.
Cet épisode demeure la partie la plus controversée de son parcours. Picard appartient aux républicains modérés pour lesquels la reconstruction d’un État parlementaire passe par le rétablissement de l’autorité légale. Ses adversaires lui reprochent une politique répressive et son incapacité à ouvrir une issue politique à la crise. L’expérience marque durablement son image, davantage que les longues années de lutte contre l’Empire.
Bruxelles, le centre gauche et le Sénat
Thiers lui propose ensuite le gouvernement de la Banque de France. Picard préfère une mission diplomatique et devient ambassadeur de France à Bruxelles. De 1871 à 1873, il représente un régime encore fragile auprès de la Belgique tout en conservant son mandat. Cette affectation correspond à son profil : connaissance des affaires, modération politique et capacité à négocier dans une Europe attentive au redressement français.

De retour à l’Assemblée, il siège au centre gauche. Il soutient l’établissement d’institutions républicaines durables contre les projets de restauration monarchique, sans rejoindre pour autant l’aile la plus avancée du parti. Conseiller général dans la Meuse, il conserve un ancrage local. Le 10 décembre 1875, l’Assemblée nationale l’élit sénateur inamovible, consécration d’un parcours commencé sous un régime où quelques opposants seulement avaient accès au Corps législatif.
Ernest Picard meurt à Paris le 13 mai 1877, à cinquante-cinq ans, alors que la jeune République entre dans la crise politique du 16 mai. Il n’assiste donc pas à la victoire électorale définitive des républicains sur le président Mac Mahon quelques mois plus tard. Son inhumation au Père-Lachaise rassemble dans la division 82 la mémoire de l’avocat, du député des Cinq et du ministre confronté aux épreuves de 1870-1871.
Œuvres et réalisations principales
Action parlementaire et journalistique : participation au groupe républicain des Cinq sous le Second Empire ; interventions sur les finances, les budgets, l’administration et la liberté de la presse ; participation au conseil de surveillance du Siècle ; cofondation de L’Électeur libre avec Jules Faure en 1869.
Action gouvernementale : suppression du droit de timbre sur les journaux ; rattachement au ministère des Finances du domaine de la Couronne ; financement de l’État pendant le siège de Paris ; négociation de la première contribution imposée après l’armistice ; réorganisation préfectorale en 1871.
Distinctions et fonctions
Principales fonctions : avocat au barreau de Paris à partir de 1846 ; président de la Conférence Molé en 1853 ; membre du conseil de l’ordre des avocats ; député au Corps législatif de 1858 à 1870 ; membre du gouvernement de la Défense nationale ; ministre des Finances de septembre 1870 à février 1871 ; ministre de l’Intérieur de février à mai 1871 ; député de la Meuse ; ambassadeur de France en Belgique de 1871 à 1873 ; conseiller général de la Meuse ; sénateur inamovible de 1875 à 1877.