Qui est Juan Negrín ?
Nom complet : Juan Negrín López.
Naissance : 3 février 1892 (Las Palmas de Gran Canaria, Espagne).
Mort : 12 novembre 1956 (Paris, France) à 64 ans.
Activités : médecin, physiologiste, professeur d’université et homme d’État espagnol.
Notoriété : président du Conseil des ministres de la Seconde République espagnole pendant la guerre civile, puis chef du gouvernement républicain en exil jusqu’en 1945.
Où se trouve la tombe de Juan Negrín ?
La tombe de Juan Negrín se trouve dans la division 88 du cimetière du Père-Lachaise. Conformément à son souhait de discrétion, la pierre tombale ne porte que ses initiales, « J. N. L. ». Sa dépouille repose toujours dans cette sépulture parisienne.

Le monument funéraire de Juan Negrín au Père-Lachaise
La sépulture de Juan Negrín est volontairement dépouillée. Une dalle et une stèle de pierre claire, entourées d’une bordure basse, composent un monument familial sans portrait ni longue épitaphe. Les trois lettres gravées « J. N. L. » correspondent à Juan Negrín López. Cette sobriété répond à la volonté exprimée par l’ancien chef du gouvernement républicain, qui souhaitait des funérailles sans cérémonie politique et une tombe ne permettant pas d’emblée d’identifier sa fonction.
Le monument porte aussi le nom de sa compagne, Feliciana López de Dom Pablo, dite Feli, qui partagea sa vie durant trois décennies et veilla après sa mort sur ses livres et ses archives. Le contraste entre la discrétion de cette pierre et l’importance historique de Negrín est saisissant : l’homme qui dirigea l’Espagne républicaine durant les années les plus dramatiques de la guerre civile repose sous une simple suite d’initiales.



Biographie de Juan Negrín
Une formation scientifique européenne
Juan Negrín López naît le 3 février 1892 à Las Palmas de Gran Canaria dans une famille aisée de négociants. Élève précoce, il achève ses études secondaires à quatorze ans. En 1906, il part pour l’Allemagne afin d’étudier la médecine, d’abord à Kiel, puis à Leipzig. Il y travaille dans l’école de physiologie dirigée par Ewald Hering, l’un des grands centres européens de recherche sur le fonctionnement de l’organisme.
Il obtient son doctorat à Leipzig en 1912, à vingt ans, puis devient assistant à l’université. Sa formation allemande lui apporte une solide maîtrise de la physiologie expérimentale et plusieurs langues étrangères. En 1914, il épouse Maria Fidelman Brodsky, pianiste issue d’une famille russe installée aux Pays-Bas. Le couple aura plusieurs enfants, dont deux survivront jusqu’à l’âge adulte. La Première Guerre mondiale rend néanmoins son travail en Allemagne de plus en plus difficile et il rentre en Espagne en 1915.

Le physiologiste et le professeur
À Madrid, Negrín prend en 1916 la direction du Laboratoire de physiologie générale créé par la Junta para Ampliación de Estudios, institution présidée par Santiago Ramón y Cajal. Il fait reconnaître ses diplômes, soutient une thèse espagnole sur le tonus vasculaire en 1920 et obtient en 1922 la chaire de physiologie de l’Université centrale de Madrid. Son laboratoire participe au renouvellement de la médecine expérimentale espagnole.
Professeur exigeant et organisateur énergique, il forme une génération de chercheurs. Parmi ses élèves figure Severo Ochoa, futur prix Nobel de physiologie ou médecine. Negrín s’intéresse à la circulation sanguine, au système nerveux autonome, au métabolisme et aux méthodes de laboratoire. Il joue également un rôle dans la conception de la nouvelle Cité universitaire de Madrid, dont il devient l’un des responsables administratifs. Avant d’être connu comme homme politique, il possède donc une carrière scientifique de premier ordre.
Cette expérience de chercheur marque sa manière d’agir : goût des dossiers, confiance dans les experts, aptitude au travail prolongé et attention aux conditions matérielles. Elle explique aussi son profil inhabituel dans la vie publique espagnole, où il apparaît comme un universitaire cosmopolite, polyglotte et familier des milieux internationaux.

L’entrée en politique sous la Seconde République
Negrín adhère au Parti socialiste ouvrier espagnol en 1929. Après la proclamation de la Seconde République en avril 1931, il est élu député des Canaries aux Cortes constituantes. Réélu en 1933 puis en 1936, il siège notamment dans les commissions des Finances et du Budget. Il représente également l’Espagne auprès de l’Organisation internationale du travail et de l’Union interparlementaire.
Au sein du socialisme espagnol, il appartient au courant modéré associé à Indalecio Prieto. Il ne se présente pas comme un tribun populaire : ses compétences économiques, sa connaissance des langues et ses réseaux internationaux font plutôt de lui un spécialiste des questions financières et diplomatiques. Lorsque le soulèvement militaire de juillet 1936 déclenche la guerre civile, ces qualités deviennent déterminantes.
Ministre des Finances dans une République en guerre
Le 4 septembre 1936, Francisco Largo Caballero le nomme ministre des Finances. Le gouvernement républicain doit alors financer une guerre, déplacer ses administrations et acheter des armes malgré la politique de non-intervention adoptée par la France et le Royaume-Uni. Negrín réorganise les ressources de l’État et supervise le transfert d’une grande partie des réserves d’or de la Banque d’Espagne vers l’Union soviétique, afin de garantir les achats militaires et les approvisionnements.
Cette opération, connue plus tard sous le nom polémique d’« or de Moscou », reste au cœur des controverses sur son action. Ses défenseurs soulignent qu’elle répondait à l’urgence et à l’impossibilité d’acquérir autrement des armes ; ses adversaires y voient une dépendance accrue envers l’URSS et dénoncent l’opacité de la gestion. Negrín se trouve ainsi placé au centre d’une guerre où les décisions économiques ne peuvent être séparées des contraintes diplomatiques et militaires.

Président du Conseil et stratégie de résistance
Après les affrontements internes de mai 1937 à Barcelone et la chute du gouvernement Largo Caballero, le président de la République Manuel Azaña charge Negrín de former un nouveau cabinet. Il devient président du Conseil le 17 mai 1937. Sa priorité consiste à restaurer l’autorité de l’État, rationaliser l’effort de guerre et maintenir une coalition allant des républicains aux communistes, en passant par les socialistes.
Negrín estime que la République doit résister jusqu’à ce que la guerre européenne qu’il juge imminente transforme le conflit espagnol en enjeu international. Il espère alors que les démocraties occidentales ne pourront plus abandonner l’Espagne. Cette stratégie, résumée par la volonté de « résister, c’est vaincre », se heurte à l’épuisement de la population, aux défaites militaires et aux divisions du camp républicain.
En avril 1938, il présente ses « Treize Points », programme proposant l’indépendance nationale, un régime démocratique, des garanties de propriété, une réforme sociale et une amnistie sans représailles. Le général Franco refuse toute paix négociée. En septembre, Negrín annonce devant la Société des Nations le retrait unilatéral des Brigades internationales, espérant obtenir un geste équivalent de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste, qui soutiennent les nationalistes. Ce geste reste sans contrepartie.

La défaite républicaine
Après la bataille de l’Èbre et la chute de la Catalogne, Negrín passe en France en février 1939, mais revient presque immédiatement dans la zone encore contrôlée par la République. Il entend poursuivre la résistance afin d’obtenir des garanties pour les civils et les combattants menacés. Le 5 mars, le colonel Segismundo Casado organise à Madrid un coup de force contre son gouvernement, avec l’appui de responsables opposés à la poursuite de la guerre.
Negrín quitte définitivement l’Espagne le 6 mars. Le Conseil de défense créé par Casado ne parvient pas à négocier une paix acceptable ; les armées franquistes entrent à Madrid et la guerre s’achève. Le débat sur la stratégie de Negrín demeure l’un des plus vifs de l’historiographie de la guerre civile. Certains lui reprochent une résistance devenue sans issue et une proximité excessive avec les communistes ; d’autres rappellent que Franco n’offrait qu’une capitulation sans garanties et que la répression qui suivit confirma la gravité des risques.

Le chef du gouvernement en exil
Installé d’abord en France, Negrín continue de se considérer comme le chef légitime du gouvernement républicain. Condamné par le régime franquiste, il est déchu de sa nationalité espagnole et frappé d’une lourde sanction financière. L’avancée allemande de 1940 le conduit à gagner Londres, où il soutient la cause alliée et tente de maintenir une représentation politique de la République.
L’exil accentue les divisions. Indalecio Prieto et d’autres dirigeants socialistes contestent sa stratégie, son contrôle de certaines ressources et sa légitimité prolongée. En 1945, après avoir assisté à la conférence fondatrice des Nations unies à San Francisco, Negrín se rend au Mexique et remet sa démission devant les Cortes républicaines réunies en exil. Le PSOE l’exclut l’année suivante avec plusieurs de ses partisans ; cette décision ne sera annulée symboliquement qu’en 2008.

Les dernières années à Paris
Après 1945, Juan Negrín se retire progressivement de la première ligne politique. Il vit entre la Grande-Bretagne et la France, puis revient s’installer à Paris avec Feliciana López de Dom Pablo. Il mène des activités de conseil, entretient ses réseaux et rassemble une bibliothèque considérable. Souffrant de problèmes cardiaques, il commence en 1956 des mémoires qu’il ne pourra achever.
Il meurt d’une crise cardiaque à Paris le 12 novembre 1956. Selon ses volontés, ses obsèques se déroulent dans la plus stricte intimité et sa tombe du Père-Lachaise ne porte que ses initiales. Ce choix traduit sa volonté d’éviter que l’enterrement ne devienne une nouvelle querelle entre exilés. Ses archives, longtemps conservées par sa famille et sa compagne, sont aujourd’hui déposées à la Fondation Juan Negrín à Las Palmas de Gran Canaria. La redécouverte de sa carrière scientifique et l’ouverture des fonds documentaires ont permis de renouveler l’étude d’un responsable longtemps réduit aux polémiques de la guerre civile.

Travaux et actions principales
- Travaux de physiologie sur le tonus vasculaire, le système nerveux autonome et le métabolisme.
- Direction du Laboratoire de physiologie générale de Madrid à partir de 1916.
- Formation de chercheurs, parmi lesquels Severo Ochoa.
- Réorganisation des finances de la République espagnole pendant la guerre civile.
- Programme politique des « Treize Points » (1938).
- Retrait unilatéral des Brigades internationales annoncé devant la Société des Nations (1938).
- Maintien des institutions républicaines en exil jusqu’à sa démission en 1945.
Fonctions et reconnaissances
- Professeur titulaire de physiologie à l’Université centrale de Madrid à partir de 1922.
- Député aux Cortes en 1931, 1933 et 1936.
- Ministre des Finances de septembre 1936 à mai 1937.
- Président du Conseil des ministres de la République espagnole de mai 1937 à 1945, après 1939 en exil.
- Réintégration symbolique à titre posthume au Parti socialiste ouvrier espagnol en 2008.
- Archives et œuvre scientifique conservées et étudiées par la Fondation Juan Negrín.