Qui est Nadar ?
Nom complet : Gaspard-Félix Tournachon, dit Nadar.
Naissance : 6 avril 1820 (Paris, France).
Mort : 21 mars 1910 (Paris, France) à 89 ans.
Activités : photographe, caricaturiste, journaliste, écrivain et aéronaute.
Notoriété : pionnier du portrait photographique, de la photographie aérienne et de la photographie souterraine ; créateur du ballon Le Géant et proche des grandes figures artistiques du XIXe siècle.
Où se trouve la tombe de Nadar ?
La tombe de Nadar se trouve dans la division 36 du cimetière du Père-Lachaise, avenue des Acacias. Elle réunit plusieurs membres de la famille Tournachon-Nadar, notamment son épouse Ernestine et leur fils Paul, qui poursuivit l’activité photographique familiale.

Le monument funéraire de Nadar au Père-Lachaise
La sépulture familiale est un monument de pierre sobre, fermé par une grille métallique. Les inscriptions gravées sur la stèle rassemblent les noms des familles Lefebvre et Tournachon-Nadar. Elles rappellent que le célèbre pseudonyme est devenu, au fil du temps, presque un nom de famille : Félix, son épouse Ernestine, leur fils Paul et d’autres proches reposent dans ce caveau.

Biographie de Nadar
De Gaspard-Félix Tournachon à Nadar
Gaspard-Félix Tournachon naît à Paris le 6 avril 1820. Son père, Victor Tournachon, est imprimeur et éditeur ; sa mère, Thérèse Maillet, appartient à une famille lyonnaise. L’enfance de Félix se partage entre Paris et Lyon, dans un milieu où le livre, l’imprimé et les idées libérales occupent une place importante. Il commence des études de médecine à Lyon, mais la mort de son père en 1837 bouleverse la situation familiale. Contraint de gagner sa vie, il abandonne bientôt la voie médicale et revient à Paris.
Dans la capitale des années 1840, il fréquente la bohème des écrivains, artistes et journalistes. Il collabore à de nombreux journaux, écrit des chroniques, des feuilletons et des pièces, tout en dessinant des caricatures. Son surnom dérive d’un jeu de langage pratiqué dans son cercle d’amis : « Tournachon » devient « Tournadar », puis « Nadar ». Ce nom court, sonore et facile à signer va bientôt désigner un personnage public autant qu’un artiste.

Le Panthéon Nadar et la célébrité par la caricature
Son premier grand projet est le Panthéon Nadar, vaste galerie lithographiée des célébrités contemporaines. Il imagine des centaines d’écrivains, de journalistes, de musiciens, de peintres et d’acteurs avançant en procession. La première planche, consacrée aux hommes de lettres, paraît en 1854. Le projet complet est trop coûteux pour être mené comme prévu, mais il établit la réputation de Nadar et révèle son ambition : saisir un visage, un tempérament et une position sociale en quelques traits.
Cette expérience de caricaturiste prépare directement son œuvre photographique. Nadar connaît personnellement une grande partie de ses modèles et comprend que le portrait convaincant ne dépend pas seulement de la ressemblance. Il faut observer les attitudes, éliminer les accessoires inutiles et laisser le regard ou le geste exprimer la personnalité. Cette conception restera au cœur de ses photographies.
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L’invention d’un art du portrait
Au début des années 1850, son frère Adrien Tournachon se forme à la photographie. Félix s’engage à son tour dans cette activité et ouvre un atelier. Une querelle oppose les deux frères sur l’usage du pseudonyme Nadar ; Félix en obtient finalement l’usage exclusif. L’épisode rappelle que la photographie est déjà un art, mais aussi une entreprise où comptent la réputation, l’adresse de l’atelier et la reconnaissance d’une signature.
Dans ses portraits, Nadar privilégie les fonds neutres, une lumière modelant le visage et des poses dépouillées. Cette économie de moyens tranche avec les décors chargés alors courants. Baudelaire, Dumas, George Sand, Nerval, Rossini, Berlioz, Sarah Bernhardt, Daumier et bien d’autres passent devant son objectif. Nadar ne photographie pas seulement des célébrités : il contribue à fixer l’image sous laquelle plusieurs générations les reconnaîtront.
En 1860, il installe son atelier au 35 boulevard des Capucines. La façade porte son nom en immenses lettres rouges, dessinées par Antoine Lumière. Le lieu devient l’un des emblèmes du Paris moderne. En 1874, alors que Nadar a quitté cette adresse, l’ancien atelier accueille la première exposition de ceux que l’on appellera bientôt les impressionnistes, parmi lesquels Monet, Renoir, Degas, Pissarro et Cézanne.

Photographier Paris depuis le ciel
La curiosité technique de Nadar dépasse rapidement le studio. Passionné par l’aérostation, il réalise en 1858, depuis un ballon captif au-dessus du Petit-Bicêtre, près de Paris, les premières photographies aériennes connues en France. Les procédés de l’époque rendent l’opération difficile : il faut préparer et développer les plaques humides dans la nacelle, lutter contre les mouvements du ballon et obtenir une exposition suffisante. Les premiers négatifs ont disparu, mais l’expérience inscrit Nadar parmi les pionniers de la photographie vue du ciel.
Il défend pourtant l’avenir des appareils plus lourds que l’air et fonde en 1863 une société d’encouragement à la locomotion aérienne. Pour financer cette cause, il commande un ballon gigantesque, Le Géant. L’aérostat attire des foules considérables et effectue plusieurs ascensions. Une descente dramatique en Allemagne, en octobre 1863, blesse Nadar et son épouse Ernestine. L’entreprise se solde par un échec financier, mais elle nourrit l’imaginaire scientifique et populaire de l’époque ; Jules Verne s’inspire de Nadar pour le personnage de Michel Ardan dans De la Terre à la Lune.
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La lumière artificielle et les profondeurs de Paris
Nadar expérimente aussi la photographie à la lumière électrique. Dès 1861, il descend dans les catacombes de Paris et réalise une série spectaculaire. Les temps de pose très longs imposent l’emploi de mannequins pour représenter les ouvriers. Il photographie ensuite les égouts de la capitale. Ces images ont une valeur esthétique, documentaire et technique : elles rendent visibles des espaces que la lumière naturelle ne peut atteindre et témoignent des transformations du Paris haussmannien.
La photographie devient ainsi, entre ses mains, un moyen d’exploration. Le portrait révèle l’individu ; la vue aérienne renouvelle la perception du territoire ; les prises de vue souterraines documentent l’envers de la ville. Dans chacun de ces domaines, Nadar cherche moins la perfection académique qu’une solution concrète à un problème nouveau.

Républicain, aéronaute et homme du siège de Paris
Républicain convaincu et opposant au Second Empire, Nadar ne sépare pas complètement ses activités artistiques de ses engagements. Pendant le siège de Paris en 1870, il participe avec Camille Legrand et Jules Duruof à la création d’une compagnie d’aérostiers. Des ballons quittent la capitale encerclée en transportant du courrier, des dépêches et des voyageurs. Nadar effectue également des observations depuis les airs et contribue à l’organisation de ce service improvisé.
Après la guerre, il poursuit ses activités avec une énergie inégale et connaît plusieurs difficultés financières. Il ouvre un temps un atelier à Marseille, écrit ses souvenirs et continue de défendre la photographie, l’aéronautique et ses amis. Son goût des entreprises trop vastes lui coûte cher, mais ce mélange de générosité, d’invention et d’audace participe à sa légende.

Le témoignage du photographe et les dernières années
En 1886, Félix et son fils Paul réalisent une série d’entretiens photographiés avec le chimiste centenaire Michel-Eugène Chevreul. Le dispositif associe les paroles transcrites et une succession d’images montrant les expressions de l’interlocuteur. Cette expérience est souvent considérée comme un jalon du reportage photographique et de l’interview illustrée. Elle manifeste aussi la place croissante de Paul dans l’atelier.
Les relations entre le père et le fils connaissent des tensions, notamment autour de la conduite commerciale et de l’usage du nom Nadar, avant de s’apaiser. Paul développe l’entreprise, adopte les innovations techniques et prolonge la dynastie photographique. Félix, de son côté, publie des livres de souvenirs, parmi lesquels Quand j’étais photographe en 1900, récit précieux sur les débuts du médium et sur les personnalités qu’il a rencontrées.
Une grande rétrospective lui est consacrée à Paris en 1900. En 1907, il cède à la Bibliothèque nationale plusieurs centaines de dessins du Panthéon Nadar. Il meurt à Paris le 21 mars 1910. Ses obsèques réunissent une assistance nombreuse au Père-Lachaise. Photographe des écrivains et des artistes, homme de presse, dessinateur, expérimentateur et aéronaute, Nadar demeure l’un des personnages qui incarnent le mieux l’enthousiasme du XIXe siècle pour les images, les techniques nouvelles et la conquête de points de vue jusqu’alors impossibles.

Œuvres et réalisations principales
- La Robe de Déjanire (1845), roman.
- Le Panthéon Nadar (à partir de 1854), galerie caricaturale des célébrités contemporaines.
- Portraits photographiques de Baudelaire, Dumas, George Sand, Nerval, Berlioz, Rossini, Sarah Bernhardt et de nombreuses figures du XIXe siècle.
- Premières expériences françaises de photographie aérienne depuis un ballon (1858).
- Photographies des catacombes et des égouts de Paris à la lumière artificielle (années 1860).
- Création et ascensions du ballon Le Géant (1863).
- Organisation d’un service de ballons pendant le siège de Paris (1870-1871).
- Entretien photographique avec Michel-Eugène Chevreul, réalisé avec Paul Nadar (1886).
- Quand j’étais photographe (1900), souvenirs.
Distinctions et fonctions
- Chevalier de la Légion d’honneur en 1899.
- Président fondateur de la Société d’encouragement pour la locomotion aérienne au moyen d’appareils plus lourds que l’air.
- Commandant d’une compagnie d’aérostiers durant le siège de Paris.
- Rétrospective de son œuvre à l’Exposition universelle de Paris en 1900.
- Entrée de plusieurs centaines de dessins du Panthéon Nadar dans les collections de la Bibliothèque nationale en 1907.