Qui est Henri Krasucki ?
Nom complet : Henoch Krasucki, dit Henri Krasucki.
Naissance : 2 septembre 1924 (Wołomin, Pologne).
Mort : 24 janvier 2003 (Paris, France) à 78 ans.
Activité principale : Syndicaliste français.
Notoriété : Résistant et déporté, secrétaire général de la Confédération générale du travail de 1982 à 1992.
Où se trouve la tombe d’Henri Krasucki ?
Henri Krasucki est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, dans la 97e division. Sa tombe se trouve dans un caveau familial où reposent également sa mère Léa, sa sœur Liliane et son épouse Jacqueline.

Le monument funéraire d’Henri Krasucki au Père-Lachaise
La sépulture familiale Krasucki est un monument sobre en pierre claire. Une stèle verticale, légèrement plus large à sa base, porte les noms des membres de la famille ainsi que leurs dates. L’inscription consacrée à Henri Krasucki rappelle ses qualités de résistant, de déporté et de dirigeant syndical.


Biographie d’Henri Krasucki
Henoch Krasucki naît le 2 septembre 1924 à Wołomin, près de Varsovie, dans une famille juive, communiste et de langue yiddish. Son père, Isaac, ouvrier du textile et militant syndical, quitte la Pologne en 1926 pour échapper à l’antisémitisme et à la répression anticommuniste. Henri et sa mère Léa le rejoignent à Paris en 1928. La famille s’installe à Belleville, quartier populaire où vivent de nombreux ouvriers immigrés. Henri fréquente l’école communale puis le lycée Voltaire, où ses résultats lui permettent d’envisager des études longues. Les difficultés économiques de ses parents l’obligent toutefois à interrompre sa scolarité en 1939.

Une jeunesse militante à Belleville
Isaac Krasucki milite à la CGTU parmi les travailleurs juifs de la confection. Sa mère participe elle aussi au mouvement communiste. Dans cet environnement, Henri découvre très jeune l’action collective et l’antifascisme. Il adhère aux Jeunesses communistes et prend rapidement des responsabilités dans le 20e arrondissement. Après l’interdiction du Parti communiste en 1939, puis l’occupation allemande, l’engagement politique devient clandestin.

En 1942, Adam Rayski le nomme à la direction parisienne des jeunes de la section juive de la Main-d’œuvre immigrée. Sous le pseudonyme de « Bertrand », Henri Krasucki participe aux activités des FTP-MOI. Il distribue des tracts et des journaux clandestins, contribue au recrutement, à la fabrication de faux papiers et à des opérations contre l’occupant. Cette Résistance associe propagande, protection des persécutés et lutte armée.
Arrestation et déportation
La Brigade spéciale de la police française le surveille à partir de février 1943. Le 23 mars, il est arrêté en sortant de chez lui. Interrogé et torturé à la Préfecture de police, parfois en présence de sa mère également arrêtée, il ne livre aucun nom. Après Fresnes et Drancy, il est déporté le 22 juin 1943 vers Auschwitz-Birkenau. Son père avait été arrêté quelques semaines auparavant, déporté à Birkenau et assassiné dès son arrivée.

À Auschwitz, Henri Krasucki survit au travail forcé, à la faim et aux violences. En janvier 1945, lors de l’évacuation du camp devant l’avancée soviétique, il est transféré à Buchenwald. Il prend part à l’organisation clandestine des déportés et assiste à la libération du camp le 11 avril 1945. Cette expérience demeure au cœur de sa vie publique. Il témoignera régulièrement contre le racisme, l’antisémitisme et l’extrême droite, sans séparer la mémoire de la déportation de son engagement social.
Ouvrier métallurgiste et responsable de la CGT
De retour à Paris, il suit une formation d’ajusteur et obtient son certificat d’aptitude professionnelle. Il travaille dans la métallurgie, notamment chez Renault, et adhère à la CGT. Naturalisé français en 1947, il devient rapidement un permanent syndical. En 1950, il est secrétaire de l’union départementale CGT de la Seine. Son expérience ouvrière, sa maîtrise des dossiers économiques et sa puissance de travail favorisent son ascension dans la confédération.
Henri Krasucki est élu au comité central du Parti communiste français en 1956. Il entre au bureau confédéral de la CGT au début des années 1960 et dirige La Vie ouvrière, l’hebdomadaire de la confédération, à partir de 1964. Il suit de près les questions de salaires, d’emploi et de protection sociale. Pendant les grandes grèves de mai et juin 1968, il participe aux négociations qui conduisent au constat de Grenelle.

Dix années à la tête de la confédération
En juin 1982, lors du congrès de Lille, Henri Krasucki succède à Georges Séguy comme secrétaire général de la CGT. Il dirige l’organisation pendant une décennie de profondes transformations : désindustrialisation, progression du chômage, mutations technologiques, alternance politique et recul des effectifs syndicaux. Proche du Parti communiste, il défend néanmoins l’autonomie de décision de la confédération et cherche à maintenir son influence dans un monde du travail qui se fragmente.
Son expression lente et son accent populaire font l’objet de caricatures médiatiques, parfois accompagnées d’attaques visant ses origines étrangères. Il répond à ces polémiques en rappelant l’histoire de sa famille, la Résistance et la déportation. Derrière cette image publique, ses interlocuteurs reconnaissent un négociateur préparé, attentif aux chiffres et passionné de musique classique. Son mandat est marqué par d’importants conflits sociaux et par la recherche d’une coopération syndicale internationale.
Les dernières années
Henri Krasucki quitte le secrétariat général de la CGT en 1992, remplacé par Louis Viannet. Il continue cependant d’intervenir sur les questions internationales, la mémoire de la Résistance et la lutte contre le racisme. Nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1994 au titre de la Résistance, il demeure jusqu’à sa mort une référence du mouvement ouvrier français.

Il meurt le 24 janvier 2003 dans le 19e arrondissement de Paris, après une longue maladie. Ses obsèques civiles au Père-Lachaise rassemblent sa famille, des responsables de la CGT et du Parti communiste, des associations d’anciens déportés, des représentants syndicaux et de nombreuses personnalités politiques. Deux ans plus tard, une place du quartier de Belleville reçoit son nom. En 2023, une esplanade Henri-Krasucki est inaugurée devant le siège de la CGT à Montreuil.
Réalisations et publications principales
- Engagement dans la section juive des FTP-MOI pendant l’Occupation.
- Direction de La Vie ouvrière à partir de 1964.
- Syndicats et luttes de classe (1969).
- Syndicats et socialisme (1972).
- Syndicats et unité (1980).
- Un syndicat moderne ? Oui ! (1987).
Distinctions et fonctions
- Secrétaire général de la CGT de 1982 à 1992.
- Vice-président de la Fédération syndicale mondiale à partir de 1986.
- Membre des instances dirigeantes du Parti communiste français.
- Chevalier de la Légion d’honneur en 1994, au titre de la Résistance.
- Une place du 20e arrondissement de Paris et une esplanade à Montreuil portent son nom.