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JORDAN Camille

Qui est Camille Jordan ?

Nom complet : Camille Jordan.
Naissance : 13 janvier 1771 (Lyon, France).
Mort : 19 mai 1821 (Paris, France) à 50 ans.
Activité : homme politique, écrivain et orateur.
Notoriété : député du Rhône au Conseil des Cinq-Cents, opposant au coup d’État du 18 fructidor, puis député libéral de l’Ain sous la Restauration.

Où se trouve la tombe de Camille Jordan ?

La tombe de Camille Jordan se trouve dans la division 39 du cimetière du Père-Lachaise, à Paris.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 39
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise.

Le monument funéraire de Camille Jordan au Père-Lachaise

Le monument de Camille Jordan est une composition néoclassique conçue comme un petit édicule. Un stylobate supporte des pilastres, un entablement et un fronton triangulaire. Au centre, sur un piédestal, se trouvait le buste en marbre exécuté par David d’Angers. L’ensemble associait ainsi l’architecture funéraire antique au portrait réaliste d’un parlementaire célèbre pour son éloquence. Le monument est aujourd’hui très altéré et le buste a disparu, mais les gravures anciennes permettent de restituer son aspect originel. La sépulture figure parmi les monuments historiques inscrits du Père-Lachaise.

Tombe actuelle de Camille Jordan au Père-Lachaise
État actuel du monument funéraire de Camille Jordan, division 39. Wikimedia Commons, licence libre.
Monument de Camille Jordan avec le buste de David d’Angers
Le monument de Camille Jordan dans son état ancien, avec le buste de David d’Angers. Gravure de Simon Joseph Antoine Quaglia, Wikimedia Commons, domaine public.

Biographie de Camille Jordan

Camille Jordan naît à Lyon le 13 janvier 1771 dans une famille de négociants aisés. Il reçoit une solide formation classique chez les Oratoriens, puis au séminaire Saint-Irénée. Sans entrer dans les ordres, il acquiert une culture religieuse et littéraire qui nourrit son éloquence. Lorsque la Révolution française éclate, il n’a que dix-huit ans. Catholique convaincu, attaché aux libertés locales et à une monarchie limitée, il se montre rapidement hostile à la politique religieuse de l’Assemblée constituante.

Portrait gravé de Camille Jordan
Camille Jordan gravé par Henri-Charles Muller d’après Marie-Éléonore Godefroid. Wikimedia Commons, domaine public.

Un jeune publiciste catholique

Jordan publie ses premiers textes au début des années 1790. Il critique la Constitution civile du clergé, qui impose aux prêtres un serment et réorganise l’Église de France sans accord avec Rome. Sous divers écrits, parfois anonymes ou pseudonymes, il défend la liberté de conscience et la place du catholicisme. Son opposition n’est cependant pas un simple retour à l’Ancien Régime : les modèles constitutionnels, les libertés publiques et la représentation nationale occupent une place croissante dans sa pensée.

À Lyon, les tensions révolutionnaires deviennent particulièrement violentes. La ville, divisée entre jacobins, modérés et royalistes, se soulève en 1793 contre la Convention montagnarde. Jordan participe activement à l’insurrection lyonnaise du 29 mai et cherche ensuite à obtenir le soutien des campagnes voisines. Après la reconquête de Lyon par les troupes de la Convention, il doit fuir pour échapper à la répression.

L’exil et la découverte du modèle britannique

En octobre 1793, Jordan gagne la Suisse, puis l’Angleterre. Il y rencontre des émigrés français et observe le fonctionnement de la monarchie parlementaire britannique. Cette expérience est décisive. Il admire l’équilibre entre la Couronne, les chambres et les libertés civiles, ainsi que la possibilité d’une opposition légale. Il ne renonce pas à ses convictions monarchiques, mais les inscrit désormais dans un projet constitutionnel qui exclut aussi bien l’absolutisme que la dictature révolutionnaire.

Ses séjours en Suisse et en Allemagne le rapprochent de plusieurs intellectuels libéraux. Il fréquente notamment le cercle de Germaine de Staël, qui réunit autour d’elle écrivains, diplomates et opposants aux pouvoirs autoritaires. Ces relations contribuent à faire de Jordan un intermédiaire entre le libéralisme politique français et les débats européens nés de la Révolution.

Madame de Staël devant le cercle de Coppet
Madame de Staël s’adressant au cercle de Coppet, fréquenté par Camille Jordan. Gravure de Philibert-Louis Debucourt, vers 1800. Wikimedia Commons, domaine public.

Député au Conseil des Cinq-Cents

Après l’établissement du Directoire, Jordan revient en France. En avril 1797, il est élu député du Rhône au Conseil des Cinq-Cents. À vingt-six ans, il devient l’un des orateurs remarqués de la nouvelle majorité modérée. Son discours sur la liberté des cultes réclame la fin des mesures d’exception contre les prêtres et la réouverture effective des églises. Ses adversaires y voient une offensive cléricale ; lui présente cette politique comme une conséquence nécessaire de la liberté religieuse.

Les élections de 1797 ont renforcé les royalistes constitutionnels et les modérés. Trois Directeurs, Barras, Reubell et La Révellière-Lépeaux, redoutent un renversement légal de la République. Le 18 fructidor an V, soit le 4 septembre 1797, ils s’appuient sur l’armée pour arrêter les principaux opposants, annuler des élections et imposer de nouvelles mesures contre les émigrés et les prêtres. Jordan échappe à l’arrestation, mais son mandat est annulé. Il reprend le chemin de l’exil.

Médaille du coup d’État du 18 fructidor an V
Médaille d’Augustin Dupré consacrée au coup d’État du 18 fructidor an V, qui chassa Camille Jordan du Conseil des Cinq-Cents. Musée Carnavalet / Wikimedia Commons, domaine public.

Entre Allemagne, Suisse et cercle de Coppet

Jordan séjourne en Allemagne, notamment auprès de milieux intellectuels ouverts aux idées nouvelles. Il maintient ses liens avec Madame de Staël et Benjamin Constant. Tous partagent la recherche d’un régime représentatif protégeant les libertés, même si leurs convictions religieuses et leurs positions sur la monarchie diffèrent. Jordan se forge alors une réputation d’orateur au style clair, grave et persuasif, fondé davantage sur la morale et les principes que sur les effets de tribune.

Le coup d’État du 18 Brumaire porte Bonaparte au pouvoir en novembre 1799. Jordan peut revenir en France, mais refuse de se rallier durablement au nouveau régime. Il reste à l’écart des fonctions importantes offertes par le Consulat et l’Empire. Cette réserve le rapproche des libéraux qui dénoncent la concentration du pouvoir et le recul des libertés politiques. Il consacre une partie de son temps à l’écriture, à ses relations intellectuelles et à la vie familiale.

Un opposant libéral sous l’Empire

Sous Napoléon, l’espace de la discussion politique se réduit. Jordan n’est pas un conspirateur, mais il appartient à une sociabilité hostile au despotisme impérial. Ses amitiés avec Germaine de Staël et les membres du groupe de Coppet le maintiennent dans les réseaux de l’opposition européenne. Il défend une monarchie constitutionnelle, le bicamérisme, l’indépendance des représentants et les garanties judiciaires. Sa pensée associe conservatisme religieux et libéralisme institutionnel, combinaison caractéristique d’une partie des élites modérées issues de la Révolution.

Camille Jordan représenté comme orateur
Camille Jordan à la tribune, représenté comme orateur parlementaire par Antoine Guillot, dit Arthur. Wikimedia Commons, domaine public.

Le retour à la vie parlementaire

La chute de l’Empire en 1814 ouvre une nouvelle période. Jordan accueille favorablement le retour des Bourbons, mais souhaite que la monarchie respecte la Charte constitutionnelle. Il refuse aussi bien la restauration complète de l’Ancien Régime que les excès de la réaction ultraroyaliste. Cette position médiane le place parmi les constitutionnels, puis dans l’opposition libérale lorsque le gouvernement limite les libertés ou renforce le poids des ultras.

En 1816, il est élu député de l’Ain à la Chambre des députés. Il y retrouve une tribune à la mesure de son talent. Il intervient sur la liberté de la presse, la responsabilité ministérielle, les lois électorales et les garanties individuelles. Catholique pratiquant, il défend la religion tout en refusant qu’elle serve à justifier l’arbitraire politique. Monarchiste, il considère que la dynastie ne peut se consolider qu’en respectant les institutions représentatives et les acquis civils de la Révolution.

Une voix de la gauche constitutionnelle

Jordan siège avec les libéraux de la gauche constitutionnelle, aux côtés de figures comme Royer-Collard. Son positionnement peut surprendre : l’ancien opposant à la Révolution devient sous la Restauration un défenseur des libertés conquises depuis 1789. Cette évolution ne relève pas d’un reniement. Depuis son exil anglais, il cherche une synthèse entre l’ordre, la religion et le gouvernement représentatif. Il combat donc les ultras lorsque ceux-ci rêvent d’effacer la rupture révolutionnaire.

Ses discours sont publiés et largement commentés. Il s’oppose aux restrictions imposées à la presse et défend le contrôle parlementaire du gouvernement. Il intervient également sur les troubles de Lyon et sur la politique suivie à l’égard de sa ville natale. Réélu en 1818, il demeure l’un des porte-parole d’un libéralisme modéré, soucieux de concilier la Charte, la monarchie et les droits des citoyens.

Portrait de Camille Jordan homme politique
Portrait gravé de Camille Jordan, homme politique et député libéral. Rijksmuseum / Wikimedia Commons, domaine public.

Les dernières années

Jordan est nommé conseiller d’État et reçoit la Légion d’honneur, sans abandonner son indépendance politique. Sa santé se dégrade au début des années 1820, mais il poursuit son travail parlementaire. Le 19 mai 1821, à Paris, il meurt subitement alors qu’il préparait encore un discours. Il a cinquante ans. Sa disparition prive les libéraux constitutionnels d’un orateur respecté, capable de dialoguer avec des monarchistes modérés comme avec les héritiers politiques de la Révolution.

Inhumé au Père-Lachaise, Camille Jordan reçoit un monument conçu pour célébrer l’éloquence parlementaire. David d’Angers réalise son buste, placé au centre d’une architecture néoclassique. Bien que la sculpture ait disparu du tombeau, les gravures anciennes conservent la mémoire de cette œuvre et d’un homme dont la carrière relie la crise lyonnaise de 1793, le Directoire, les exils et les premiers combats libéraux de la Restauration.

Principaux écrits et discours de Camille Jordan

  • Écrits contre la Constitution civile du clergé au début de la Révolution.
  • Discours sur la liberté des cultes au Conseil des Cinq-Cents (1797).
  • Camille Jordan, député du Rhône, à ses commettants, sur la révolution du 18 fructidor (an VI).
  • Sur les troubles de Lyon (1818).
  • La Session de 1817 (1818).
  • Discours parlementaires sur la presse, les élections et les libertés constitutionnelles.

Fonctions et distinctions

  • Député du Rhône au Conseil des Cinq-Cents en 1797.
  • Député de l’Ain de 1816 à 1821.
  • Membre de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon.
  • Conseiller d’État.
  • Chevalier de la Légion d’honneur.