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HAÜY Valentin

Qui est Valentin Haüy ?

Nom complet : Valentin Haüy.
Naissance : 13 novembre 1745 (Saint-Just-en-Chaussée, France).
Mort : 19 mars 1822 (Paris, France) à 76 ans.
Activité : pédagogue, linguiste, traducteur et interprète français.
Notoriété : fondateur de la première école destinée aux enfants aveugles à Paris et pionnier de leur accès à la lecture, à l’instruction et au travail.

Où se trouve la tombe de Valentin Haüy ?

La tombe de Valentin Haüy se trouve dans la division 60 du cimetière du Père-Lachaise. Il y repose avec son frère, le minéralogiste René Just Haüy, au sein de la sépulture des familles Haüy, Vuillemot et Rougeron.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 60
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise : la tombe de Valentin Haüy se trouve en division 60.

Le monument funéraire de Valentin Haüy au Père-Lachaise

La sépulture familiale est un monument de pierre sobre, entouré par la végétation de la division 60. Une plaque porte la dédicace « À Valentin Haüy 1745-1822, les aveugles reconnaissants ». Une autre inscription réunit les deux frères et rappelle leurs domaines d’action : Valentin, « premier instituteur des aveugles », et l’abbé René Just, « savant minéralogiste ». Le tombeau associe ainsi deux personnalités dont les œuvres, l’une sociale et pédagogique, l’autre scientifique, ont marqué la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe.

La mémoire de Valentin occupe une place particulière sur le monument. Son nom n’est pas seulement celui d’un fondateur d’école : la dédicace des personnes aveugles rappelle la reconnaissance collective née de son combat pour l’instruction et l’autonomie. À la fin du XXe siècle, une plaque de marbre apposée à l’initiative de leur ville natale a rendu plus lisible la présence conjointe de Valentin et René Just Haüy.

Vue générale de la tombe de Valentin et René Just Haüy au Père-Lachaise
Vue générale de la sépulture familiale Haüy, division 60. Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Plaques et inscriptions de la tombe de Valentin Haüy au Père-Lachaise
Les inscriptions consacrées à Valentin Haüy et à son frère René Just. Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Biographie de Valentin Haüy

Valentin Haüy naît le 13 novembre 1745 à Saint-Just-en-Chaussée, en Picardie, dans une famille modeste. Son père exerce le métier de tisserand. Comme son frère aîné René Just, futur fondateur de la cristallographie géométrique, il bénéficie d’une solide formation classique à Paris. Il apprend le latin, le grec et l’hébreu, puis acquiert la maîtrise de nombreuses langues vivantes. Cette aptitude exceptionnelle lui ouvre une carrière de traducteur de documents officiels, commerciaux, notariés et privés.

Un linguiste au service du roi

Haüy devient un spécialiste reconnu des langues et des écritures. En 1781, il est membre et professeur du Bureau académique d’écriture, organisme consacré à l’art calligraphique et à l’expertise des documents. Deux ans plus tard, il est nommé interprète du roi pour l’espagnol, l’italien et le portugais. Il travaille également pour l’Amirauté de France. Cette pratique professionnelle des signes, de la lecture et de la transmission des textes jouera un rôle essentiel lorsqu’il cherchera à concevoir un enseignement accessible par le toucher.

Portrait de Valentin Haüy en 1789
Valentin Haüy, interprète du roi et instituteur des enfants aveugles, gravure de Sergent-Marceau d’après Marie-Geneviève Favart, 1789. Paris Musées / Wikimedia Commons, domaine public.

Dans la France des Lumières, la condition des personnes aveugles est encore largement pensée sous l’angle de l’assistance. Les plus pauvres vivent de mendicité ou sont accueillis dans des hospices, sans véritable accès organisé à l’instruction. La Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient de Diderot, publiée en 1749, a pourtant montré que la cécité n’empêche ni le raisonnement ni l’acquisition de connaissances. L’abbé de l’Épée, en développant une éducation destinée aux enfants sourds, fournit également un exemple concret d’action pédagogique.

De l’indignation à l’expérimentation

Haüy situe l’origine de son engagement dans une scène observée en 1771 à la foire Saint-Ovide, place Louis-XV à Paris. Des musiciens aveugles y sont exhibés dans un spectacle caricatural et accueillis par les rires. Il en retire la conviction qu’il faut substituer l’éducation et la dignité à l’humiliation publique. Ce projet mûrit durant plusieurs années avant qu’une rencontre ne lui permette de passer à l’expérience.

En 1784, il prend pour premier élève François Lesueur, un jeune homme aveugle qui mendie près de l’église Saint-Germain-des-Prés. Haüy part d’un principe simple : si le toucher permet de reconnaître les objets et certaines formes, il doit pouvoir servir à lire. Il fait imprimer de grands caractères latins en relief sur un papier épais. Lesueur apprend à les identifier, à former des mots, puis à acquérir des notions d’orthographe, de calcul et de musique.

La méthode conserve la forme visuelle des lettres ordinaires. Elle reste lente et encombrante, et ne permet pas encore une écriture tactile véritablement autonome. Elle constitue néanmoins une rupture : elle démontre publiquement que des élèves aveugles peuvent suivre un enseignement structuré et accéder aux livres. Le braille, élaboré plusieurs décennies plus tard dans l’école fondée par Haüy, dépassera les limites de ces caractères gaufrés tout en poursuivant le même objectif d’émancipation par l’écrit.

Pages de l’Essai sur l’éducation des enfants aveugles de Valentin Haüy
Pages de l’Essai sur l’éducation des aveugles, imprimé avec des caractères en relief en 1786. Wikimedia Commons, domaine public.

La première école pour enfants aveugles

Les progrès de Lesueur convainquent la Société philanthropique de soutenir l’initiative. Une École gratuite des Aveugles-nés ouvre à Paris en 1785 ; l’année suivante, l’Institution des Enfants Aveugles s’établit rue Notre-Dame-des-Victoires sous la direction de Haüy. Elle accueille bientôt plusieurs dizaines d’élèves. Le 26 décembre 1786, vingt-quatre pensionnaires sont présentés à Versailles devant Louis XVI et la cour, démonstration qui donne à l’entreprise une grande visibilité.

L’école ne se limite pas à la lecture. Les élèves apprennent le calcul, la géographie, l’histoire, les langues et la musique, mais aussi des métiers comme la filature et l’imprimerie. Haüy veut prouver qu’une personne aveugle peut devenir instruite, exercer une activité productive et participer à la société. Il associe donc enseignement intellectuel et formation professionnelle, suivant une conception qui demeure marquée par son époque mais rompt avec la seule logique charitable.

En 1786, il publie l’Essai sur l’éducation des aveugles, où il expose les résultats obtenus et les moyens employés pour lire par le toucher, imprimer, calculer et étudier la musique. L’ouvrage diffuse son expérience au-delà de Paris. Il témoigne aussi du rôle actif des élèves : ceux-ci participent à l’imprimerie de leurs livres et montrent au public leurs compétences lors de séances organisées pour obtenir des soutiens.

Révolution, nationalisation et mise à l’écart

La Révolution transforme profondément l’établissement. Le 28 septembre 1791, l’État le prend en charge. Devenu Institut national des aveugles travailleurs, il change plusieurs fois de locaux et d’organisation. Haüy s’engage parallèlement dans la vie politique de sa section parisienne. Il exerce des fonctions civiques, participe aux fêtes révolutionnaires avec ses élèves et rejoint la théophilanthropie, culte moral apparu sous le Directoire.

Cet engagement lui vaut de graves difficultés. Après l’insurrection de prairial an III, il est arrêté à plusieurs reprises en 1795 avant d’être libéré. Sous le Consulat, son passé politique alimente la méfiance. En 1800, l’école est rattachée à l’hospice des Quinze-Vingts et prend le nom d’Institut national des aveugles travailleurs. Haüy perd progressivement la direction effective de l’œuvre qu’il a fondée et doit démissionner en 1802.

Élèves de l’Institut national des aveugles-nés réunis dans une salle à Paris
Une salle de l’Institut national des aveugles-nés à Paris, illustration historique. Wellcome Collection / Wikimedia Commons, CC BY 4.0.

De Berlin à Saint-Pétersbourg

Son expérience est cependant reconnue à l’étranger. En 1806, Haüy quitte la France. Il séjourne à Berlin, où son passage contribue au développement de l’enseignement destiné aux personnes aveugles, puis répond à l’invitation du tsar Alexandre Ier. Il gagne Saint-Pétersbourg avec la mission d’y établir une école. Le projet avance difficilement : il faut convaincre l’administration, recruter des élèves et adapter les méthodes à une autre langue.

L’Institut de Saint-Pétersbourg finit par ouvrir et Haüy le dirige pendant onze ans. Son action contribue à internationaliser une pédagogie jusque-là expérimentale et dispersée. Des établissements inspirés par son modèle apparaissent dans plusieurs villes européennes. L’idée selon laquelle les enfants aveugles doivent recevoir une véritable éducation, et non seulement une protection matérielle, s’installe progressivement dans les politiques publiques.

Le retour et la reconnaissance tardive

Valentin Haüy revient à Paris en 1817. Il y trouve une institution profondément transformée et découvre que son rôle de fondateur est presque oublié. Pendant plusieurs années, il ne peut même pas entrer librement dans l’établissement qu’il a créé, désormais nommé Institution royale des jeunes aveugles. Une cérémonie solennelle est finalement organisée en son honneur le 21 août 1821. Les élèves lui rendent hommage quelques mois avant sa mort.

Affaibli, Haüy vit alors au Muséum avec son frère René Just. Il meurt à Paris le 19 mars 1822, à l’âge de 76 ans. Son frère disparaît à son tour le 1er juin de la même année. Tous deux sont inhumés au Père-Lachaise. Valentin ne connaît pas l’écriture mise au point par Louis Braille, arrivé comme élève à l’institution en 1819 : le jeune homme élaborera son système à partir de 1825. Mais l’école, les livres en relief et le principe même d’une instruction complète ont créé le cadre dans lequel cette invention deviendra possible.

Monument aux frères Valentin et René Just Haüy à Saint-Just-en-Chaussée
Monument aux frères Haüy dans leur ville natale : Valentin est représenté auprès d’un enfant aveugle. Claude Villetaneuse / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Le nom de Valentin Haüy demeure attaché à l’Institut national des jeunes aveugles, mais aussi à l’association créée en 1889 par Maurice de La Sizeranne pour favoriser l’autonomie et l’insertion des personnes aveugles et malvoyantes. Son apport ne réside pas dans une méthode définitive : ses caractères en relief seront remplacés par le braille. Il tient à une conviction devenue structurante, celle que la cécité ne supprime ni la capacité d’apprendre, ni le droit à la culture, au travail et à une place active dans la société.

Statue de Valentin Haüy à l’Institut national des jeunes aveugles de Paris
Statue de Valentin Haüy dans la cour de l’Institut national des jeunes aveugles à Paris. Polymagou / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Principales réalisations et œuvres de Valentin Haüy

  • Instruction de François Lesueur, son premier élève aveugle, à partir de 1784.
  • Ouverture de l’École gratuite des Aveugles-nés en 1785, devenue l’Institution des Enfants Aveugles en 1786.
  • Mise au point et impression de livres en grands caractères latins gaufrés, lisibles par le toucher.
  • Essai sur l’éducation des aveugles (1786).
  • Nouveau syllabaire à l’usage des aveugles (1800).
  • Création et direction d’un institut pour personnes aveugles à Saint-Pétersbourg à partir de 1806.

Distinctions et fonctions de Valentin Haüy

  • Professeur et membre du Bureau académique d’écriture à partir de 1781.
  • Interprète du roi pour l’espagnol, l’italien et le portugais à partir de 1783.
  • Fondateur et directeur de l’Institution des Enfants Aveugles.
  • Directeur de l’institut pour personnes aveugles de Saint-Pétersbourg pendant onze ans.
  • Récipiendaire de l’ordre russe de Saint-Vladimir de 4e classe.
  • Une association nationale, un musée, une fondation et de nombreux établissements ou voies publiques portent son nom.