Qui est DJ Mehdi ?
Date de naissance : 20 janvier 1977 (Asnières-sur-Seine, France).
Date du décès : 13 septembre 2011 (Paris 10e, France) à 34 ans.
Activité principale : DJ Disc Jockey, producteur.
Nom de naissance : Mehdi Favéris-Essadi.
Où est la tombe de DJ Mehdi ?
La tombe est située dans la division 73

Le monument funéraire de DJ Mehdi au Père-Lachaise
DJ Mehdi repose dans la 73e division. Sa sépulture est une tombe de terre sobre, reconnaissable à la stèle qui porte son nom d’artiste, ses dates et le portrait gravé de l’artiste. Les hommages, les fleurs et les messages déposés par les visiteurs y rappellent la place singulière qu’il a conservée dans la mémoire du rap français comme dans celle de la musique électronique. Il a été inhumé au Père-Lachaise le 17 septembre 2011, quatre jours après sa disparition.

Biographie de DJ Mehdi
Mehdi Favéris-Essadi, connu sous le nom de DJ Mehdi, naît le 20 janvier 1977 à Asnières-sur-Seine et grandit dans les Hauts-de-Seine. Producteur, compositeur et DJ, il occupe une position exceptionnelle dans l’histoire musicale française des années 1990 et 2000 : il a fait circuler les idées, les sons et les artistes entre deux mondes longtemps tenus pour antagonistes, le rap des banlieues parisiennes et l’électro de clubs. Il ne les a pas seulement rapprochés ; il a démontré, par ses rythmes et ses arrangements, qu’ils pouvaient parler une même langue. Sa disparition accidentelle, le 13 septembre 2011, à trente-quatre ans, a interrompu une œuvre brève mais déjà considérable.
Grandir avec le rap français
Son enfance se déroule à Gennevilliers, dans une famille où la musique tient une place importante. Sa mère est tunisienne, son père français ; les disques de blues, de soul, de disco et de musiques populaires circulent à la maison. Adolescent, il découvre le hip-hop au moment où celui-ci devient un langage central pour une partie de la jeunesse des banlieues parisiennes. Autodidacte, il apprend à manipuler les platines, à sampler et à fabriquer des instrumentaux. Très tôt, des rappeurs viennent chercher chez lui des « beats » pour leurs cassettes. Cette image d’un jeune producteur déjà sollicité dit bien la précocité de son oreille : il comprend à la fois la force du rythme et ce qu’un arrangement peut raconter.

À partir de 1992, il travaille avec Idéal J, le groupe de Kery James. Dans ce cadre, il cesse d’être seulement un DJ ou un amateur de machines : il devient un compositeur capable de bâtir une identité sonore. Les albums Original MC’s sur une mission (1996) puis Le combat continue (1998) l’installent dans le paysage du rap français. Il y privilégie des batteries lourdes, des échantillons tendus et des orchestrations qui donnent de l’ampleur aux textes. Son travail n’écrase jamais la voix des rappeurs ; il en crée l’espace, le relief et la dramaturgie.
Il rejoint aussi la galaxie Mafia K’1 Fry, l’un des collectifs les plus déterminants de cette période. Mehdi produit et accompagne notamment 113, Different Teep, Karlito, Manu Key ou Rohff. Son apport à Les Princes de la ville de 113, paru en 1999, est décisif : l’album devient un classique, rencontre un succès populaire massif et reçoit deux Victoires de la musique en 2000. Avec « Tonton du bled », il montre qu’un titre de rap peut devenir un hymne collectif sans perdre sa précision musicale. À une époque où les frontières entre rap exigeant, chanson populaire et musique de fête semblent étanches, il sait leur donner une forme commune.
Espionnage et le goût du décloisonnement
À la fin des années 1990, DJ Mehdi fonde Espionnage. Le projet lui permet de sortir du seul rôle de producteur pour d’autres et de chercher un format personnel. Son premier album, (The Story of) Espion, publié en 2002, rassemble cette ambition : rythmiques de hip-hop, breaks, références de cinéma, emprunts à la soul et énergie électronique s’y croisent sans se déguiser. Il refuse l’idée qu’un artiste issu du rap devrait s’interdire la house ou que l’électro devrait oublier les techniques du sampling. Cette liberté stylistique, aujourd’hui presque évidente, était alors perçue comme audacieuse par les deux scènes.
Sa culture de producteur se nourrit du détail : une caisse claire, une ligne de basse ou quelques secondes de voix samplée peuvent déplacer tout un morceau. Il travaille avec une exigence de studio souvent soulignée par ses proches : chercher longtemps, recommencer, mais garder le sens de l’efficacité et de la fête. Ses collaborations vont de MC Solaar à Booba, de Cassius à Chromeo, du cinéma à la publicité. Elles ne sont pas des écarts de carrière ; elles dessinent le portrait d’un musicien qui considère les genres comme des ressources, non comme des frontières.

Ed Banger : le rap rencontre le club
Pedro Winter, connu sous le nom de Busy P, est l’un de ses amis de longue date. Leur complicité se construit avant le succès international d’Ed Banger Records, le label fondé par Winter. Lorsqu’il rejoint cette aventure au début des années 2000, DJ Mehdi apporte une expérience rare : il connaît le rap de l’intérieur, ses studios, ses codes et ses exigences de rythme ; il maîtrise aussi la culture du DJ et du dancefloor. Avec Lucky Boy, paru en 2006, il signe le premier album du label. Le disque contient notamment « I Am Somebody », avec Chromeo, et « Signatune », dont l’énergie synthétise son projet : un hip-hop qui danse, une électro qui garde le poids du beat.

Dans le collectif Club 75, Mehdi croise Pedro Winter, Cassius et Xavier de Rosnay de Justice. La reconnaissance internationale de la scène Ed Banger lui ouvre les clubs, les festivals et les tournées, sans qu’il abandonne sa culture initiale. Ce double ancrage est sa signature. Pour des musiciens de rap, il prouve qu’on peut entrer dans l’électro sans renier ses origines ; pour les amateurs de musique électronique, il rappelle que le groove, le sampling et le travail de producteur sont au cœur de cette histoire. Son influence se mesure autant aux disques qu’aux liens qu’il a créés entre des personnes qui ne se fréquentaient pas toujours.

Carte Blanche et les dernières années
En 2010, DJ Mehdi forme avec le Britannique Riton le duo Carte Blanche. L’EP Black Billionaires confirme son intérêt pour une house directe, héritière de Chicago, mais filtrée par le goût du breakbeat et des basses épaisses. Le tandem joue dans les clubs européens et trouve un public qui ne le connaît pas forcément par le rap français. Mehdi se trouve alors dans une période particulièrement fertile : il produit, remixe, joue en DJ-set, réfléchit à des projets de label et continue d’être une présence précieuse pour ses amis artistes.

Dans la nuit du 12 au 13 septembre 2011, au cours d’une fête organisée à son domicile parisien, une verrière cède. DJ Mehdi chute et meurt de ses blessures. La nouvelle bouleverse immédiatement les scènes rap et électronique, tant son rôle était central et sa disparition impensable. Il laisse son épouse, l’artiste Fafi, et leur fils Neil. Les hommages de ses collaborateurs dépassent rapidement le seul cercle de ses amis : ils soulignent son exigence, son écoute et la manière dont il savait encourager les autres sans se placer au-dessus d’eux.
Sa mémoire connaît un nouvel élan avec la série documentaire DJ Mehdi : Made in France, réalisée par Thibaut de Longeville et diffusée par Arte en 2024. Grâce aux archives personnelles, aux enregistrements et aux témoignages de ses proches, elle fait redécouvrir un créateur qui n’a jamais traité le rap et l’électro comme deux territoires séparés. Plus qu’un « passeur », DJ Mehdi fut un auteur de sons : il a compris avant beaucoup d’autres que les rythmes, les samples et les nuits de club pouvaient raconter la même ville, la même génération et le même désir de liberté.
Albums et créations principales
- Avec Idéal J : Original MC’s sur une mission (1996) et Le combat continue (1998).
- Avec 113 : Les Princes de la ville (1999).
- DJ Mehdi : (The Story of) Espion (2002), Lucky Boy (2006) et Lucky Boy at Night (2007).
- Mixtape Loukoums (2006), hommage à J Dilla.
- Carte Blanche avec Riton : Black Billionaires (2010).
- Production et remixes pour de nombreux artistes de rap et d’électro.
Repères
- 1977 : naissance à Asnières-sur-Seine.
- 1992 : débuts avec Idéal J.
- 1999 : succès de Les Princes de la ville de 113.
- 2002 : parution de (The Story of) Espion.
- 2006 : Lucky Boy, premier album d’Ed Banger Records.
- 2010 : création de Carte Blanche avec Riton.
- 2011 : décès à Paris et inhumation au Père-Lachaise.
- 2024 : diffusion de DJ Mehdi : Made in France sur Arte.