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CROCÉ-SPINELLI Joseph (et Théodore Sivel)

Qui sont Joseph Crocé-Spinelli et Théodore Sivel ?

Date de naissance : Joseph Crocé-Spinelli : 10 juillet 1845 (Monbazillac, Dordogne) ; Théodore Sivel : 18 novembre 1834 (Sauve, Gard).
Date du décès : 15 avril 1875 (Ciron, Indre), lors de l’ascension du ballon Le Zénith.
Activité principale : Ingénieur et aéronaute pour Joseph Crocé-Spinelli ; officier de marine et aéronaute pour Théodore Sivel.
Nom de naissance : Joseph Eustache Crocé-Spinelli ; Théodore Henri Sivel.

Où se trouve la tombe de Crocé-Spinelli et Sivel ?

Joseph Crocé-Spinelli et Théodore Sivel reposent au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 71, avenue Circulaire, première ligne.

Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise : repérez la division 71.

Le monument funéraire de Crocé-Spinelli et Sivel au Père-Lachaise

Cette sépulture est l’un des monuments les plus émouvants du Père-Lachaise. Érigée par souscription nationale sur une concession gratuite accordée par arrêté préfectoral du 5 mai 1875, elle porte un gisant en bronze réalisé par Alphonse Dumilâtre en 1878. Les deux aéronautes y sont représentés allongés côte à côte, les mains jointes, tels qu’ils furent retrouvés dans la nacelle du Zénith. La sculpture ne célèbre pas une victoire technique : elle donne à voir deux hommes morts au cours d’une expérience scientifique et devenus, pour leurs contemporains, les « martyrs du Zénith ».

Tombe de Joseph Crocé-Spinelli et Théodore Sivel au Père-Lachaise
Le monument funéraire de Crocé-Spinelli et Sivel, division 71. Photo : Wikimedia Commons, licence libre.
Détail du gisant de Crocé-Spinelli et Sivel
Détail du gisant en bronze d’Alphonse Dumilâtre : les deux aéronautes se tiennent la main. Photo : Wikimedia Commons, licence libre.

Biographie de Joseph Crocé-Spinelli et Théodore Sivel

Joseph Crocé-Spinelli et Théodore Sivel sont unis dans la mémoire par une catastrophe aéronautique devenue emblématique. Le 15 avril 1875, ils montent avec Gaston Tissandier dans le ballon à gaz Le Zénith, afin d’étudier la très haute atmosphère. L’expérience atteint une altitude alors exceptionnelle, proche de 8 600 mètres. Mais l’air raréfié les prive progressivement d’oxygène : Sivel et Crocé-Spinelli meurent d’hypoxie ; Tissandier, inconscient lui aussi, survit de justesse. Leur destin frappe l’opinion parce qu’il condense l’élan scientifique du XIXe siècle et le prix humain de ses explorations.

La grandeur de leur histoire ne réside pas seulement dans leur mort. Tous deux avaient déjà contribué à faire du ballon un instrument de mesure et non plus un simple spectacle. L’un était ingénieur, l’autre marin et inventeur ; avec la Société de navigation aérienne, ils avaient préparé leurs ascensions, testé l’oxygène, observé la température, l’humidité et la pression. Ils appartiennent à une époque où l’on croit que la science peut tout mesurer, mais où l’on commence aussi à comprendre les limites du corps humain face aux milieux extrêmes.

Crocé-Spinelli et Sivel dans le ballon L’Étoile polaire
Crocé-Spinelli et Sivel dans le ballon L’Étoile polaire. Gravure d’époque, Wikimedia Commons.

Deux trajectoires vers l’aérostation scientifique

Joseph Eustache Crocé-Spinelli naît le 10 juillet 1845 à Monbazillac, en Dordogne. Après des études au lycée Bonaparte à Paris, il entre à l’École centrale des arts et manufactures, dont il sort ingénieur en 1867. Curieux de mécanique et d’invention, il conçoit notamment un vélocipède nautique, ancêtre du pédalo, et s’intéresse à des dispositifs destinés à faciliter le mouvement. La guerre franco-prussienne de 1870-1871 interrompt ce parcours ; il y sert dans le 221e bataillon. Après le conflit, il se tourne vers la recherche et publie des articles scientifiques.

Théodore Henri Sivel est son aîné de plus de dix ans. Né au mas Pigné, près de Sauve dans le Gard, il grandit dans une famille protestante. À quatorze ans, il embarque et parcourt les mers pendant près de vingt ans. Capitaine au long cours, il navigue autour du monde et participe à une délégation française au couronnement du roi Radama II à Madagascar. Vers 1866, attiré par les possibilités de la navigation aérienne, il quitte progressivement la mer pour l’aérostation. Son expérience de marin, fondée sur l’observation du ciel, des vents et des instruments, lui donne une compétence précieuse pour conduire les ballons.

En 1872, Sivel rejoint la Société de navigation aérienne de Paris. Il imagine des perfectionnements destinés à rendre les vols plus sûrs et plus contrôlables, parmi lesquels un guide-rope à flotteurs et une ancre-cône. Il effectue de très nombreuses ascensions et nourrit même le projet d’explorer le pôle Nord en aérostat. Crocé-Spinelli, de son côté, collabore au journal L’Aéronaute et participe aux travaux de la jeune société savante. Leur rencontre associe donc la rigueur de l’ingénieur et l’expérience pratique du navigateur.

L’Étoile polaire et les premiers essais d’altitude

Le 26 avril 1873, Crocé-Spinelli et Sivel prennent part à une ascension scientifique de L’Étoile polaire. La nacelle emporte aussi Alphonse Pénaud, Claude Jobert et le docteur Félix Pétard. L’objectif est de recueillir des données météorologiques et physiologiques en altitude. Le ballon atteint environ 4 600 mètres : c’est déjà une expérience exigeante, qui montre combien l’altitude agit sur le rythme cardiaque, la respiration et la conscience.

Le 22 mars 1874, les deux hommes repartent ensemble et atteignent près de 7 400 mètres. À cette hauteur, la température descend au-dessous de –20 °C et la pression devient dangereusement faible. Sur les conseils du physiologiste Paul Bert, ils emportent des ballons souples contenant de l’oxygène. Ils ont auparavant testé ce procédé dans une chambre barométrique. Cette précaution constitue une avancée, mais elle ne suffit pas à garantir la sécurité : les effets de l’hypoxie restent mal connus et les appareils ne permettent ni un dosage régulier ni une réelle assistance respiratoire.

Grange du site de l’accident du ballon Zénith à Ciron
La grange de la ferme près de Ciron où le ballon Le Zénith est tombé en 1875. Wikimedia Commons.

Le Zénith, un ballon de records

Construit en 1874, Le Zénith est un ballon à gaz de grande capacité, conçu par Sivel pour les recherches de la Société de navigation aérienne. Il devient rapidement l’outil de vols ambitieux. Les 23 et 24 mars 1875, Crocé-Spinelli, Sivel, Gaston Tissandier, son frère Albert et Claude Jobert effectuent à son bord un trajet de Paris à Arcachon. Le vol dure plus de vingt-deux heures et bat alors un record de durée. Les voyageurs poursuivent leurs observations pendant la nuit, enregistrant le comportement de l’appareil et les données de l’atmosphère.

Ce succès accroît la confiance de l’équipe. Quelques semaines plus tard, l’ambition change : il ne s’agit plus de durer, mais de monter le plus haut possible. Des baromètres sont prévus pour évaluer l’altitude, des thermomètres pour mesurer le froid, et trois réserves d’oxygène sont fixées à la nacelle. Les préparatifs témoignent d’un effort sérieux. Ils révèlent aussi une limite de la science de l’époque : personne ne sait précisément à quel seuil l’organisme humain cesse de fonctionner ni comment administrer efficacement l’oxygène lorsqu’on perd déjà ses forces.

L’ascension du 15 avril 1875

Le 15 avril 1875, le Zénith quitte les environs de l’usine à gaz de La Villette avec Sivel, Crocé-Spinelli et Gaston Tissandier à bord. Leur but est de dépasser le record d’altitude. Le ballon s’élève vite. Vers 5 000 mètres, les signes du manque d’oxygène apparaissent : fatigue inhabituelle, lenteur des gestes, trouble du jugement. À environ 7 000 mètres, le froid et l’hypoxie aggravent encore la situation. Tissandier utilise par moments l’oxygène, mais la lucidité des trois hommes diminue.

Des sacs de lest sont jetés afin de modifier la descente ; le ballon remonte alors à une altitude qui sera estimée entre 8 500 et 8 600 mètres. Les trois aéronautes perdent connaissance. Lorsque Tissandier se réveille, le ballon est en chute. Il parvient à reprendre partiellement le contrôle de la descente, mais trouve ses compagnons sans vie. Le Zénith atterrit violemment près de Ciron, dans l’Indre. Crocé-Spinelli et Sivel sont morts des effets de l’air raréfié ; Tissandier survit, très affaibli et durablement atteint dans son audition.

Gravure de la catastrophe du ballon Zénith
Gravure de la catastrophe du Zénith, montrant les trois aéronautes dans la nacelle. Library of Congress / Wikimedia Commons.

Des funérailles nationales à la mémoire des martyrs de la science

La nouvelle de la catastrophe provoque une émotion considérable. Les corps sont ramenés à Paris, où leurs funérailles rassemblent une foule immense. Scientifiques, responsables politiques, ingénieurs, écrivains et simples curieux suivent le cortège. Pour les contemporains, les deux hommes ne sont pas des imprudents isolés : ils sont morts dans une tentative d’agrandir les connaissances humaines. L’expression de « martyrs de la science » s’impose alors, même si elle ne doit pas faire oublier les erreurs et les risques de l’expérience.

La souscription nationale permet d’aider les familles et de financer plusieurs hommages. À Ciron, un obélisque conçu par Albert Tissandier marque le lieu de l’accident. Au Père-Lachaise, Dumilâtre choisit une image intime plutôt qu’héroïque : deux corps unis par les mains. La force du monument tient à ce contraste. Les aéronautes, que la presse avait transformés en héros de la modernité, apparaissent ici comme deux amis saisis dans une dernière solidarité.

Funérailles de Sivel et Crocé-Spinelli à Paris
Funérailles de Théodore Sivel et Joseph Crocé-Spinelli à Paris en 1875. Gravure d’époque, Wikimedia Commons.

Une trace durable dans l’histoire de l’aéronautique

La catastrophe du Zénith contribue à faire progresser la connaissance des dangers de l’altitude. Les recherches de Paul Bert sur la pression et l’oxygène trouvent une résonance nouvelle : la physiologie doit devenir une part essentielle de l’aéronautique. Les vols de très haute altitude ne peuvent plus être envisagés sans appareils adaptés, sans contrôle plus rigoureux et sans une compréhension précise des effets de l’hypoxie. Crocé-Spinelli et Sivel ont payé de leur vie ce passage de l’exploration empirique à la nécessité de la sécurité scientifique.

Leurs noms demeurent présents dans l’espace public : rues Crocé-Spinelli et Sivel à Paris, monument à Ciron, souvenirs dans les publications aéronautiques. Leur tombe est surtout l’un des lieux où le Père-Lachaise raconte une autre histoire de la modernité : celle de savants et d’inventeurs qui ont cherché à repousser les limites du ciel avant l’ère des avions. Elle ne commémore pas seulement un accident ; elle rappelle le courage, la méthode et aussi la vulnérabilité des pionniers de l’aérostation.

Expériences et travaux principaux

  • Ascension scientifique de L’Étoile polaire le 26 avril 1873.
  • Vol de L’Étoile polaire le 22 mars 1874, près de 7 400 mètres, avec essais d’oxygène inspirés par les travaux de Paul Bert.
  • Vol record de durée du Zénith, de Paris à Arcachon, les 23 et 24 mars 1875.
  • Ascension scientifique du Zénith du 15 avril 1875, avec observations barométriques, thermométriques et physiologiques.
  • Pour Sivel : inventions et perfectionnements pour la conduite des aérostats.
  • Pour Crocé-Spinelli : travaux de mécanique et publications dans L’Aéronaute.

Distinctions et fonctions

  • Joseph Crocé-Spinelli : ingénieur diplômé de l’École centrale des arts et manufactures.
  • Théodore Sivel : capitaine au long cours et membre de la Société de navigation aérienne de Paris.
  • Participants majeurs aux expériences françaises d’aérostation scientifique des années 1870.
  • Hommage national après leur mort et tombe monumentale financée par souscription publique.
  • Joseph Crocé-Spinelli reçoit à titre posthume le Grand prix des sciences mathématiques en 1875.