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CORNÉLY Jules

Qui est Jules Cornély ?

Date de naissance : 15 janvier 1845 (Nogna, Jura, France).
Date du décès : 26 décembre 1907 (Paris, France), à 62 ans.
Activité principale : Journaliste et rédacteur en chef de presse quotidienne.
Nom de naissance : Jean Joseph Cornély.

Où se trouve la tombe de Jules Cornély ?

Jules Cornély repose au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 92, en haut de l’allée centrale.

Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise : repérez la division 92.

Le monument funéraire de Jules Cornély au Père-Lachaise

Élevé en 1907 par les admirateurs et les amis du journaliste, le monument de Jules Cornély est l’un des plus singuliers de la division 92. Sur la stèle figure l’inscription : « À J. Cornély, 1845-1907. Ses admirateurs, ses amis. » Le tombeau réunit un buste en bronze de Paul Moreau-Vauthier, daté de 1907, et des plaques de bronze dues à André Bérard. Elles évoquent directement l’œuvre de presse de Cornély : des journaux, notamment Le Siècle et Le Figaro, ainsi que des livres. Au revers, une grande plaque de bronze porte le nom des souscripteurs du monument ; elle est signée du fondeur d’art Joseph Malesset, à Paris.

Monument funéraire de Jules Cornély au Père-Lachaise
Le monument funéraire de Jules Cornély, division 92. Photo : Wikimedia Commons, licence libre.
Buste de Jules Cornély sur sa tombe au Père-Lachaise
Détail de la sépulture de Jules Cornély, avec son buste en bronze. Photo : Wikimedia Commons, licence libre.

Biographie de Jules Cornély

Jules Cornély, de son nom complet Jean Joseph Cornély, fut l’un de ces journalistes qui, dans le dernier tiers du XIXe siècle, ont fait du quotidien un lieu de combat politique autant qu’un instrument d’information. Rédacteur en chef du Gaulois, fondateur et animateur du Clairon, puis journaliste au Figaro, il a vécu au rythme des grands conflits idéologiques de son temps. Son itinéraire est particulièrement révélateur : d’abord associé à une presse royaliste et catholique, il se range ensuite du côté de la révision du procès Dreyfus et défend publiquement une cause devenue l’un des repères majeurs de l’histoire républicaine.

Sa carrière ne se résume pourtant pas à un changement de position politique. Elle raconte aussi la naissance du journalisme moderne : la concurrence entre les titres, le poids des directeurs de journaux et des financeurs, la constitution de rédactions nombreuses, mais également la volonté de reconnaître la presse comme une profession organisée, disposant de ses solidarités et de lieux de formation. Jules Cornély participe à ces évolutions, à la fois comme homme de plume, responsable de rédaction et fondateur d’institutions professionnelles.

Portrait de Jules Cornély
Portrait de Jules Cornély publié dans l’Histoire de la presse française d’Henri Avenel. Wikimedia Commons, domaine public.

Du Jura à Paris : entrer dans le monde de la presse

Né le 15 janvier 1845 à Nogna, dans le Jura, Jules Cornély appartient à une génération qui découvre une presse quotidienne en pleine expansion. Les progrès de l’imprimerie, des transports et de l’alphabétisation élargissent le nombre des lecteurs. À Paris, les journaux ne sont plus seulement des feuilles d’opinion destinées à quelques cercles : ils deviennent de grandes entreprises, capables de fixer l’agenda politique, de lancer une campagne ou de façonner une réputation. Le jeune Cornély se tourne vers cette activité où l’écriture se pratique vite, collectivement et sous la contrainte de l’actualité.

La première partie de son parcours est liée au Figaro. Fondé sous sa forme moderne en 1854, ce quotidien a imposé un ton vif, mondain et littéraire. Pour un journaliste ambitieux, y travailler signifie apprendre à s’adresser à un lectorat parisien très attentif aux échos, aux débats et aux personnalités. Cornély y acquiert l’expérience des mécanismes de rédaction et une visibilité qui lui ouvre bientôt l’accès à des responsabilités plus importantes.

Le Gaulois et l’épreuve de la direction éditoriale

En 1879, Arthur Meyer rachète Le Gaulois et appelle Jules Cornély à la direction de la rédaction. Le choix est politique : le journal doit devenir un organe légitimiste, fidèle à une sensibilité monarchiste qui reste influente après la chute du Second Empire et les débuts difficiles de la Troisième République. Cornély prend place dans un paysage où les titres de presse se définissent clairement par leurs alliances, leurs lecteurs et leurs convictions. Un rédacteur en chef ne corrige pas seulement les articles : il donne une cohérence à une ligne, choisit les collaborateurs et règle la manière dont un journal répond à l’événement.

Cette direction est brève. Le 6 mars 1881, Arthur Meyer et Cornély sont écartés par le conseil d’administration, qui préfère une stratégie de ralliement à la République. L’épisode révèle la fragilité de l’indépendance éditoriale lorsque les intérêts des actionnaires et ceux de la rédaction divergent. Mais Cornély ne renonce pas à intervenir dans le débat public. Quelques semaines après son départ, il s’engage dans une entreprise nouvelle, plus directement conforme à ses convictions d’alors.

Panorama Le Tout-Paris avec Jules Cornély
Jules Cornély figure dans ce panorama du « Tout-Paris » de la fin du XIXe siècle. Wikimedia Commons, domaine public.

Le Clairon, un journal de combat

En mars 1881 paraît Le Clairon, quotidien royaliste et catholique fondé par Jules Cornély. Le titre bénéficie notamment du soutien de la duchesse d’Uzès, d’Alfred Edwards et de milieux financiers catholiques liés à l’Union générale. Cornély y réunit onze anciens collaborateurs du Gaulois, parmi lesquels Louis de Fourcaud, Raoul Toché, Gabriel Terrail — connu sous le nom de Mermeix —, Arsène Houssaye et Émile Blavet. Cette équipe montre qu’un journal se construit autant par ses signatures que par son programme.

Le Clairon est un quotidien d’opposition, sans masquer ses convictions monarchistes et catholiques. Son existence est cependant brève. L’Union générale s’effondre lors du krach de 1882, tandis que le journal peine à trouver son public. Arthur Meyer en prend finalement le contrôle ; avec Le Gaulois et le Paris-Journal, il organise une fusion qui donne naissance, en août 1884, à une nouvelle formule du Gaulois. Pour Cornély, l’expérience demeure importante : elle lui a permis de passer du statut de rédacteur à celui d’animateur d’une rédaction fortement identifiée à une cause.

Après cet épisode, il travaille au Matin, puis revient au Gaulois en 1888. Cette circulation entre les titres est typique d’une presse parisienne où les hommes, les capitaux et les lecteurs se déplacent rapidement. Elle ne doit pas être confondue avec l’inconstance : le journaliste cherche alors les conditions concrètes qui lui permettent d’écrire, de publier et de peser dans le débat. Dans les années qui suivent, Cornély occupe une position respectée, mais sa trajectoire prend un tournant plus profond avec l’affaire Dreyfus.

L’affaire Dreyfus et le choix de la révision

À la fin de 1897, Jules Cornély est convaincu de l’innocence d’Alfred Dreyfus. Cette conviction le sépare de la ligne dominante du Gaulois et de son directeur Arthur Meyer, hostile à la révision. Meyer accepte l’existence de ses doutes, mais le décharge presque complètement du traitement de l’affaire dans le journal, afin de ne pas heurter son lectorat. Cornély démissionne en décembre 1897. Sa décision est notable : à une époque où les journaux sont de puissants camps politiques, elle signifie le refus de faire taire une conviction au nom de la discipline éditoriale.

Il rejoint alors le Figaro, acquis à la cause dreyfusarde. Dans ce quotidien, dans Le Matin et dans La Grande Revue de Fernand Labori, avocat de Dreyfus, Cornély mène une campagne soutenue pour la révision du procès. Il publie ensuite des Notes sur l’affaire Dreyfus, qui rassemblent son engagement. Son évolution n’est pas l’abandon du journalisme politique ; elle en est l’expression la plus exigeante. Ayant participé à une presse d’opposition monarchiste, il se trouve désormais du côté de ceux qui font de la justice, de la preuve et du droit à la révision les principes d’un combat public.

Texte de Jules Cornély publié dans Le Gaulois en 1893
Une publication de Jules Cornély dans Le Gaulois, 30 mai 1893. Bibliothèque nationale de France / Wikimedia Commons.
Une de L’Aurore avec J’accuse d’Émile Zola
La une de L’Aurore du 13 janvier 1898, publiant « J’accuse… ! » d’Émile Zola. Wikimedia Commons, domaine public.
Alfred Dreyfus lors du procès de Rennes en 1899
Ouverture du procès de Rennes d’Alfred Dreyfus, 7 août 1899. Photographie contemporaine, via Wikimedia Commons.

Défendre et organiser le métier de journaliste

La fin de la carrière de Jules Cornély ne se limite pas à la chronique politique. En 1886, il est l’un des membres fondateurs du Syndicat des journalistes français, aux côtés de son secrétaire général Eugène Tavernier. Cette initiative répond au besoin de donner une existence collective à une profession encore mal protégée. Le journaliste de la grande presse est visible, parfois célèbre, mais sa situation peut demeurer précaire : les rédactions changent de direction, les titres fusionnent, les engagements politiques ont un coût. Le syndicat cherche donc à défendre les intérêts matériels et moraux de ses membres.

En 1899, Cornély participe aussi à la création de l’École supérieure de journalisme de Paris, l’une des premières écoles consacrées à cet apprentissage. Le geste est révélateur. Le journalisme ne doit plus s’apprendre uniquement par l’imitation ou par les relations : il peut être enseigné, avec ses techniques d’enquête, d’écriture, de documentation et de responsabilité civique. Pour un homme qui a connu les luttes de rédaction et les controverses de la presse d’opinion, cette attention à la formation correspond à une vision plus stable et plus professionnelle du métier.

À partir de 1901, il travaille au Siècle. Il collabore également au mensuel L’Indépendance arabe, animé par Negib Azoury et Eugène Jung. Ces dernières collaborations témoignent de l’ouverture de ses centres d’intérêt à des questions internationales et à des débats qui dépassent la seule politique intérieure française. Jules Cornély meurt à Paris le 26 décembre 1907. Son monument du Père-Lachaise, commandé par ses amis et ses admirateurs, donne une forme très juste à son souvenir : un visage de bronze entouré des journaux et des livres auxquels il avait consacré sa vie.

Son parcours demeure précieux pour comprendre une époque où la presse écrite a façonné la vie publique française. Il permet de mesurer ce que recouvrait alors la fonction de rédacteur en chef : la conduite d’une équipe, la défense d’une ligne, l’exposition permanente aux pressions financières et politiques, mais aussi la possibilité de prendre parti lorsque l’actualité posait une question de conscience. Cornély a exercé ce rôle dans des camps différents ; le fil conducteur de sa carrière est resté la conviction que l’article de journal pouvait engager une responsabilité personnelle.

Œuvres principales

  • La France et son armée, Société Saint-Charles-Borromée, s. d.
  • L’Œil du diable, E. Dentu, 1878.
  • Le Czar et le roi, souvenirs et impressions de voyage, bureaux du Clairon, 1884.
  • Rome et le jubilé de Léon XIII, notes d’un pèlerin, V. Palmé, 1888.
  • Notes sur l’affaire Dreyfus, L. Henry May, 1899.

Distinctions et fonctions

  • Rédacteur en chef du Gaulois.
  • Fondateur et rédacteur en chef du Clairon en 1881.
  • Journaliste au Figaro, au Matin et au Siècle.
  • Membre fondateur du Syndicat des journalistes français en 1886.
  • Participant à la création de l’École supérieure de journalisme de Paris en 1899.