Maria et Rosy Carita ont donné leur nom à l’une des maisons de beauté les plus célèbres de Paris. Coiffeuses de formation, entrepreneuses et créatrices de soins, les deux sœurs ont fait de la beauté une vision globale : les cheveux, le visage, le corps, le maquillage et les gestes professionnels devaient former un ensemble cohérent. Leur maison, établie au Faubourg Saint-Honoré, a durablement transformé les codes de la coiffure et de l’esthétique françaises.
Qui étaient Maria et Rosy Carita ?
Maria Carita meurt le 6 septembre 1978 et Rosy Carita le 20 juin 1983. Elles sont connues comme les fondatrices de la maison Carita. Maria est habituellement donnée comme née en 1911 et Rosy en 1914. Il existe des divergences dans les sources concernant la naissance de Maria ; les dates de décès, elles, sont confirmées par l’inscription de leur sépulture au Père-Lachaise.
Leur parcours commence à Toulouse, loin des vitrines prestigieuses qui feront leur renommée. Elles y apprennent et exercent la coiffure dans les années 1920. En 1936, elles obtiennent un prix qui reconnaît leur savoir-faire. Cette première étape est importante : à une époque où la profession demeure largement tenue par des hommes, deux jeunes femmes peuvent déjà faire valoir à la fois une technique, une exigence et le désir d’entreprendre.
Maria et Rosy montent à Paris en 1943. Elles débutent chez Gervais, l’un des grands coiffeurs de l’époque, et découvrent la clientèle parisienne, les exigences du spectacle et le rôle croissant de l’image. Leur duo devient leur force. Maria, souvent décrite comme la blonde, et Rosy, la brune, travaillent ensemble sans que l’une se laisse réduire à un simple rôle d’assistante de l’autre. Elles construisent une signature commune et une véritable méthode.
Cette méthode part d’une idée très moderne : il faut regarder le visage avant de toucher aux cheveux. Une coupe ne doit pas imposer une silhouette ou une mode ; elle doit dialoguer avec un regard, des traits, une attitude, une manière de s’habiller et de se mouvoir. Les sœurs Carita ne vendent donc pas une coiffure isolée, mais une métamorphose. Leur approche annonce la notion contemporaine de conseil en image, avec une attention particulière à la personnalité de chaque cliente.
Où est la tombe des sœurs Carita ?
Maria et Rosy Carita reposent au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 01, avenue Thirion, première ligne. La concession réunit également Jacques Norval, époux de Maria, et Christophe Carita, leur neveu, qui poursuivit ensuite l’aventure de la maison comme directeur artistique.

Le monument funéraire des sœurs Carita
Le monument, dessiné par Jacques Norval, est une sépulture contemporaine de pierre, volontairement sobre. Les inscriptions donnent les noms de Maria et Rosy Carita, de Jacques Norval et de Christophe Carita. Sa simplicité contraste avec la renommée internationale de la marque, mais elle rappelle justement que Carita fut d’abord une aventure familiale et humaine, née d’un duo de sœurs.


Biographie de Maria et Rosy Carita
En 1945, les Carita ouvrent leur premier salon parisien au 83, rue du Faubourg-Saint-Honoré. Elles s’installent ensuite au 5 de la même rue, puis au 11, adresse qui devient emblématique. Ce déplacement accompagne l’élargissement de leur ambition. Le salon de coiffure devient peu à peu une Maison de beauté, pensée comme un lieu où la cliente peut trouver des soins, du conseil, de la coiffure, du maquillage et un temps pour elle-même.
Dans le Paris de l’après-guerre, la coiffure est un langage social. Elle accompagne le retour de la haute couture, la renaissance du cinéma, les magazines illustrés et une féminité plus visible. Maria et Rosy comprennent que la cliente ne vient pas seulement chercher une coupe : elle cherche une allure, parfois une assurance ou une façon nouvelle d’apparaître au monde. Elles savent faire de cette promesse une expérience, avec le décor, l’accueil, les produits et le geste professionnel.
Elles s’associent au coiffeur Alexandre et deviennent rapidement des références du Tout-Paris. Leurs clientes incluent notamment Mistinguett, Joséphine Baker, Jean Seberg et Mireille Matthieu. Cette proximité avec les vedettes, le cinéma et les défilés ne relève pas seulement de l’anecdote mondaine. Les coiffures réalisées pour l’écran et les photographies deviennent des modèles, influencent les goûts et installent la maison comme un laboratoire de tendances.
La philosophie Carita est celle de la beauté complète. Les sœurs refusent de dissocier brutalement les cheveux du visage, la peau de l’allure, le soin de la sensation. Elles conçoivent l’esthétique comme une discipline de précision : une coupe doit éclairer les traits, un maquillage doit prolonger la coiffure, un soin doit rendre à la peau confort et présence. Cette cohérence explique la longévité de leur nom, bien au-delà des modes particulières des années 1950 ou 1960.
La formation devient elle aussi un axe majeur. En 1956, les Carita ouvrent une école d’esthétique au 14, rue du Faubourg-Saint-Honoré. Elles transmettent ainsi leurs exigences à de nouveaux professionnels et contribuent à donner une reconnaissance plus forte aux métiers de la beauté. Cette école, tout comme leurs partenariats avec des salons en région, permet à leur manière de travailler de circuler au-delà de Paris.
Les produits occupent une place centrale dans leur héritage. En 1956, elles développent le Fluide 14, présenté comme l’un des premiers soins secs multi-usages, et le Rénovateur, exfoliant resté emblématique de la maison. Dans un univers où beaucoup de cosmétiques sont alors lourds et occlusifs, elles proposent des textures plus fluides, plus sensorielles et conçues pour accompagner une gestuelle. Elles ne commercialisent donc pas seulement des formules : elles inventent des rituels professionnels dont la cliente peut prolonger l’effet chez elle.
Les sœurs s’intéressent aussi très tôt aux appareils de soin. Dès le début des années 1960, elles intègrent des technologies dans leurs protocoles, sans jamais renoncer aux mains de l’esthéticienne. Cette alliance entre la technique et le geste est l’un des caractères les plus originaux de Carita. Elle préfigure la place considérable que prendront plus tard les appareils dans les instituts et les spas, tout en conservant une dimension personnalisée.
En 1967, Carita Monsieur étend leur vision à une clientèle masculine. En 1968, le 11 du Faubourg-Saint-Honoré devient une Maison de beauté avec un étage consacré aux soins esthétiques et ce qui est souvent présenté comme l’un des premiers spas parisiens. La maison rassemble alors dans un même lieu coiffure, soins du visage et du corps, manucure, conseil et technologies. Ce modèle est aujourd’hui familier ; il était alors profondément novateur.

Le succès de Carita vient aussi de son univers : une maison où le luxe ne se limite pas au prix d’un produit mais se lit dans l’attention, la durée du soin et la qualité de l’écoute. Cette vision attire une clientèle internationale et fait de l’adresse du Faubourg Saint-Honoré un lieu de sociabilité autant qu’un atelier de beauté. Les deux sœurs y créent une identité parisienne, élégante mais moins figée qu’une simple griffe de mode.
Maria meurt en 1978. Rosy poursuit l’aventure jusqu’en 1983. Leur neveu Christophe Carita devient directeur artistique et travaille notamment les looks coiffure et maquillage en amont des collections de haute couture. Après la disparition des fondatrices, la marque entre dans une nouvelle phase : elle est acquise par Shiseido en 1986, puis rejoint L’Oréal en 2014. La continuité commerciale ne doit pas masquer l’origine du projet : deux femmes qui ont établi leur autorité par le travail, la création et le sens de l’entreprise.
La postérité de Maria et Rosy Carita ne tient donc pas à une seule coiffure ou à un seul produit. Elles ont aidé à faire évoluer la place des femmes dans les métiers de la coiffure et de l’esthétique. Elles ont surtout installé une idée qui demeure actuelle : la beauté n’est pas une addition de services, mais une relation entre la personne, le soin, l’image et le bien-être. Leur tombe au Père-Lachaise rappelle ce parcours singulier, celui de deux sœurs devenues les créatrices d’une maison parisienne de renommée mondiale.
Leur réussite a aussi une dimension culturelle. À travers leurs salons, leurs écoles et leurs produits, les Carita ont participé à diffuser l’idée qu’un soin esthétique peut être un moment de connaissance de soi, sans être réservé à une élite artistique. Leur vocabulaire de la métamorphose, de la lumière et du geste juste reste au cœur de l’identité de la marque. Il explique pourquoi l’histoire de ces deux sœurs dépasse largement l’histoire commerciale d’une enseigne.
Repères
- Années 1920 : apprentissage et travail de la coiffure à Toulouse.
- 1936 : prix de coiffure.
- 1943 : arrivée à Paris et début chez Gervais.
- 1945 : premier salon Carita à Paris.
- 1956 : lancement du Fluide 14, du Rénovateur et création de l’école d’esthétique.
- 1968 : Maison de beauté au 11, rue du Faubourg-Saint-Honoré.
- 1978 et 1983 : décès de Maria puis de Rosy ; inhumation division 01.