Qui est Charles-Louis Cadet de Gassicourt ?
Date de naissance : 23 janvier 1769, Paris.
Date de décès : 21 novembre 1821, Paris, à 52 ans.
Activités principales : Pharmacien, écrivain, auteur scientifique et goguettier.
Fonction marquante : Pharmacien ordinaire de Napoléon Ier.
Où est la tombe de Charles-Louis Cadet de Gassicourt ?
Charles-Louis Cadet de Gassicourt repose au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 39.

Le monument funéraire de Charles-Louis Cadet de Gassicourt au Père-Lachaise
La sépulture de la division 39 est une tombe familiale portant le nom de Cadet de Gassicourt. Elle est signalée dans les relevés photographiques de la nécropole.


Biographie de Charles-Louis Cadet de Gassicourt
Charles-Louis Cadet de Gassicourt naît à Paris le 23 janvier 1769, dans une famille déjà très engagée dans les sciences et la pharmacie. Son état civil le donne pour fils de Louis-Claude Cadet de Gassicourt, apothicaire-major des Invalides, chimiste et membre de l’Académie des sciences, et de Marie-Thérèse Françoise Boisselet. La question de sa paternité royale, souvent reprise par les biographes, procède notamment des Mémoires du baron Thiébault, son ami : celui-ci l’y présente comme le fils naturel de Louis XV. Cette tradition a marqué durablement les récits consacrés à Cadet de Gassicourt ; elle ne doit pourtant pas effacer son cadre familial officiel, ni réduire sa vie à cette origine supposée.

Son enfance se déroule au contact d’un monde où l’officine, la recherche et les sociabilités savantes se côtoient. Chez les Cadet de Gassicourt, la chimie n’est pas une abstraction : son père travaille à la pharmacie des Invalides, mène des expériences et participe aux débats scientifiques de son temps. La maison familiale reçoit aussi des hommes de lettres et des savants. Le jeune Charles-Louis y rencontre, selon les témoignages conservés, des figures telles que d’Alembert, Buffon ou Condorcet. Cette proximité précoce avec les idées et les livres explique sans doute qu’il ne s’enfermera jamais dans une seule profession.
Il commence pourtant par le droit. Formé dans les collèges de Navarre et de Mazarin, il devient avocat en 1787. La Révolution bouleverse ensuite les cadres sociaux et professionnels dans lesquels cette première carrière aurait dû s’installer. Cadet de Gassicourt revient alors vers le métier qui domine l’histoire de sa famille. Il n’y renonce pas à l’écriture : il associera toute sa vie l’exercice de la pharmacie, la vulgarisation scientifique, la littérature de société et la chanson.

Il obtient la maîtrise de pharmacie en 1800. Installé rue Saint-Honoré, près de l’ancienne maison Cadet-Derosne, il exerce dans un Paris où la pharmacie se transforme rapidement. La profession doit répondre aux besoins d’une population urbaine considérable, aux problèmes de contrôle des remèdes et aux nouvelles exigences de la chimie issue de Lavoisier. Cadet de Gassicourt se fait connaître par la solidité de ses compétences autant que par son activité publique. En 1802, il soumet au préfet de police Louis Nicolas Dubois un plan de salubrité qui est adopté ; il devient secrétaire général du nouveau conseil de salubrité de Paris. Cette fonction le place au cœur d’une préoccupation très moderne : faire de la connaissance des produits, de leur circulation et de leur qualité une question de santé collective.
Son travail d’auteur accompagne ce rôle professionnel. Son Dictionnaire de chimie, publié en 1803, entreprend de présenter la théorie et la pratique de la discipline, ses applications à l’histoire naturelle et aux arts. L’ouvrage arrive à un moment décisif : les théories chimiques ont été profondément renouvelées à la fin du XVIIIe siècle, et il faut mettre à la portée des praticiens comme des lecteurs cultivés un savoir désormais très différent de celui des anciens manuels. Cadet de Gassicourt ne prétend pas seulement conserver des recettes : il organise, met à jour et transmet.

En 1804 paraît le Formulaire magistral et mémorial pharmaceutique. Destiné aux élèves en médecine, chirurgie et pharmacie, ce livre de référence rassemble préparations, indications et repères pratiques. Son succès est durable : les éditions se succèdent, preuve de son utilité dans une profession en voie de structuration. Cadet de Gassicourt s’intéresse également à l’industrie et participe à la première exposition des produits de l’industrie française. Chez lui, la pharmacie n’est jamais séparée de la production, de l’enseignement ni des institutions qui permettent à la science de circuler.
Le Premier Empire ouvre une autre phase de son parcours. Recommandé par les pharmaciens Antoine-Alexis Deyeux et Jean-Nicolas Corvisart, Cadet de Gassicourt devient pharmacien ordinaire de Napoléon Ier. Il accompagne l’Empereur lors de la campagne d’Autriche de 1809. Les sources napoléoniennes rapportent qu’après la bataille d’Essling, il assiste Dominique-Jean Larrey dans l’embaumement du maréchal Lannes, mort de ses blessures. La fonction est prestigieuse mais concrète : elle exige présence, disponibilité, compétence médicale et discrétion au plus près du pouvoir.

Cette proximité avec l’Empire se traduit par des honneurs. Il est fait chevalier de l’Empire en 1809 et reçoit une dotation majorataire. Durant les Cent-Jours, il succède à Deyeux comme premier pharmacien de l’Empereur. Le retour de Louis XVIII ne met pas fin à sa reconnaissance professionnelle : il reçoit la Légion d’honneur. Docteur ès sciences, membre de l’Académie de médecine, il appartient alors à ces praticiens qui contribuent à donner à la pharmacie parisienne une autorité scientifique et administrative.
Mais le personnage ne se résume ni à l’officier de santé ni au serviteur de Napoléon. Il fréquente les goguettes, ces sociétés chantantes qui sont des lieux de convivialité, de vers et de sociabilité intellectuelle. Il appartient aux Dîners du Vaudeville puis au Caveau moderne. Il y compose et y fait entendre des chansons, tout en publiant des textes à la frontière du théâtre, de la satire et de l’observation des mœurs. Son Souper de Molière, comédie-vaudeville en un acte, paraît en 1798. Le goût de la table et de l’esprit se retrouve dans le Cours gastronomique, ou les dîners de Manant-Ville, publié en 1809. Cette veine littéraire n’est pas un simple divertissement : elle témoigne d’une culture de la conversation et de la chanson alors très vivante à Paris.
Son œuvre littéraire garde aussi la trace des tensions politiques de son époque. En 1797, il publie Le Tombeau de Jacques de Molay, ouvrage hostile aux sociétés secrètes, aux templiers réinventés, aux francs-maçons et aux illuminés dont il examine l’influence supposée sur la Révolution. Cette littérature polémique appartient pleinement au climat des années révolutionnaires et directoriales, où l’on cherche dans des forces cachées l’explication des bouleversements récents. Elle montre un homme attentif aux débats de son temps, même lorsque ses prises de position s’éloignent de ses travaux de pharmacien.
À la fin de sa vie, Cadet de Gassicourt demeure une figure reconnue de la pharmacie française. Son parcours relie l’Ancien Régime qui l’a vu naître, la Révolution qui a déplacé ses ambitions, l’Empire où il a servi et la Restauration qui a maintenu sa place. Il meurt à Paris le 21 novembre 1821. Son inhumation au Père-Lachaise, dans la division 39, inscrit son nom parmi les représentants d’une génération pour laquelle les frontières entre science appliquée, service public et vie littéraire restaient poreuses.
Œuvres principales
- Le Tombeau de Jacques de Molay, ou Histoire secrète des initiés anciens et modernes (1797).
- Le Souper de Molière, comédie-vaudeville en un acte (1798).
- Dictionnaire de chimie, contenant la théorie et la pratique de cette science, son application à l’histoire naturelle et aux arts, 4 volumes (1803).
- Formulaire magistral et mémorial pharmaceutique (1804), ouvrage régulièrement réédité.
- Le Thé est-il plus nuisible qu’utile ? (1808).
- Cours gastronomique, ou les dîners de Manant-Ville (1809).
Distinctions et fonctions
- Maître en pharmacie (1800).
- Secrétaire général du conseil de salubrité de Paris (1802).
- Pharmacien ordinaire de Napoléon Ier ; campagne d’Autriche (1809).
- Chevalier de l’Empire (1809).
- Premier pharmacien de l’Empereur durant les Cent-Jours (1815).
- Docteur ès sciences et membre de l’Académie de médecine.
- Chevalier de la Légion d’honneur, sous la Restauration.