Qui est François-Antoine de Boissy d’Anglas ?
Date de naissance : 8 décembre 1756 (Saint-Jean-Chambre, Ardèche).
Date du décès : 20 octobre 1826 (Paris) à 69 ans.
Activité principale : Homme de lettres, homme politique, constituant et sénateur.
Nom de naissance : François-Antoine Boissy.
Où est la tombe de François-Antoine de Boissy d’Anglas ?
François-Antoine de Boissy d’Anglas repose au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 28, chemin du Dragon, huitième ligne.

Le monument funéraire de François-Antoine de Boissy d’Anglas au Père-Lachaise
La sépulture est une tombe de pierre rectangulaire, légèrement surélevée et entourée d’une grille de fer à motifs géométriques. Le monument, très dépouillé, ne porte pas de décor sculpté apparent ; son état rend aujourd’hui les inscriptions difficiles à lire. Cette modestie contraste avec la place tenue par Boissy d’Anglas dans la vie politique française, de la Révolution à la Restauration.
MaximeLM, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
Tombe de François-Antoine de Boissy d’Anglas au Père-Lachaise.
MaximeLM, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
La sépulture vue depuis le chemin du Dragon.
Biographie de François-Antoine de Boissy d’Anglas
François-Antoine Boissy, qui prendra le nom de Boissy d’Anglas, naît le 8 décembre 1756 à Saint-Jean-Chambre, dans les montagnes ardéchoises. Issu d’une famille protestante, il grandit dans une France où cette appartenance religieuse demeure un marqueur social et politique. Après des études de droit, il gagne Paris, devient avocat et se tourne vers les lettres. Il publie notamment des textes d’économie et de politique, tout en restant attaché à son pays natal. Lorsque la crise de 1789 ouvre une brèche dans l’ordre ancien, ce juriste cultivé entre sans hésiter dans la vie publique.

François-Séraphin Delpech, domaine public, via Wikimedia Commons.
Portrait gravé de François-Antoine de Boissy d’Anglas.
Élu en 1789 député du tiers état d’Annonay aux États généraux, il siège à l’Assemblée nationale constituante. Il prête le serment du Jeu de paume et participe à ce premier apprentissage du parlementarisme révolutionnaire. Sans appartenir aux tribuns les plus flamboyants, il se fait remarquer par son goût des solutions juridiques et par sa défense d’un ordre constitutionnel. Il soutient l’égalité politique des hommes libres de couleur et s’oppose à l’esclavage, positions qui ne l’empêchent pas de conserver, comme beaucoup de ses contemporains, une vision très hiérarchisée des rapports coloniaux.
En septembre 1792, l’Ardèche l’envoie à la Convention nationale. Boissy d’Anglas prend place au sein de la Plaine, ce vaste centre parlementaire qui refuse d’être absorbé par l’affrontement entre Girondins et Montagnards. Au procès de Louis XVI, il se prononce pour la détention puis le bannissement lorsque la sûreté publique le permettra ; il vote également pour l’appel au peuple et le sursis. Ce choix, qui le distingue des partisans de l’exécution immédiate, annonce déjà la ligne qu’il suivra : accepter la rupture révolutionnaire, mais contenir la violence politique par des institutions.
Il vote la mise en accusation de Jean-Paul Marat au printemps 1793. Après l’élimination des Girondins, il demeure à la Convention mais s’efface pendant la phase la plus dure du gouvernement révolutionnaire. Cette retenue lui permet de survivre à une période où les oppositions se paient souvent de l’exil, de la prison ou de l’échafaud. À la fin de la Terreur, il revient au premier plan. Son Essai sur les fêtes nationales, publié en 1794, témoigne de sa réflexion sur la façon dont une république peut former des citoyens sans se réduire à l’exaltation passagère.
Le moment qui fixe durablement son nom dans la mémoire de la Révolution survient le 1er prairial an III, le 20 mai 1795. Président de la Convention, Boissy d’Anglas est confronté à une insurrection populaire provoquée par la faim et la crise politique. Le député Jean-Bertrand Féraud est tué au cours de l’émeute ; sa tête est apportée au président de l’assemblée au bout d’une pique. Boissy d’Anglas la salue. Le geste, aussitôt commenté puis abondamment représenté, n’est pas celui d’un homme indifférent au drame : il manifeste, au cœur de la violence, le respect dû à un collègue assassiné et le refus de laisser la Convention céder à la foule.

Joseph-Désiré Court, domaine public, via Wikimedia Commons.
Boissy d’Anglas saluant la tête du député Féraud, représentation du 1er prairial an III.
Dans les semaines qui suivent, il joue un rôle majeur au sein de la commission des Onze chargée de préparer la Constitution de l’an III. Le texte met en place le Directoire et un pouvoir législatif à deux chambres, afin d’empêcher à la fois le retour d’une dictature d’assemblée et la concentration du pouvoir dans une seule main. Boissy d’Anglas fait partie de ceux qui veulent achever la Révolution par une république de propriétaires, de lois et de garanties, éloignée autant de la monarchie absolue que de la politique de la Terreur.
Élu au Conseil des Cinq-Cents, il en assure la présidence durant l’été 1796. Mais le Directoire se raidit rapidement. Après le coup d’État du 18 fructidor an V, en septembre 1797, Boissy d’Anglas est frappé par la proscription. Il échappe à la déportation en se retirant hors de la scène publique, notamment sur l’île d’Oléron. Cette mise à l’écart marque une rupture, mais elle ne met pas fin à sa carrière : sa compétence institutionnelle demeure recherchée dès que le régime se stabilise.
Après le 18 brumaire, il rejoint le Tribunat. Napoléon Bonaparte le nomme ensuite au Sénat conservateur en 1804. Il est fait comte de l’Empire en 1808 et reçoit des responsabilités administratives pendant la campagne de France de 1814, notamment pour la défense des départements de l’Ouest. Il ne se confond pourtant jamais entièrement avec le pouvoir impérial : sa culture politique reste celle d’un constitutionnel, attaché à l’existence d’assemblées et à la protection des libertés civiles.

François Bonneville, CC0, via Wikimedia Commons.
Boissy d’Anglas, député de l’Ardèche et membre du Conseil des Cinq-Cents.
La Première Restauration le nomme pair de France en 1814. Pendant les Cent-Jours, il accepte de siéger à la Chambre des pairs, avant de retrouver cette dignité en 1815. Dans les débats de la Restauration, il appartient à l’opposition libérale et défend notamment l’amnistie des anciens conventionnels régicides. Cette fidélité à la conciliation, parfois difficile à tenir dans une France encore divisée par la Révolution, donne une cohérence à son parcours : Boissy d’Anglas cherche moins à effacer 1789 qu’à en inscrire les principes dans un cadre durable.
Homme de gouvernement, il reste aussi un homme de culture. Membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres à partir de 1804, il rassemble des notes et documents sur sa longue traversée des régimes. Il meurt à Paris le 20 octobre 1826. Son nom demeure indissociable de la Constitution de l’an III et de la scène tragique du 1er prairial, devenue l’une des images les plus célèbres de l’histoire parlementaire française.
Œuvres principales
- Essai sur les fêtes nationales, suivi de Quelques idées sur les arts, sur la nécessité de les encourager et sur les institutions propres à les faire fleurir (1794).
- Mémoires de Boissy d’Anglas, ancien constituant, conventionnel, tribun, sénateur, pair de France, sur les événements auxquels il a été mêlé (publication posthume, 1830).
- Discours et rapports parlementaires, en particulier sur les institutions de la République directoriale.
Fonctions et distinctions
- Député du tiers état aux États généraux puis à l’Assemblée nationale constituante (1789-1791).
- Député de l’Ardèche à la Convention nationale (1792-1795) et président de la Convention en 1795.
- Membre du Conseil des Cinq-Cents, président en 1796.
- Membre du Tribunat puis du Sénat conservateur (1804).
- Membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres (à partir de 1804).
- Comte de l’Empire (1808).
- Pair de France sous la Restauration.
- Grand officier de la Légion d’honneur.