Qui est Guillaume Apollinaire ?
Date de naissance : 25 août 1880 (Rome, Italie).
Date du décès : 9 novembre 1918 (Paris, France) à 38 ans.
Activité principale : Poète, écrivain, critique et théoricien d’art.
Nom de naissance : Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky.
Où est la tombe de Guillaume Apollinaire ?
La tombe est située dans la division 86

Le monument funéraire de Guillaume Apollinaire au Père-Lachaise
Le monument funéraire de la tombe de Guillaume Apollinaire, conçu sous la forme d’un menhir, est l’œuvre du peintre Serge Férat, ami intime de l’artiste, et ce malgré les divers projets proposés par Picasso les années précédentes, tous refusés. La tombe, d’une grande sobriété, comporte quelques extraits de ses œuvres Calligrammes et Les Collines, ainsi que d’un cœur-calligramme, qui dit : « Mon cœur pareil à une flamme renversée. »

Grave of Apollinaire.
Père Lachaise Cemetery, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Pierre-Yves Beaudouin, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Tombe de Guillaume Apollinaire, division 86.
Biographie de Guillaume Apollinaire
Guillaume Apollinaire naît à Rome le 26 août 1880 sous le nom de Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky. Sa mère, Angelika Kostrowicka, appartient à une famille de petite noblesse polonaise originaire de l’ancien Empire russe. Le nom de son père n’est pas établi avec certitude dans les documents d’état civil ; cette naissance hors mariage, la mobilité de sa mère et les déplacements de l’enfance donnent au futur écrivain une origine européenne plutôt qu’un ancrage national simple. Il adoptera peu à peu le prénom de Guillaume et fera d’Apollinaire, l’un de ses prénoms, son nom d’écrivain.
Après une enfance entre l’Italie, Monaco et le Sud de la France, il poursuit ses études au collège Saint-Charles de Monaco puis à Nice. Élève inégal mais lecteur très curieux, il ne décroche pas le baccalauréat. Cette absence de diplôme ne l’empêche pas de se former avec une ampleur peu commune : langues, poésie médiévale, presse, arts, récits populaires et littérature symboliste nourrissent déjà une imagination qui mêle le savant, le quotidien et l’exotique. Il reste très lié à son demi-frère Alberto, compagnon de jeunesse et de plusieurs de ses premières années parisiennes.

Auteur inconnu, domaine public, via Wikimedia Commons
Guillaume Apollinaire à Cologne, 1902.
En 1901, engagé comme précepteur dans une famille française installée en Rhénanie, il séjourne près de Bad Honnef. Il y rencontre la jeune gouvernante anglaise Annie Playden, dont il s’éprend. Elle ne partage pas ses sentiments et part bientôt pour l’Amérique. Cette expérience allemande, à la fois heureuse et douloureuse, laisse des traces profondes dans ses poèmes et dans la figure du mal-aimé. De retour à Paris en 1902, il entre dans une vie plus précaire : employé de banque, journaliste débutant, collaborateur de petites revues, il écrit beaucoup sans encore disposer d’une position stable.
Paris devient pourtant son véritable laboratoire. Apollinaire y rencontre des poètes, des peintres, des collectionneurs et des éditeurs qui composent l’avant-garde de la Belle Époque. Il fonde en 1903 la revue Le Festin d’Ésope, écrit des chroniques et publie ses premiers textes sous différents pseudonymes. Son goût ne se limite pas à la poésie : il s’intéresse aux légendes, aux récits fantastiques, à l’art ancien et aux formes nouvelles de la culture populaire. Cette curiosité explique la diversité de son œuvre en prose, de ses contes et de ses articles.
À Montmartre puis à Paris, il se lie avec Pablo Picasso, Max Jacob, André Salmon, Henri Rousseau et de nombreux artistes. Sa relation avec la peintre Marie Laurencin, commencée en 1907 et achevée quelques années plus tard, est l’une des expériences affectives importantes de sa vie. Elle inspire plusieurs poèmes ; le couple est aussi représenté dans La Muse inspirant le poète d’Henri Rousseau. Apollinaire n’est pas seulement l’ami des peintres : il devient l’un des critiques les plus attentifs aux bouleversements de la peinture moderne, défendant des artistes souvent incompris par le public et la presse.
Cette proximité avec le monde des arts le place au cœur de l’histoire du cubisme. Il emploie et diffuse le terme de « cubisme » en 1911, puis forge celui d’« orphisme » en 1912 pour caractériser une tendance vers l’abstraction colorée, notamment chez Robert Delaunay. Son essai Les Peintres cubistes. Méditations esthétiques, publié en 1913, n’est pas un manifeste fermé : il cherche plutôt à donner des mots à une peinture qui modifie les rapports entre réalité, mémoire et invention.
Son parcours connaît un épisode brutal en septembre 1911. La police le soupçonne de recel dans l’affaire des statuettes volées au Louvre par Honoré Joseph Géry Pieret, ancien secrétaire qu’il avait connu. Le vol de la Joconde, survenu la même année, donne à l’affaire un retentissement exceptionnel. Apollinaire est arrêté et incarcéré quelques jours ; Picasso est également interrogé. Tous deux sont finalement mis hors de cause dans le vol du tableau, commis par Vincenzo Peruggia. L’épisode frappe le poète, mais ne rompt pas son élan créateur.
En 1913 paraît Alcools, le recueil qui fixe sa place dans la poésie française. Les textes y font dialoguer la chanson ancienne, la mémoire, les villes modernes, les amours perdues et le paysage industriel. Apollinaire y supprime la ponctuation lors de l’édition, non pour imposer une règle mécanique, mais pour laisser au lecteur le soin d’organiser le rythme et les liaisons du vers. Zone, placé en ouverture, associe les rues de Paris, les réclames, les voyages et les souvenirs dans une forme qui rend sensible l’expérience de la modernité.

Stefan jaouen, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Manuscrit de Sous le pont Mirabeau.
Lorsque la guerre éclate, il demande à servir dans l’armée française. Sa nationalité française n’est obtenue qu’en mars 1916, après une procédure liée à son engagement volontaire. Entre-temps, il a connu l’instruction, l’artillerie puis l’infanterie. La guerre est pour lui à la fois une expérience physique, un bouleversement affectif et une matière poétique. Il entretient notamment une intense correspondance avec Louise de Coligny-Châtillon, dite Lou, puis avec Madeleine Pagès. Ces lettres, publiées après sa mort, éclairent la place de l’amour, de l’attente et de l’écriture dans ces années de séparation.
Le 17 mars 1916, alors qu’il se trouve au front, un éclat d’obus le blesse à la tempe. Il est évacué et trépané au Val-de-Grâce. La blessure met fin à sa présence combattante, sans arrêter son activité intellectuelle. Durant sa convalescence, ses amis organisent autour de lui un banquet qui réunit une part importante de la bohème artistique parisienne. Son visage bandé devient, dans l’imaginaire de l’époque, l’une des images du poète blessé de la Grande Guerre.

Ministère de la Culture – Médiathèque du Patrimoine / René-Jacques, domaine public, via Wikimedia Commons
Guillaume Apollinaire, vers 1916, après sa blessure à la tempe.
Les deux dernières années sont particulièrement fécondes. En 1917, le mot « surréalisme » apparaît sous sa plume, notamment pour le programme du ballet Parade et pour sa pièce Les Mamelles de Tirésias, sous-titrée « drame surréaliste ». Il ne fonde pas le mouvement surréaliste, qui se constituera après sa mort autour d’André Breton, mais il lui donne un mot et une impulsion. La même période voit paraître ses chroniques, ses textes sur l’« esprit nouveau » et le recueil Calligrammes, où la disposition typographique de certains poèmes participe pleinement au sens.
En mai 1918, il épouse Jacqueline Kolb, dite la « jolie rousse », rencontrée l’année précédente. La guerre touche alors à sa fin, mais la santé d’Apollinaire demeure fragile. À l’automne, il contracte la grippe espagnole. Il meurt à Paris le 9 novembre 1918, deux jours avant l’armistice. Ses obsèques, marquées par les cris de joie de la foule annonçant la victoire, se déroulent dans une ville où la fin de la guerre se mêle au deuil de l’un de ses poètes les plus inventifs.

Auteur inconnu, domaine public, via Wikimedia Commons
Guillaume et Jacqueline Apollinaire sur la terrasse de leur appartement, 1918.
Il est inhumé au Père-Lachaise, dans la division 86. Sa tombe rappelle autant le poète que le passeur : celui qui fit entrer dans la littérature les voix de la ville contemporaine, qui défendit les peintres de son temps et qui chercha, sans rompre avec la tradition, des formes capables d’accueillir le monde nouveau.
Œuvres principales
Poésie
- L’Enchanteur pourrissant (1909).
- Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée (1911).
- Alcools (1913), comprenant notamment « Zone », « Le Pont Mirabeau » et « La Chanson du mal-aimé ».
- Vitam impendere amori (1917).
- Calligrammes. Poèmes de la paix et de la guerre, 1913-1916 (1918).
Prose et théâtre
- L’Hérésiarque et Cie (1910).
- Le Poète assassiné (1916).
- Les Mamelles de Tirésias (1917 ; publication en 1918).
Critique et théorie de l’art
- Les Peintres cubistes. Méditations esthétiques (1913).
- L’Antitradition futuriste (1913).
- Le Flâneur des deux rives (1918).
Distinctions et hommages
- 1916 : naturalisé français à la suite de son engagement volontaire dans l’armée française.
- Reconnu « Mort pour la France » ; son nom figure au Panthéon parmi les écrivains morts sous les drapeaux pendant la Première Guerre mondiale.
- 1941 : création du prix Guillaume-Apollinaire, prix de poésie français.