Qui est Marie d’Agoult ?
Date de naissance : 31 décembre 1805 (Francfort-sur-le-Main, Allemagne – Saint Empire).
Date du décès : 5 mars 1876 (Paris, France) à 70 ans.
Activité principale : Écrivaine (fut la maîtresse de Franz Liszt), également historienne et engagée dans les débats politiques de son temps.
Nom de naissance : Marie Catherine Sophie de Flavigny.
Surnom : Daniel Stern.
Où est la tombe de Marie d’Agoult ?
La tombe est située dans la division 54

Le monument funéraire de Marie d’Agoult au Père-Lachaise
La tombe de Marie d’Agoult, dite Daniel Stern, se trouve dans la 54e division, avenue des Ailantes, première ligne. Conçu par le sculpteur Henri Chapu et inauguré en 1880, le monument est l’un des ensembles remarquables de cette partie du cimetière. Il associe un haut-relief de marbre représentant une femme soulevant un voile, un bas-relief figurant un buste de Goethe et, au-dessous, un médaillon féminin. Cette composition donne au tombeau la gravité d’un hommage littéraire, tout en rappelant les attaches germaniques et intellectuelles de l’écrivaine. Le modèle en plâtre avait été distingué au Salon de 1876.

Touron66, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Tombe de Marie d’Agoult, dite Daniel Stern, division 54.

Pierre-Yves Beaudouin, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Monument funéraire de Marie d’Agoult, par Henri Chapu.
Biographie de Marie d’Agoult
Marie d’Agoult, née Marie Catherine Sophie de Flavigny et connue dans la littérature sous le pseudonyme masculin de Daniel Stern, fut romancière, essayiste, historienne et journaliste. Sa vie a longtemps été racontée surtout à travers sa relation avec Franz Liszt ; son œuvre, pourtant, occupe une place propre dans l’histoire intellectuelle du XIXe siècle. Elle observa la révolution de 1848, anima des salons politiques, écrivit pour la presse d’opposition et laissa une vaste œuvre où l’expérience personnelle dialogue avec l’histoire.
Une enfance entre Allemagne et France
Elle naît le 31 décembre 1805 à Francfort-sur-le-Main. Son père, Alexandre de Flavigny, appartient à l’aristocratie française émigrée ; sa mère, Maria Elisabeth Bethmann, vient d’une grande famille de banquiers de Francfort. Cette double origine française et allemande lui donne très tôt une culture européenne. Après la Restauration, elle reçoit son éducation dans un couvent français. Son goût pour les lettres, les langues et la musique se forme dans un monde où l’instruction des jeunes femmes demeure étroitement encadrée.
En 1827, elle épouse le comte Charles d’Agoult. Le couple a deux filles, Louise et Claire. L’union, conforme aux usages de son milieu, ne répond cependant pas à ses aspirations intellectuelles et affectives. La jeune comtesse fréquente progressivement les cercles artistiques parisiens, lit beaucoup, écrit et cherche une place plus autonome dans une société qui réserve rarement aux femmes le droit d’une vie publique d’écrivain.

Henri Lehmann, Domaine public, via Wikimedia Commons
Portrait de Marie de Flavigny, comtesse d’Agoult, 1843.
Franz Liszt : une rupture et une émancipation
Sa rencontre avec Franz Liszt est un tournant. À partir de 1835, elle vit avec le pianiste et compositeur, alors au début de sa gloire européenne. Le couple séjourne notamment en Suisse et en Italie. Trois enfants naissent de cette relation : Blandine, Cosima et Daniel. La liaison bouleverse l’existence de Marie d’Agoult : elle rompt avec la position sociale attendue d’une comtesse mariée, mais elle découvre aussi l’intensité des réseaux artistiques, cosmopolites et musicaux de son temps.
Josef Danhauser, Domaine public, via Wikimedia Commons
Franz Liszt au piano, salon imaginaire avec Marie d’Agoult, 1840.
La relation avec Liszt s’achève au milieu des années 1840. Cette séparation ne marque pas un retrait, mais le début d’une vie d’auteur plus affirmée. La part sentimentale de cette histoire nourrit Nélida, roman publié en 1846 sous le nom de Daniel Stern. Elle y transforme une expérience intime en matière littéraire, tout en préservant une distance que lui permet le pseudonyme. Ce choix de signature n’est pas seulement un masque : il lui ouvre un espace de liberté dans une presse et un monde éditorial largement dominés par les hommes.
Daniel Stern, journaliste et historienne
Dès les années 1840, Daniel Stern publie articles, récits et réflexions politiques. Elle s’intéresse aux idées libérales et républicaines, sans renoncer à l’exigence d’une pensée indépendante. Son salon réunit des écrivains, musiciens et hommes politiques ; après le coup d’État de 1851, il devient l’un des lieux où se croisent les oppositions au régime de Louis-Napoléon Bonaparte. La conversation y est pour elle une forme de travail : on y échange des informations, on y confronte des jugements, on prépare parfois les textes à venir.

Marie d’Agoult, Domaine public, via Wikimedia Commons
Page des Lettres républicaines de Daniel Stern, 1848.
La révolution de 1848 lui fournit le sujet de son ouvrage le plus ambitieux. Dans Histoire de la révolution de 1848, publiée en trois volumes entre 1850 et 1853, elle ne se contente pas de raconter les événements : elle cherche à comprendre les forces sociales, les hésitations des dirigeants et les espoirs contradictoires qui ont traversé la période. Le livre est remarqué dès sa publication. L’historienne y affirme une méthode fondée sur l’observation, les témoignages et le travail documentaire, à une époque où les femmes sont rarement reconnues dans ce domaine.
Une œuvre indépendante
Son œuvre dépasse largement le récit de 1848. Elle publie les Lettres républicaines, les Esquisses morales et politiques, Trois journées de la vie de Marie Stuart, Florence et Turin et, plus tard, une étude consacrée aux débuts de la république des Pays-Bas. Ses textes mêlent histoire, critique, journalisme et réflexion morale. Sa langue, précise et ferme, se distingue par le refus de la facilité anecdotique ; elle veut saisir les idées à l’œuvre derrière les événements.

Étienne Carjat, CC0, via Wikimedia Commons
Marie d’Agoult, dite Daniel Stern, portrait photographique.
Marie d’Agoult meurt à Paris le 5 mars 1876, à l’âge de soixante-dix ans. Ses Mémoires, souvenirs et journaux, publiés après sa mort, ont contribué à renouveler la connaissance de sa vie et de son époque. Au Père-Lachaise, le monument d’Henri Chapu ne rappelle pas seulement la compagne de Liszt : il rend visible une femme de lettres qui conquit, par l’écriture, une place singulière dans la culture politique et littéraire du XIXe siècle.
Œuvres principales
- Nélida (1846).
- Lettres républicaines (1848).
- Histoire de la révolution de 1848, 3 volumes (1850-1853).
- Esquisses morales et politiques (1849).
- Trois journées de la vie de Marie Stuart (1856).
- Florence et Turin (1862).
- Histoire des commencements de la république aux Pays-Bas (1872).
Repères et fonctions
- Écrivaine, journaliste et historienne sous le pseudonyme de Daniel Stern.
- Salonnière parisienne et interlocutrice des milieux littéraires et politiques du XIXe siècle.
- Autrice d’une des premières grandes histoires contemporaines de la révolution de 1848.