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WIIRALT Eduard

Qui est Eduard Wiiralt ?

Nom complet : Eduard Wiiralt, également orthographié Eduard Viiralt.
Naissance : 20 mars 1898 (Kalitino, Russie).
Mort : 8 janvier 1954 (Paris, France) à 55 ans.
Activité : artiste graphique estonien, graveur, dessinateur, peintre et sculpteur.
Notoriété : considéré comme l’un des maîtres majeurs de l’art graphique estonien du XXᵉ siècle.

Où se trouve la tombe d’Eduard Wiiralt ?

La tombe d’Eduard Wiiralt se trouve dans la division 88 du cimetière du Père-Lachaise. Il y fut inhumé le 12 janvier 1954.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 88
Plan du cimetière du Père-Lachaise : la tombe d’Eduard Wiiralt se situe dans la division 88.

Le monument funéraire d’Eduard Wiiralt au Père-Lachaise

Tombe fleurie d’Eduard Wiiralt au Père-Lachaise
Vue de face de la sépulture fleurie d’Eduard Wiiralt. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

La sépulture d’Eduard Wiiralt, située dans la 88e division du Père-Lachaise, est un tombeau bas et rectangulaire en pierre sombre. Son centre est laissé ouvert et végétalisé, tandis qu’une dalle inclinée porte, en lettres métalliques, la signature de l’artiste et ses dates : 20 mars 1898 – 8 janvier 1954.

L’ensemble est d’une grande sobriété et ne comporte aucune représentation de ses œuvres. Des fleurs et, selon les périodes, un drapeau estonien sont déposés sur la tombe, rappelant la place majeure qu’occupe Wiiralt dans l’histoire de l’art estonien. L’Association des Amis du Père-Lachaise signale d’ailleurs explicitement la présence de ce drapeau sur la dalle.

Wiiralt mourut à Paris le 8 janvier 1954 et fut inhumé au Père-Lachaise le 12 janvier suivant. Graveur, dessinateur et peintre, il demeure l’une des figures majeures de l’art graphique estonien du XXe siècle.

Vue générale de la tombe d’Eduard Wiiralt au Père-Lachaise
La tombe d’Eduard Wiiralt dans son environnement, division 88. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Inscription funéraire sur la tombe d’Eduard Wiiralt
Détail de l’inscription portant le nom et les dates d’Eduard Wiiralt. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Biographie d’Eduard Wiiralt

Une enfance entre la Russie et l’Estonie

Eduard Wiiralt naît le 20 mars 1898 au domaine de Kalitino, près de Saint-Pétersbourg, dans l’Empire russe. Ses parents, Anton et Sophie-Elisabeth Wiiralt, sont des Estoniens employés comme domestiques agricoles. En 1909, la famille revient en Estonie et s’installe dans le comté de Järva, où le père travaille au domaine de Varangu. Le jeune Eduard grandit ainsi dans un monde rural dont les visages, les animaux et les silhouettes nourriront plus tard son regard de dessinateur.

Ses dispositions artistiques apparaissent tôt. En 1915, à dix-sept ans, il entre à l’École d’art industriel de Tallinn. La Première Guerre mondiale, la révolution russe puis l’occupation allemande bouleversent toutefois ses études. L’école ferme et l’Estonie traverse une période décisive qui conduit à son indépendance. Wiiralt ne renonce pas à sa formation : en 1919, il rejoint à Tartu la nouvelle école d’art Pallas, institution appelée à jouer un rôle essentiel dans la naissance d’un art moderne estonien.

Pallas, la sculpture et la découverte de la gravure

À Pallas, Wiiralt étudie d’abord la sculpture auprès d’Anton Starkopf. Il modèle des figures, observe les volumes et développe une attention aiguë aux formes du corps. Pourtant, les arts graphiques l’attirent de plus en plus. La gravure lui offre un langage fondé sur la ligne, l’ombre, le contraste et la répétition, capable de faire surgir des mondes d’une feuille de papier.

Dès 1920, il compose un album de linogravures marqué par l’expressionnisme. Entre 1922 et 1923, il séjourne à l’Académie des beaux-arts de Dresde, où il approfondit la sculpture auprès de Selmar Werner et découvre la lithographie ainsi que les techniques de taille-douce. De retour à Tartu, il achève en 1924 sa formation en gravure et en sculpture. L’année suivante, il dirige brièvement l’atelier de gravure de Pallas. À seulement vingt-sept ans, il maîtrise déjà l’eau-forte, la pointe sèche, la gravure sur bois, le linoléum et la lithographie.

Paris, laboratoire d’un langage personnel

En mai 1925, une bourse du Fonds culturel estonien lui permet de gagner Paris. Ce séjour, prévu pour une année, devient une installation durable. La capitale attire alors des artistes venus de toute l’Europe. Wiiralt fréquente les musées, travaille à l’Académie Colarossi, observe les cafés, les cabarets, les marginaux et le spectacle de la rue. Il vit modestement, mais trouve dans la gravure et l’illustration de livres de quoi poursuivre ses recherches.

Il illustre notamment des textes de François Mauriac, d’Alexandre Pouchkine et de Bossuet. L’illustration n’est pas pour lui un simple travail alimentaire : elle aiguise son sens de la composition et son art de condenser un récit en une image. Ses feuilles parisiennes mêlent précision technique, humour sombre, inquiétude et observation sociale. Les visages s’y transforment parfois en masques ; les corps deviennent des architectures expressives.

Le Violoniste, monotype d’Eduard Wiiralt en 1930
Le Violoniste, monotype en couleur réalisé par Eduard Wiiralt en 1930. Wikimedia Commons, domaine public.

L’Enfer, sommet visionnaire

Au tournant des années 1930, son œuvre atteint une intensité nouvelle. Les scènes de cabaret, les figures fantastiques et les foules comprimées traduisent l’atmosphère instable de l’entre-deux-guerres. Réalisée entre 1930 et 1932, l’eau-forte Põrgu, généralement traduite par L’Enfer, devient son œuvre la plus célèbre. Dans un espace saturé de personnages grotesques, de regards hallucinés et de formes hybrides, Wiiralt construit une vision vertigineuse de l’angoisse humaine.

La virtuosité de la plaque est spectaculaire, mais elle n’est jamais gratuite. La densité des lignes et l’accumulation des figures produisent un sentiment d’oppression. L’œuvre a souvent été comprise comme une image de l’aliénation moderne, de la violence collective et des inquiétudes politiques de son temps. Elle établit définitivement la réputation de Wiiralt comme graveur capable d’unir la maîtrise des anciens à une sensibilité profondément contemporaine.

L’Enfer, eau-forte d’Eduard Wiiralt réalisée entre 1930 et 1932
L’Enfer (Põrgu), eau-forte d’Eduard Wiiralt, 1930-1932. Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Reconnaissance internationale et voyage au Maroc

Durant les années 1930, Wiiralt expose à Paris, Strasbourg, Moscou, Amsterdam, New York et Johannesburg. Sa rétrospective de Tallinn en 1936, présentée ensuite à Helsinki, confirme son importance dans son pays natal. En 1937, l’Exposition internationale d’art graphique de Vienne lui décerne une médaille d’or et le reconnaît comme l’un des grands graveurs européens de son temps.

Du 21 juin 1938 au 17 février 1939, il séjourne à Marrakech. La lumière marocaine, les visages rencontrés et les animaux renouvellent son univers. Il dessine avec une attention calme des enfants, des Berbères, des chameaux et des paysages. Après les visions tourmentées de Paris, ces œuvres se distinguent souvent par leur clarté et leur monumentalité silencieuse. Jeune garçon arabe, Fille berbère avec un chameau et Tête de chameau comptent parmi les images les plus appréciées de cette période.

La guerre, l’exil et le retour en France

Wiiralt regagne l’Estonie à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Son pays subit successivement l’occupation soviétique, l’occupation allemande puis le retour de l’Armée rouge. Il continue de travailler, réalisant notamment des paysages et des portraits où la précision du trait s’accompagne d’une gravité croissante. Après le bombardement de Tallinn en mars 1944, il quitte l’Estonie sous couvert d’une exposition prévue à Vienne.

Les derniers mois de la guerre le conduisent à travers une Allemagne dévastée. En mai 1945, il rejoint la Suède et séjourne plusieurs mois dans un camp de réfugiés. Comme beaucoup d’intellectuels estoniens, il ne peut retourner dans une patrie désormais intégrée à l’Union soviétique. À l’automne 1946, il parvient enfin à revenir en France et retrouve Paris, ville centrale de sa vie d’artiste.

Nu couché, aquarelle d’Eduard Wiiralt de 1931
Nu couché, aquarelle d’Eduard Wiiralt, 1931, Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg. Wikimedia Commons, domaine public.

Les dernières années à Paris

Installé à Sceaux, au sud de Paris, Wiiralt poursuit une œuvre exigeante, sans rechercher les effets de mode. Ses estampes tardives, parmi lesquelles Le Dictateur II, Poète s’adressant aux pierres et Solitude, témoignent d’une réflexion sombre sur le pouvoir, l’exil et la condition humaine. Il reste également un portraitiste remarquable, capable de restituer une personnalité par la seule tension du regard et du trait.

Malgré sa renommée internationale, il conserve une existence discrète. Ses œuvres entrent dans de grandes collections européennes et américaines, notamment à l’Albertina de Vienne. En Estonie, où son travail devient un repère essentiel de l’histoire de l’art national, son absence physique renforce encore sa stature d’artiste en exil.

Atteint d’un cancer de l’estomac, Eduard Wiiralt meurt à Paris le 8 janvier 1954. Il est inhumé quatre jours plus tard au Père-Lachaise. Ses gravures continuent d’être étudiées pour leur maîtrise technique, leur puissance psychologique et leur capacité à faire coexister observation réaliste et imagination fantastique. Des rues portent aujourd’hui son nom à Tallinn et à Tartu ; un prix et une bourse Wiiralt soutiennent également de nouvelles générations d’artistes estoniens.

Œuvres principales

  • Dames en haut-de-forme (1927).
  • Le Violoniste (1930).
  • Cabaret (1931).
  • L’Enfer ou Põrgu (1930-1932).
  • Portrait du graveur Kristjan Raud (1939).
  • Jeune garçon arabe et Fille berbère avec un chameau (vers 1940).
  • Le Dictateur II (1949).
  • Poète s’adressant aux pierres (1948).
  • Solitude (1950-1952).

Distinctions et fonctions

  • Directeur de l’atelier de gravure de l’école Pallas à Tartu en 1925.
  • Médaille d’or à l’Exposition internationale d’art graphique de Vienne en 1937.
  • Rétrospective à Tallinn en 1936, ensuite présentée à Helsinki en 1937.
  • Œuvres conservées notamment au Musée d’art d’Estonie, à l’Albertina de Vienne et dans plusieurs grands cabinets d’estampes internationaux.
  • Prix Wiiralt fondé en 1997 et bourse Wiiralt créée en Estonie en 2004 en hommage à l’artiste.