Qui est Gertrude Stein ?
Nom complet : Gertrude Stein.
Naissance : 3 février 1874 (Allegheny, États-Unis).
Mort : 27 juillet 1946 (Neuilly-sur-Seine, France) à 72 ans.
Activités : Écrivaine, poétesse, dramaturge, critique d’art et collectionneuse américaine.
Notoriété : Figure majeure du modernisme littéraire et animatrice d’un célèbre salon parisien fréquenté par les avant-gardes.
Où se trouve la tombe de Gertrude Stein ?

La tombe de Gertrude Stein se trouve dans la division 94 du cimetière du Père-Lachaise, le long de l’avenue Circulaire.
Le monument funéraire de Gertrude Stein au Père-Lachaise

La sépulture de Gertrude Stein, située dans la 94e division du Père-Lachaise, se compose d’une grande stèle rectangulaire en pierre, posée sur un soubassement bas et précédée d’un espace recouvert de gravier.
La face principale porte simplement le nom de Gertrude Stein, dans une composition volontairement très dépouillée. De nombreux visiteurs déposent sur le monument de petites pierres, des fleurs ou des objets de souvenir, témoignant de la place toujours importante de l’écrivaine dans l’histoire littéraire et artistique du XXe siècle.
La particularité de cette tombe se trouve au revers de la même stèle, où est gravé le nom d’Alice B. Toklas, compagne de Gertrude Stein pendant près de quarante ans. Morte en 1967, vingt et un ans après Stein, elle repose avec elle dans cette sépulture commune.
L’ensemble est donc d’une grande simplicité architecturale, mais la présence des deux noms sur les deux faces de la pierre donne au monument une forte dimension personnelle et en fait l’une des sépultures littéraires les plus émouvantes du cimetière.
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Biographie de Gertrude Stein
Gertrude Stein naît le 3 février 1874 à Allegheny, aujourd’hui intégrée à Pittsburgh, en Pennsylvanie. Elle est la benjamine d’une famille juive américaine d’origine allemande. Son père, Daniel Stein, a constitué une certaine fortune dans les affaires. La famille séjourne plusieurs années en Europe avant de s’établir à Oakland, en Californie, où Gertrude passe l’essentiel de son enfance.

Une formation entre psychologie et médecine
La mort de sa mère, alors que Gertrude a quatorze ans, puis celle de son père trois ans plus tard bouleversent la famille. Son frère aîné Michael assure la gestion des biens et garantit à ses frères et sœurs une indépendance financière. Gertrude rejoint des parentes à Baltimore, puis s’inscrit en 1893 au Harvard Annex, futur Radcliffe College, où les femmes peuvent suivre une formation universitaire proche de celle dispensée à Harvard.
Elle y étudie la psychologie auprès de William James. Ses recherches sur l’attention et l’automatisme moteur annoncent déjà son intérêt pour les mécanismes de répétition, de perception et de langage. Diplômée en 1898, elle entre à la faculté de médecine Johns-Hopkins. Elle suit notamment des cours d’anatomie et travaille en laboratoire, mais se détourne progressivement de la carrière médicale. Elle quitte l’établissement en 1901 sans obtenir son diplôme.
Paris et la découverte des avant-gardes
Après un séjour à Londres, Gertrude rejoint en 1903 son frère Leo à Paris. Ils s’installent au 27 rue de Fleurus, près du jardin du Luxembourg. Leur appartement devient à la fois domicile, atelier intellectuel et galerie privée. Grâce aux ressources familiales, les Stein achètent très tôt des œuvres de Cézanne, Matisse, Picasso, Gauguin et Renoir, alors que plusieurs de ces artistes sont encore contestés.

Chaque samedi soir, artistes, écrivains, critiques et collectionneurs se retrouvent rue de Fleurus. Picasso, Matisse, Georges Braque, Guillaume Apollinaire et de nombreux visiteurs américains y croisent les habitués. Stein ne se contente pas d’accrocher les tableaux : elle dialogue avec les peintres, soutient leur travail et cherche dans leurs innovations une méthode pour renouveler l’écriture.
Picasso, Cézanne et une nouvelle manière d’écrire
Pablo Picasso réalise son célèbre portrait de Gertrude Stein en 1905-1906. La relation entre l’écrivaine et le peintre est faite d’admiration, de débats et de proximité intellectuelle. Stein voit dans le cubisme une rupture comparable à celle qu’elle veut introduire dans la phrase. À la narration continue et à la psychologie traditionnelle, elle substitue répétitions, variations, déplacements de point de vue et attention au rythme.

Son premier grand livre publié, Three Lives, paraît en 1909. Les trois récits, centrés sur des femmes issues de milieux modestes, montrent déjà sa recherche d’une langue fondée sur les reprises et les inflexions de la parole. Elle travaille pendant des années à The Making of Americans, vaste histoire de familles américaines dont la construction répétitive met à l’épreuve les formes du roman.
Alice B. Toklas, compagne et partenaire de travail
En 1907, Gertrude Stein rencontre Alice Babette Toklas, Américaine arrivée à Paris depuis San Francisco. Leur relation devient rapidement centrale. Toklas organise la vie quotidienne, dactylographie les manuscrits, gère la correspondance et protège les conditions de travail de Stein. Leur couple, durable et publiquement visible dans leur cercle, occupe une place singulière dans l’histoire culturelle lesbienne du XXe siècle.
La relation avec Leo se dégrade tandis que le lien avec Alice se renforce. En 1913, le frère et la sœur se séparent et partagent leur collection. Gertrude conserve notamment des œuvres de Picasso ; Leo emporte plusieurs tableaux de Renoir et de Matisse. Alice et Gertrude poursuivent seules les rencontres de la rue de Fleurus, où une nouvelle génération d’écrivains américains commence à affluer.

La guerre et les expériences littéraires
Pendant la Première Guerre mondiale, Stein et Toklas séjournent d’abord en Angleterre puis reviennent en France. Elles se portent volontaires pour l’American Fund for French Wounded et parcourent le pays à bord d’une automobile afin de livrer du matériel aux hôpitaux. Cette expérience rapproche Stein de la France provinciale, qui apparaîtra plus tard dans ses textes et ses souvenirs.
Les années 1910 et 1920 sont celles de ses recherches les plus radicales. Dans Tender Buttons, publié en 1914, elle décrit objets, nourriture et espaces domestiques en libérant les mots de leurs associations habituelles. Ses pièces de théâtre, ses poèmes et ses « portraits » littéraires explorent la sonorité, la répétition et la présence immédiate de la langue. Cette écriture fascine certains lecteurs et en déroute beaucoup d’autres.
Une figure de la « génération perdue »
Après la guerre, Paris attire une importante communauté américaine. Ernest Hemingway, F. Scott Fitzgerald, Sherwood Anderson et d’autres écrivains fréquentent Stein. Elle encourage Hemingway à ses débuts, avant qu’une rupture durable ne les éloigne. L’expression « génération perdue », popularisée par Hemingway en épigraphe de Le soleil se lève aussi, reste associée à une remarque rapportée par Stein.

Stein exerce alors une autorité considérable comme conversationniste, lectrice et médiatrice artistique, même si ses propres livres restent peu diffusés. Son influence tient autant à sa présence et à son réseau qu’à ses publications. Elle défend Picasso, Juan Gris et d’autres artistes, tout en construisant une œuvre dont l’originalité devient impossible à ignorer.
Le succès de L’Autobiographie d’Alice B. Toklas
La reconnaissance du grand public arrive en 1933 avec The Autobiography of Alice B. Toklas. Malgré son titre, le livre est écrit par Stein, qui adopte la voix de sa compagne pour raconter leur vie commune, le salon parisien et les rencontres avec les avant-gardes. Le ton accessible, ironique et riche en anecdotes transforme l’ouvrage en succès international.
En 1934-1935, Stein retourne aux États-Unis pour une tournée de conférences après plus de trente ans d’absence. Elle est accueillie comme une célébrité. Universités, journalistes et lecteurs viennent entendre celle que l’on avait longtemps jugée difficile. Cette tournée confirme sa place dans la culture américaine tout en soulignant le paradoxe d’une écrivaine profondément américaine ayant construit sa vie et son œuvre en France.
Les années de guerre et les controverses
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Stein et Toklas quittent Paris et s’installent à Bilignin, dans l’Ain, où elles avaient l’habitude de passer l’été. Juives et américaines dans la France occupée, elles se trouvent dans une situation dangereuse. Elles bénéficient de la protection de Bernard Faÿ, ami de longue date devenu administrateur de la Bibliothèque nationale sous Vichy et collaborateur du régime.
Le maintien de cette amitié, ainsi que des textes favorables au maréchal Pétain, constitue la principale controverse politique entourant Stein. Les historiens discutent encore ses motivations et le contexte de survie dans lequel elle agit. Ces faits n’effacent ni son importance littéraire ni la nécessité d’examiner lucidement ses choix pendant l’Occupation.
Dernières années et décès
Après la Libération, Stein revient à Paris. Elle poursuit ses publications, reçoit des militaires et des visiteurs américains, et écrit sur son expérience de la guerre. Atteinte d’un cancer de l’estomac, elle est opérée à l’hôpital américain de Neuilly-sur-Seine. Elle y meurt le 27 juillet 1946, à l’âge de 72 ans.
Gertrude Stein est inhumée au Père-Lachaise. Elle a désigné l’écrivain et photographe Carl Van Vechten comme exécuteur littéraire ; celui-ci contribue à publier les manuscrits restés inédits. Son œuvre a profondément marqué la poésie expérimentale, le théâtre et la réflexion sur la narration. Son salon, sa collection et sa vie avec Alice B. Toklas demeurent inséparables de l’histoire des avant-gardes parisiennes.
Œuvres principales
- Three Lives (1909).
- The Making of Americans (achevé en 1911, publié en 1925).
- Tender Buttons (1914).
- Geography and Plays (1922).
- The Autobiography of Alice B. Toklas (1933).
- Four Saints in Three Acts, opéra avec Virgil Thomson (1934).
- Lectures in America (1935).
- Everybody’s Autobiography (1937).
- Paris France (1940).
- Wars I Have Seen (1945).
- The Mother of Us All, opéra avec Virgil Thomson (1947, publication posthume).
Distinctions et fonctions
- Médaille de la Reconnaissance française pour son action durant la Première Guerre mondiale.
- Figure centrale du salon artistique et littéraire du 27 rue de Fleurus à Paris.
- Collectionneuse et soutien précoce de Picasso, Matisse, Cézanne et Juan Gris.
- Collaboratrice du compositeur Virgil Thomson pour plusieurs opéras.
- Œuvre conservée et étudiée notamment par la Beinecke Library de l’université Yale et la Library of America.