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SAQUI Marguerite Antoinette

Qui est Marguerite-Antoinette Saqui ?

Nom complet : Marguerite Antoinette Lalanne, épouse Saqui.
Noms de scène : Madame Saqui, Mademoiselle Ninette, la Petite Basquaise, la Divine Basquaise.
Naissance : 26 février 1786 (Agde, France).
Mort : 21 janvier 1866 (Neuilly-sur-Seine, France) à 79 ans.
Activité : Funambule, acrobate, artiste et directrice de théâtre.
Notoriété : L’une des plus célèbres danseuses de corde européennes du XIXe siècle.

Où se trouve la tombe de Madame Saqui ?

Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise.

La tombe de Marguerite-Antoinette Saqui se trouve dans la division 40 du cimetière du Père-Lachaise.

Le monument funéraire de Madame Saqui au Père-Lachaise

La sépulture de Marguerite-Antoinette Lalanne, dite Madame Saqui, située dans la 40e division du Père-Lachaise, prend la forme d’une haute colonne cylindrique en pierre, posée sur un socle carré à plusieurs niveaux.

Le monument se distingue par sa silhouette très verticale et par son sommet tronqué, qui lui donne une apparence immédiatement reconnaissable parmi les sépultures voisines. La pierre, sombre et fortement patinée, porte les marques du temps et s’intègre au caractère ancien de cette partie du cimetière.

Madame Saqui, célèbre danseuse de corde et funambule du XIXe siècle, repose dans cette sépulture.

Tombe de Madame Saqui au Père-Lachaise
Sépulture de Marguerite-Antoinette Saqui, division 40. Photo : Stéphane Charton-Thomas, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Biographie de Madame Saqui

Marguerite Antoinette Lalanne naît le 26 février 1786 à Agde. Elle est la fille de Jean-Baptiste Lalanne et d’Hélène Masgomieri, présentés comme marchands botanistes et artistes. Dans cette famille itinérante, le spectacle n’est pas un divertissement occasionnel mais un métier, un mode de vie et une école quotidienne. Très tôt, la future Madame Saqui apprend à maîtriser son corps, son équilibre et la peur.

Une enfance parmi les saltimbanques

Marguerite n’a que cinq ans lorsqu’elle rejoint Paris avec ses parents. Ceux-ci appartiennent à la troupe des Grands-Danseurs du Roi dirigée par Jean-Baptiste Nicolet, l’une des grandes entreprises de spectacle populaire de la capitale. Elle y débute sous le nom de « Petite Basquaise ». Une mauvaise chute de son père entraîne cependant la rupture de son engagement, et la famille reprend la route des foires.

À Tours, important rendez-vous forain, l’enfant approfondit la danse de corde avec son amie Françoise Bénéfand, future Mademoiselle Malaga, et auprès du citoyen Barraut, directeur d’une troupe d’acrobates. Sous le nom de Mademoiselle Ninette, elle paraît en public et obtient rapidement du succès. Ses parents forment alors leur propre troupe, avant de rejoindre successivement d’autres compagnies lorsque les difficultés financières les rattrapent.

Portrait de Madame Saqui, danseuse de corde
Madame Saqui, gravure publiée dans les Mémoires d’une danseuse de corde de Paul Ginisty. Wikimedia Commons, domaine public.

Le mariage avec Pierre Saqui

À Épinal, celle que l’on surnomme désormais la « Divine Basquaise » rencontre l’acrobate Pierre Saqui. Elle l’épouse à Tours en 1805 et adopte le nom sous lequel elle deviendra célèbre. Le couple revient à Paris l’année suivante. Madame Saqui se produit au jardin de Tivoli, lieu de promenade et de fêtes très fréquenté. Son assurance sur la corde, sa vitesse, ses costumes et son sens du spectacle impressionnent un public avide de prouesses.

Sous le Premier Empire, ses numéros épousent l’imaginaire militaire du temps. Sur une corde tendue au-dessus du vide, elle interprète de véritables mimodrames : passage du Grand-Saint-Bernard, bataille de Wagram ou prise de Saragosse. Feux d’artifice, éclairages et accessoires transforment l’exercice d’équilibre en évocation héroïque. Son art unit alors l’acrobatie, la danse, le théâtre et la célébration politique.

Madame Saqui descendant sur une corde au milieu des feux d’artifice
Descente de Madame Saqui entourée de feux d’artifice, 1822. New York Public Library, Wikimedia Commons, domaine public.

Une célébrité européenne

La concurrence parisienne pousse Madame Saqui à voyager. Elle se produit à Rouen en 1810 et 1811, à Nîmes en 1812, de nouveau à Rouen en 1813, puis à Lille, Valenciennes, Gand, Bruxelles et Liège. Son nom devient une attraction à lui seul. Elle se présente comme « première artiste funambule de Sa Majesté le roi Louis XVIII » et « directrice des fêtes et ascensions du Gouvernement », titres qui montrent sa capacité à s’adapter au changement de régime après la chute de Napoléon.

Sa carrière n’est jamais dépourvue de danger. En 1816, lors d’une représentation à Londres, elle tombe de sa corde et se blesse aux côtes. L’accident ne met pourtant pas fin à son activité. Cette longévité suppose une discipline physique remarquable : chaque spectacle dépend de la météo, de la solidité du matériel et d’un équilibre que la fatigue ou une seconde d’inattention peuvent rompre.

Madame Saqui, célèbre funambule française
Madame Saqui dans son costume de scène. Wellcome Collection, Wikimedia Commons, domaine public.

Le théâtre du boulevard du Temple

La même année 1816, Madame Saqui obtient le privilège d’exploiter une salle sur le boulevard du Temple, bientôt surnommé le « boulevard du Crime » en raison des nombreux mélodrames qui y sont joués. Son théâtre propose pantomimes, acrobaties, féeries et spectacles de corde. Pendant près de quinze ans, l’établissement attire un public nombreux et fait de sa directrice une entrepreneuse du spectacle autant qu’une interprète.

Diriger une salle implique cependant des charges considérables. La mauvaise gestion attribuée à son frère Baptiste fragilise les comptes. L’épidémie de choléra de 1832 vide les théâtres et achève de déstabiliser l’entreprise. Madame Saqui doit céder son privilège. Veuve depuis 1825, elle se retrouve, à près de cinquante ans, contrainte de reprendre la route et de reconstruire sa carrière loin de la sécurité d’une scène parisienne permanente.

Madame Saqui dansant sur la corde en costume à plumes
Madame Saqui exécutant un numéro de corde en costume à plumes. Wellcome Collection, Wikimedia Commons, domaine public.

Une artiste infatigable

Loin de se retirer, elle redevient artiste itinérante. Elle parcourt la France et voyage à l’étranger, parfois très loin des circuits européens. Sa présence est signalée à Madras en décembre 1850. Une telle tournée, à plus de soixante ans, témoigne d’une endurance hors du commun et de la diffusion internationale des arts forains au XIXe siècle. Les artistes circulent avec leurs techniques, leurs affiches et leur réputation, bien avant l’apparition des médias modernes.

Madame Saqui continue à danser sur la corde jusqu’en 1861. Elle a alors environ soixante-quinze ans. Sa carrière couvre donc plus d’un demi-siècle, de la fin de l’Ancien Régime au Second Empire. Peu d’artistes de sa génération ont traversé autant de régimes politiques, de villes et de transformations du spectacle populaire.

Madame Saqui dans un rôle de pèlerin à la fin de sa carrière
Madame Saqui âgée, costumée en pèlerin avec une fausse barbe. Wellcome Collection, Wikimedia Commons, domaine public.

Une pionnière du spectacle moderne

Madame Saqui ne fut pas seulement une équilibriste virtuose. Elle sut construire un personnage public, renouveler ses numéros et transformer la prouesse physique en récit spectaculaire. Elle dirigea sa propre salle à une époque où les femmes entrepreneuses de théâtre restaient rares. Sa carrière montre aussi la continuité entre les foires, les jardins de plaisirs, les théâtres du boulevard et le cirque moderne.

Sa célébrité inspira chroniqueurs et historiens du spectacle. En 1907, Paul Ginisty publia les Mémoires d’une danseuse de corde : Madame Saqui, ouvrage qui contribua à fixer sa légende. Si le récit mêle souvenirs, documentation et reconstruction littéraire, il conserve la mémoire d’une femme qui fit du risque un art et de son nom une véritable marque de spectacle.

Mort et postérité

Marguerite-Antoinette Saqui meurt le 21 janvier 1866 à Neuilly-sur-Seine, à 79 ans. Elle est inhumée au Père-Lachaise, dans la division 40. Sa colonne funéraire rappelle discrètement une artiste qui, de son vivant, recherchait au contraire la hauteur, la lumière et le mouvement.

Aujourd’hui, Madame Saqui occupe une place majeure dans l’histoire du funambulisme. Son indépendance, sa maîtrise technique, ses tournées internationales et son activité de directrice en font une figure emblématique des arts du spectacle au XIXe siècle. Son parcours permet surtout de redonner toute leur importance aux artistes forains, longtemps absents des histoires officielles du théâtre et de la danse.

Œuvres et spectacles principaux

  • Numéros de danse de corde sous les noms de la Petite Basquaise, Mademoiselle Ninette et la Divine Basquaise.
  • Mimodrames acrobatiques évoquant le passage du Grand-Saint-Bernard, la bataille de Wagram et la prise de Saragosse.
  • Spectacles pyrotechniques et ascensions sur corde dans les jardins de Tivoli.
  • Direction du théâtre de Madame Saqui, boulevard du Temple à Paris, de 1816 à 1830.
  • Tournées en France, en Belgique, au Royaume-Uni et jusqu’à Madras.

Distinctions et fonctions

  • Première artiste funambule de Sa Majesté le roi Louis XVIII.
  • Directrice des fêtes et ascensions du Gouvernement.
  • Directrice de son propre théâtre sur le boulevard du Temple.
  • Figure majeure de l’histoire française du funambulisme et des arts forains.