Qui est Paul de Saint-Victor ?
Nom complet : Paul Jacques Raymond Binsse de Saint-Victor.
Naissance : 11 juillet 1825 (Paris, France).
Mort : 9 juillet 1881 (Paris, France) à 55 ans.
Activité : Essayiste, historien, critique littéraire et critique dramatique.
Notoriété : L’un des grands critiques français du XIXe siècle, auteur d’Hommes et dieux et des Deux Masques.
Où se trouve la tombe de Paul de Saint-Victor ?
La tombe de Paul de Saint-Victor se trouve dans la 9e division du cimetière du Père-Lachaise. Son corps y fut inhumé le 10 décembre 1881, quelques mois après des obsèques célébrées à Saint-Germain-des-Prés et un dépôt provisoire dans le caveau familial de Versailles.

Le monument funéraire de Paul de Saint-Victor au Père-Lachaise
La sépulture de Paul de Saint-Victor, située dans la 9e division du Père-Lachaise, est dominée par un buste en bronze de l’écrivain et critique, posé sur un haut socle de pierre portant son nom.
Le portrait, réalisé en 1882 par Jean-Baptiste Claude Eugène Guillaume, représente Saint-Victor avec une expression grave et concentrée. La patine verte du bronze fait nettement ressortir le visage, la chevelure et le vêtement sur le fond clair du monument.
Derrière le buste s’élève une stèle architecturée aux formes courbes, ornée de volutes et surmontée d’un motif circulaire dans lequel apparaît une croix. Une grille en fer entoure la concession, aujourd’hui largement occupée par la végétation.
L’ensemble est ainsi construit autour du portrait de Paul de Saint-Victor, qui constitue l’élément le plus immédiatement visible et donne à la tombe son caractère commémoratif.


Biographie de Paul de Saint-Victor
Paul Jacques Raymond Binsse de Saint-Victor naît à Paris le 11 juillet 1825. Certaines notices anciennes ont longtemps indiqué 1827, date encore reproduite sur plusieurs listes ; la Bibliothèque nationale de France et les données d’état civil retiennent aujourd’hui 1825. Il grandit dans une famille où la littérature, l’histoire et la politique occupent une place centrale. Son père, Jacques Bins de Saint-Victor, est poète, historien et journaliste royaliste. Le jeune Paul hérite ainsi d’une culture classique exigeante, mais prendra bientôt des orientations politiques différentes.
Une formation européenne
Il étudie au collège de Fribourg, en Suisse, puis séjourne à Rome. Ces années développent son goût pour l’Antiquité, les arts plastiques et les grandes traditions théâtrales. La culture grecque et latine ne sera jamais chez lui un simple ornement : elle fournit la trame d’une réflexion sur les formes, les mythes et les permanences de l’imagination humaine. Rome lui offre aussi le contact direct avec les monuments, la sculpture et la peinture qu’il commentera plus tard dans ses essais.

De retour à Paris, il se rapproche d’Alphonse de Lamartine et devient son secrétaire au moment de la Révolution de 1848. L’expérience est décisive : Saint-Victor observe de près l’écrivain engagé dans l’action publique et découvre les mécanismes de la presse politique. Il ne conserve pourtant pas le titre de comte porté dans sa famille. Fidèle à des convictions démocratiques, il préfère signer Paul de Saint-Victor, nom sous lequel il entrera dans la vie littéraire.
Les débuts dans la presse
Après 1848, il doit vivre de son travail. Le journalisme devient sa profession et la critique son domaine. En 1851, il entre au Pays, quotidien favorable au pouvoir bonapartiste, où il assure la chronique littéraire et dramatique. Cette position lui impose un rythme soutenu : voir les pièces, suivre les expositions, lire les nouveautés, puis produire rapidement un jugement destiné à un large public.
Saint-Victor appartient à une génération pour laquelle le feuilleton est à la fois information, essai et spectacle de style. Il ne se contente pas de résumer une intrigue ou de distribuer éloges et reproches. Chaque article lui permet de replacer l’œuvre dans une histoire longue, de comparer une actrice à une héroïne antique, un peintre à un maître de la Renaissance ou une mise en scène contemporaine aux principes de la tragédie grecque.

Succéder à Théophile Gautier
En 1855, il succède à Théophile Gautier comme critique dramatique à La Presse. La comparaison avec son prédécesseur s’impose naturellement. Les deux hommes partagent le goût des images éclatantes, de la couleur et des rapprochements inattendus. Gautier admire la densité de sa prose, faite de métaphores enchaînées et de phrases ciselées. Saint-Victor devient rapidement l’une des voix les plus remarquées de la critique romantique tardive.

Ses chroniques couvrent le théâtre, mais aussi les Salons, la littérature et l’histoire de l’art. Il fréquente Théophile Gautier, Eugène Delacroix, les frères Goncourt, Victor Hugo et George Sand, avec laquelle il entretient une correspondance. Cette sociabilité littéraire ne l’empêche pas de jugements tranchés. Son tempérament polémique et ses fidélités esthétiques donnent parfois à ses textes un caractère partisan, mais ils expliquent aussi leur puissance et leur lisibilité.
Un critique d’art nourri par l’Antiquité
Saint-Victor admire la grande peinture, la sculpture et le théâtre lorsque les œuvres lui semblent atteindre une intensité presque mythique. Ses articles sur l’art sont réunis ou remaniés en volumes. Les Dieux et les Demi-Dieux de la peinture, publié en 1864, puis Hommes et dieux, en 1867, font dialoguer l’histoire, la littérature et les arts. Il y présente les artistes comme des créateurs de mondes, capables de traduire dans une forme visible les passions et les croyances d’une époque.

Cette méthode ne correspond pas à la critique universitaire moderne. Elle repose sur l’intuition, la comparaison et l’éloquence. Saint-Victor cherche moins à établir un inventaire qu’à faire revivre une œuvre devant le lecteur. Son style abondant, très visuel, peut paraître excessif ; il fut précisément ce qui fit son succès dans la presse du Second Empire, à une époque où le critique devait transformer l’actualité culturelle en événement littéraire.
Les journaux, la guerre et la Commune
En 1866, Saint-Victor rejoint La Liberté, puis devient en 1869 feuilletoniste dramatique du Moniteur universel. Aux derniers mois du Second Empire, il est nommé inspecteur général des Beaux-Arts. La guerre franco-prussienne de 1870 et la Commune de Paris bouleversent son environnement. Dans Barbares et Bandits. La Prusse et la Commune, publié en 1871, il rassemble des textes de circonstance d’une grande violence polémique, dirigés successivement contre l’armée prussienne et contre les insurgés.
Ce livre montre les limites de son regard politique autant que l’intensité de son patriotisme. L’auteur mobilise l’histoire antique et le vocabulaire de la barbarie pour commenter les traumatismes contemporains. Il demeure ensuite au Moniteur universel, où ses feuilletons continuent de toucher un public qui reconnaît immédiatement sa manière : érudition classique, images nombreuses et goût de la formule.
Le vaste chantier des Deux Masques
Dans ses dernières années, Saint-Victor entreprend son œuvre la plus ambitieuse, Les Deux Masques. Il veut raconter l’histoire de la tragédie et de la comédie depuis l’Antiquité jusqu’au théâtre moderne. Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane, le théâtre indien, Shakespeare et la scène française doivent trouver place dans cette vaste construction. Le projet révèle sa conviction profonde : les formes théâtrales changent, mais les grandes passions humaines se répondent à travers les siècles.
Le premier volume paraît en 1880. La maladie interrompt toutefois le chantier. Atteint depuis longtemps de diabète, auquel s’ajoute une affection pulmonaire, Paul de Saint-Victor meurt à Paris le 9 juillet 1881, deux jours avant son cinquante-sixième anniversaire. Ses obsèques ont lieu à l’église Saint-Germain-des-Prés. Victor Hugo prononce un hommage à son ami. Après un dépôt dans le caveau familial de Versailles, il est définitivement inhumé au Père-Lachaise le 10 décembre 1881.

Une partie importante de son œuvre paraît après sa mort : les volumes suivants des Deux Masques, une étude sur Victor Hugo, Anciens et modernes et Le Théâtre contemporain. Cette publication posthume confirme que sa production ne se limitait pas à l’actualité éphémère des journaux. Ses feuilletons, rassemblés et ordonnés, composent un panorama de la vie artistique et théâtrale du XIXe siècle, porté par une prose dont l’éclat fut admiré autant que discuté.
Œuvres principales
- Les Dieux et les Demi-Dieux de la peinture (1864).
- Hommes et dieux, études d’histoire et de littérature (1867).
- Barbares et Bandits. La Prusse et la Commune (1871).
- Les Deux Masques : tragédie, comédie (1880-1884, trois volumes, dont une partie posthume).
- Victor Hugo (1884, publication posthume).
- Anciens et modernes (1886, publication posthume).
- Le Théâtre contemporain : Émile Augier, Alexandre Dumas fils (1889, publication posthume).
Distinctions et fonctions
- Secrétaire d’Alphonse de Lamartine pendant la Révolution de 1848.
- Critique littéraire et dramatique au Pays, à La Presse, à La Liberté et au Moniteur universel.
- Inspecteur général des Beaux-Arts en 1870.
- Chevalier de la Légion d’honneur en 1860.
- Officier de la Légion d’honneur en 1879.