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ROBERTSON Étienne-Gaspard

Qui est Étienne-Gaspard Robertson ?

Nom complet : Étienne-Gaspard Robert, dit Robertson.
Naissance : 15 juin 1763 (Liège, Belgique).
Mort : 2 juillet 1837 (Paris, France) à 74 ans.
Activités : Dessinateur, peintre, mécanicien, opticien, physicien-aéronaute, fantasmagorien et mémorialiste.

Où se trouve la tombe de Robertson ?

Étienne-Gaspard Robertson repose au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 08, avenue Casimir-Périer, première ligne. Son imposant monument se repère facilement par son sarcophage élevé et ses bas-reliefs consacrés à la fantasmagorie et aux aérostats.

Plan du cimetière du Père-Lachaise – division 08
Plan du cimetière du Père-Lachaise : la tombe de Robertson se situe dans la division 08.

Le monument funéraire de Robertson au Père-Lachaise

Classé parmi les sépultures les plus singulières du Père-Lachaise, le tombeau de Robertson traduit dans la pierre les trois domaines que l’inscription associe à son nom : « Physique, Fantasmagorie, Aérostats ». L’architecte Guillard conçut un haut monument rectangulaire couronné par un sarcophage à l’antique, tandis que le sculpteur François Hardouin réalisa son décor. Guirlandes de cyprès, têtes de mort ailées et chouettes aux ailes déployées composent un vocabulaire funéraire théâtral, parfaitement accordé à l’univers du fantasmagore.

Les deux grands bas-reliefs latéraux résument sa carrière. L’un montre une séance de fantasmagorie : des apparitions squelettiques surgissent devant une foule saisie d’effroi, où une mère protège son enfant. L’autre représente une ascension en ballon observée depuis le sol. Le monument, haut d’environ quatre mètres, fonctionne ainsi comme une autobiographie sculptée et comme l’ultime mise en scène d’un homme qui avait fait de la lumière, de l’air et de l’illusion les matières de son œuvre.

Tombe de Robertson au Père-Lachaise, division 08
Vue d’ensemble du monument funéraire de Robertson, division 08. Wikimedia Commons, licence libre.
Bas-relief du monument funéraire de Robertson
Détail d’un bas-relief du tombeau de Robertson. Wikimedia Commons, licence libre.

Biographie d’Étienne-Gaspard Robertson

Né à Liège le 15 juin 1763 sous le nom d’Étienne-Gaspard Robert, celui qui adoptera le nom de Robertson appartient à cette génération de la fin des Lumières qui ne sépare pas nettement les arts, les sciences et le spectacle. Dessinateur et peintre habile, passionné de mécanique, d’optique et d’aérostation, il devient l’un des plus célèbres créateurs de fantasmagories. Ses images de spectres projetées dans l’obscurité, animées par des dispositifs mobiles et accompagnées de sons inquiétants, comptent parmi les expériences visuelles qui préparent l’imaginaire du cinéma.

De Liège à Paris : les arts au service de la physique

Formé à Louvain, Robert s’intéresse très tôt aux phénomènes optiques et aux machines. Il enseigne la physique et pratique le dessin, deux compétences qui se complètent dans toute son œuvre future. Arrivé à Paris pendant la Révolution, il gagne d’abord sa vie grâce à ses talents artistiques, tout en fréquentant les démonstrations scientifiques. Le contexte est propice : l’électricité, le galvanisme, les ballons et les instruments d’optique fascinent un public avide de nouveautés.

Expériences physiques de Robertson en 1797
Expériences physiques de Robertson en 1797, gravure publiée dans ses Mémoires. Wikimedia Commons, domaine public.

Robertson se présente comme un « physicien » au sens alors courant : un démonstrateur capable de rendre visibles et spectaculaires les lois de la nature. Il imagine notamment des miroirs ardents et divers appareils, et mêle à ses conférences des expériences électriques ou galvaniques. En 1801, il assiste Alessandro Volta lors d’une présentation à l’Institut national devant Bonaparte, faisant jaillir une étincelle pour enflammer de l’hydrogène. Chez lui, la preuve scientifique devient déjà une scène.

La naissance des fantasmagories

En 1798, Robertson ouvre au pavillon de l’Échiquier ses premières séances parisiennes de « fantasmagorie ». Le succès repose sur un appareil perfectionné, bientôt appelé fantascope : une lanterne magique montée sur rails, déplacée derrière un écran translucide. En rapprochant ou en éloignant la lanterne, l’opérateur agrandit ou réduit l’image, donnant l’impression qu’un fantôme s’avance vers les spectateurs ou s’évanouit. Des plaques de verre peintes, des projections sur fumée, des changements de mise au point et plusieurs lanternes permettent des métamorphoses saisissantes.

Séance de fantasmagorie de Robertson
Une séance de fantasmagorie de Robertson : apparitions projetées et public terrifié. Wikimedia Commons, domaine public.

L’illusion ne dépend pas seulement de l’image. Robertson organise un parcours complet : corridors obscurs, décors funèbres, lampe sépulcrale, silence, fumées, roulements de tonnerre, cloches et voix inquiétantes préparent les visiteurs. À partir de 1799, l’ancien couvent des Capucines, près de la place Vendôme, lui offre un cadre idéal avec ses cloîtres, ses tombes et ses reliques. Les figures de Marat, Danton ou Robespierre voisinent avec Méduse, la nonne sanglante, des squelettes et des scènes bibliques. Le public, encore marqué par la Terreur, voit littéralement revenir les morts récents.

Interprétation d’une fantasmagorie de Robertson
Interprétation au XIXe siècle d’une fantasmagorie inspirée par Robertson. Wikimedia Commons, domaine public.

Entre pédagogie des Lumières et art de l’effroi

Robertson affirme vouloir combattre la superstition en montrant que les apparitions relèvent de procédés physiques. Pourtant, il protège jalousement ses secrets et entretient l’ambiguïté. Ses discours invoquent la philosophie, mais toute la mise en scène pousse le public à suspendre sa raison. Cette tension fait sa modernité : il transforme une technique connue, la lanterne magique, en expérience immersive où architecture, image, mouvement, son et psychologie concourent au même effet.

En 1799, il dépose un brevet et tente de conserver le monopole du fantascope. D’anciens assistants et des concurrents imitent cependant ses procédés. Le procès qu’il engage l’oblige à en révéler le fonctionnement et contribue paradoxalement à diffuser la fantasmagorie dans toute l’Europe. Son influence dépasse donc ses propres spectacles : elle nourrit l’histoire de l’illusion scénique, de la lanterne de projection et, plus tard, du cinéma fantastique.

Le physicien-aéronaute

La fascination de Robertson pour l’invisible s’étend à l’atmosphère. En 1802, il acquiert le ballon à gaz L’Entreprenant, issu des anciennes compagnies d’aérostiers militaires. Ses ascensions sont à la fois des exploits publics et des laboratoires volants. Le 18 juillet 1803, à Hambourg, il monte avec Lhoëst à une altitude annoncée d’environ 7 170 mètres, record remarquable pour l’époque, et réalise des observations sur l’électricité et le magnétisme.

Aérostats et ascensions de Robertson
Les expériences aérostatiques de Robertson, illustrées dans ses Mémoires. Wikimedia Commons, domaine public.

Il poursuit sa route vers la Russie et réalise le 30 juin 1804 une première ascension à Saint-Pétersbourg. On le retrouve ensuite à Stockholm en 1806, puis dans d’autres expériences aériennes, notamment avec Jean-Baptiste Olivier Garnerin en 1815. Ses projets, parfois très ambitieux, imaginent des vaisseaux aériens destinés aux voyages et aux découvertes. Même lorsqu’ils demeurent spéculatifs, ils témoignent de sa volonté constante d’unir invention, exploration et spectacle.

Projet de vaisseau aérien Minerva de Robertson en 1804
Minerva, projet de vaisseau aérien destiné aux découvertes, 1804. Wikimedia Commons, domaine public.

Tivoli, les Mémoires et la postérité

De retour à Paris, Robertson demeure un entrepreneur de spectacles. Le 14 mai 1826, il inaugure le troisième jardin de Tivoli, lieu de divertissements installé dans l’ancien domaine du pavillon La Bouëxière. À la fin de sa vie, il fixe ses souvenirs dans les deux volumes des Mémoires récréatifs, scientifiques et anecdotiques d’un physicien-aéronaute, publiés à partir de 1831. Récits de voyages, machines, expériences et souvenirs de scène y composent l’autoportrait d’un témoin exceptionnel de la culture spectaculaire autour de 1800.

Robertson meurt aux Batignolles le 2 juillet 1837. Son œuvre se situe au croisement de plusieurs histoires : celle de la vulgarisation scientifique, de l’aérostation, de la magie scénique et des techniques de projection. Sa fantasmagorie ne constitue pas encore du cinéma, mais elle invente une relation nouvelle entre une image mouvante, un dispositif caché et un public plongé dans l’obscurité. Sa rue natale de Liège porte aujourd’hui son nom, tandis que son tombeau parisien perpétue dans la pierre le souvenir de ses spectres et de ses ballons.

Œuvres, inventions et réalisations de Robertson

  • Séances de fantasmagorie au pavillon de l’Échiquier à partir de 1798, puis au couvent des Capucines à partir de 1799.
  • Perfectionnement et diffusion du fantascope, lanterne de projection mobile permettant l’agrandissement et le mouvement apparent des figures.
  • Démonstrations publiques de physique, d’électricité et de galvanisme.
  • Nombreuses ascensions aérostatiques en Europe, notamment à Hambourg et à Saint-Pétersbourg.
  • Projets de machines volantes et de vaisseaux aériens, dont la Minerva.
  • Mémoires récréatifs, scientifiques et anecdotiques d’un physicien-aéronaute, deux volumes, à partir de 1831.
  • Inauguration et direction du troisième jardin de Tivoli à Paris en 1826.

Fonctions, sociétés savantes et hommages

  • Professeur de physique au Collège central du département de l’Ourthe.
  • Membre de la Société galvanique de Paris.
  • Membre de la Société des arts et des sciences de Hambourg.
  • Membre de la Société d’émulation de Liège.
  • La rue Robertson à Liège porte son nom.
  • Son monument du Père-Lachaise est inscrit au titre des monuments historiques avec plusieurs sépultures remarquables du cimetière.