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REYNAUD Jean

Qui est Jean Reynaud ?

Nom complet : Jean Ernest Reynaud.
Naissance : 14 février 1806 (Lyon, France).
Mort : 28 juin 1863 (Paris, France) à 57 ans.
Activité : Philosophe, ingénieur des mines, géologue et homme politique.
Notoriété : Codirecteur avec Pierre Leroux de l’Encyclopédie nouvelle, auteur de Terre et Ciel et représentant de la Moselle en 1848.

Où se trouve la tombe de Jean Reynaud ?

La tombe de Jean Reynaud se trouve dans la 72e division du cimetière du Père-Lachaise.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 72
Plan du cimetière du Père-Lachaise : la sépulture se trouve dans la division 72.

Le monument funéraire de Jean Reynaud au Père-Lachaise

Élevé à l’initiative de son épouse Léonie, le monument de Jean Reynaud associe architecture, portrait et allégorie.

Le monument funéraire de Jean Reynaud se présente comme une haute construction de pierre à l’architecture très sculpturale. Sa partie centrale est occupée par une spectaculaire figure ailée en haut-relief, le Génie de l’Immortalité, œuvre d’Henri Chapu. Le personnage semble s’élever dans la pierre, les bras tendus vers le sommet du monument, donnant à l’ensemble un fort mouvement ascendant.

Sous cette figure apparaît un médaillon en bronze représentant Jean Reynaud de profil, réalisé par David d’Angers. Le contraste entre le bronze sombre du portrait et la pierre claire attire naturellement le regard vers l’effigie du philosophe.

La partie supérieure du monument porte l’inscription « IMMORTALITÉ », en accord avec le thème de la sculpture. Une petite grille métallique délimite la sépulture à sa base. Par ses dimensions, son portrait en bronze et surtout son grand relief allégorique, le tombeau de Jean Reynaud compte parmi les monuments funéraires particulièrement expressifs du Père-Lachaise.

Monument funéraire de Jean Reynaud au Père-Lachaise, division 72
Vue générale du monument de Jean Reynaud. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
Allégorie et médaillon sur la tombe de Jean Reynaud
Le monument orné du Génie de l’Immortalité par Henri Chapu et du médaillon de David d’Angers. Photo : ManoSolo13241324 / Wikimedia Commons, domaine public.

Biographie de Jean Reynaud

Jean Ernest Reynaud naît à Lyon le 14 février 1806. Orphelin de bonne heure, il est placé sous la tutelle d’Antoine Merlin de Thionville, ancien conventionnel et général. Cette présence familiale contribue à son éveil politique. Il étudie au collège royal de Lyon, puis entre en 1824 à l’École polytechnique, au moment où la formation scientifique apparaît comme l’un des chemins privilégiés vers le service de l’État.

Portrait de Jean Ernest Reynaud
Portrait de Jean Ernest Reynaud, philosophe et ingénieur. Auteur anonyme / Wikimedia Commons, domaine public.

De Polytechnique au corps des mines

Sorti de Polytechnique en 1826, Reynaud poursuit sa formation à l’École des mines de Paris. Il y acquiert une culture rigoureuse en géologie, minéralogie et techniques minières. Ses études le conduisent à observer directement les terrains et les exploitations. En 1829, il effectue un long voyage scientifique en Allemagne, dans le Harz, la Forêt-Noire, la Saxe et plusieurs États du Nord, avant de visiter les mines de Belgique et des Pays-Bas.

À sa sortie de l’École des mines, il est envoyé en Corse. Son travail sur la constitution géologique de l’île paraît dans les premiers volumes des Mémoires de la Société géologique de France. Cette expérience de terrain façonne durablement sa pensée : chez lui, les sciences de la Terre ne restent jamais isolées des questions relatives à l’histoire humaine, au progrès et à la place de l’homme dans l’univers.

Son frère aîné Léonce Reynaud devient lui aussi un ingénieur de premier plan, architecte de phares et futur directeur de l’École des ponts et chaussées. Leur frère Aimé Félix fera carrière dans la marine jusqu’au grade de vice-amiral. Jean choisit pour sa part une voie où la science, la philosophie sociale et l’engagement politique vont progressivement se rejoindre.

Médaillon représentant Jean Reynaud par David d’Angers
Portrait sculpté de Jean Reynaud par Pierre-Jean David d’Angers. Musée d’Orsay / Wikimedia Commons, domaine public.

L’expérience saint-simonienne

La révolution de Juillet 1830 ouvre une période de profondes interrogations politiques. Reynaud se rapproche du saint-simonisme, mouvement qui entend réorganiser la société autour du travail, de la science et de l’industrie. Il participe à son activité militante et intellectuelle, écrit dans L’Organisateur et Le Globe, prend part aux missions de province et prononce des conférences.

Dans sa Prédication sur la constitution de la propriété, il interroge la transmission des richesses, les privilèges de naissance et le rôle social du travail. Il estime que la Révolution française n’a pas achevé l’émancipation politique et matérielle des travailleurs. Son adhésion ne signifie toutefois pas une soumission durable au mouvement. Lorsque la communauté saint-simonienne prend sous Prosper Enfantin une orientation religieuse et autoritaire, Reynaud s’en éloigne.

En 1832, il expose cette rupture dans De la Société saint-simonienne et des causes qui ont amené sa dissolution. Il conserve de Saint-Simon le souci de l’organisation sociale et la confiance dans le progrès des connaissances, mais refuse la transformation du groupe en Église. Cette indépendance annonce sa démarche future : chercher une synthèse intellectuelle sans accepter l’orthodoxie d’une école.

Une encyclopédie pour le XIXe siècle

Reynaud retrouve alors Pierre Leroux, autre ancien saint-simonien. Ensemble, ils reprennent la Revue encyclopédique, puis lancent l’Encyclopédie nouvelle. Publiée à partir de 1836, l’entreprise ambitionne de proposer un dictionnaire philosophique, scientifique, littéraire et industriel capable de présenter les connaissances de leur siècle tout en les reliant à une idée générale du progrès.

Reynaud ne se contente pas d’en assurer la direction. Il rédige de nombreux articles sur les sciences naturelles, l’histoire, les religions et les institutions. L’encyclopédie devient le laboratoire de sa pensée. Il y cherche des liens entre la géologie, la destinée des sociétés et les aspirations spirituelles de l’humanité. Plusieurs de ses livres ultérieurs sont issus de ces travaux.

Couverture du second tome de l’Encyclopédie nouvelle dirigée par Pierre Leroux et Jean Reynaud
Couverture du second tome de l’Encyclopédie nouvelle, 1836, dirigée par Pierre Leroux et Jean Reynaud. Wikimedia Commons, domaine public.

Il publie également Minéralogie des gens du monde, puis l’Histoire élémentaire des minéraux usuels en 1842. Ces ouvrages veulent rendre les sciences accessibles au-delà des milieux spécialisés. Son activité géologique reste réelle, mais elle est désormais inséparable de son projet d’éducation générale et d’émancipation par le savoir.

Portrait de Pierre Leroux, collaborateur de Jean Reynaud, par Nadar
Pierre Leroux, philosophe et codirecteur de l’Encyclopédie nouvelle, photographié par Nadar. Wikimedia Commons, domaine public.

La Deuxième République et l’instruction publique

La révolution de février 1848 fait entrer Reynaud dans l’action gouvernementale. Hippolyte Carnot, ministre de l’Instruction publique, l’appelle auprès de lui comme sous-secrétaire d’État. Avec son ami Édouard Charton, Reynaud travaille à une réforme ambitieuse de l’enseignement. Il participe aussi à la fondation de l’École d’administration, destinée à former les futurs serviteurs de la République.

Le 23 avril 1848, les électeurs de la Moselle l’envoient à l’Assemblée nationale constituante. Il siège dans la gauche modérée. Son mandat se déroule dans une République traversée par les conflits sociaux, les journées de Juin et la progression du parti de l’Ordre. Lorsque Carnot doit quitter le ministère en juillet, Reynaud abandonne également ses fonctions exécutives.

À l’Assemblée, il intervient sur l’instruction, les cultes et les questions sociales. Il défend une République fondée sur l’éducation et la participation civique. Il n’est pas réélu en 1849, tandis que l’École d’administration est supprimée. Son expérience politique nationale aura été brève, mais elle traduit avec netteté la cohérence de ses engagements : former des citoyens, rapprocher les savoirs et donner aux institutions une base démocratique.

Le refus du Second Empire

Reynaud enseigne la législation et l’économie industrielle à l’École des mines de Paris entre 1848 et 1851. Le coup d’État du 2 décembre 1851 met fin à cette fonction. Refusant de prêter serment au nouveau pouvoir de Louis-Napoléon Bonaparte, il est considéré comme démissionnaire. Ce retrait forcé l’éloigne des institutions officielles et le ramène à l’écriture philosophique.

Cette décision n’est pas un simple épisode administratif. Elle confirme son attachement à la République et son refus d’associer son enseignement au régime autoritaire qui devient bientôt le Second Empire. Désormais, son influence passe principalement par ses livres et par le réseau de savants, d’écrivains et de républicains qui l’entourent.

Gravure représentant Jean Reynaud
Jean Reynaud d’après un dessin de Léonie Reynaud, gravure de Tamisier. Wikimedia Commons, domaine public.

Terre et Ciel, une philosophie religieuse

En 1854 paraît Terre et Ciel, son ouvrage le plus célèbre. Reynaud y tente de réconcilier la science moderne, la croyance dans le progrès et une spiritualité libérée des dogmes traditionnels. Il imagine une destinée humaine se poursuivant de monde en monde et développe une conception de la palingénésie, selon laquelle l’existence terrestre s’inscrit dans une succession d’étapes au sein de l’univers.

Cette cosmologie philosophique mêle astronomie, réflexion morale, histoire des religions et interrogation sur l’immortalité. Reynaud rejette notamment l’idée de peines éternelles. Il s’intéresse aux traditions de la Gaule et au druidisme, dans lesquels il croit reconnaître une intuition ancienne de la progression des âmes. Le livre rencontre un large public, mais provoque une vive opposition catholique.

En 1857, un concile d’évêques réuni à Périgueux condamne Terre et Ciel. Reynaud répond par un texte adressé au concile. La controverse contribue à la diffusion de l’ouvrage, qui sera également lu dans les milieux spirites. Allan Kardec verra en lui l’un des précurseurs de certaines conceptions du spiritisme, même si Reynaud avait élaboré sa doctrine dans un cadre intellectuel propre.

Les dernières années

Reynaud poursuit ses travaux, publie L’Esprit de la Gaule et prépare diverses études encyclopédiques. En 1843, il avait épousé Léonie Félicité Quenouille, qui partage sa vie jusqu’à sa mort et veillera ensuite à préserver sa mémoire. Il reste proche d’hommes comme Hippolyte Carnot, Édouard Charton, Henri Martin, Frédéric Le Play et Ernest Legouvé, malgré les différences politiques ou philosophiques qui peuvent les séparer.

Il meurt à Paris le 28 juin 1863, à l’âge de 57 ans, après une maladie douloureuse. Ses obsèques réunissent ses amis républicains, scientifiques et littéraires. Il est inhumé au Père-Lachaise, dans la 72e division. Léonie Reynaud fait élever le monument qui unit le portrait de David d’Angers à l’allégorie de Chapu.

Après sa mort, son épouse institue le prix Jean-Reynaud, confié à l’Institut de France et destiné à distinguer une œuvre originale présentant un caractère d’invention et de nouveauté. Une médaille Jean-Reynaud continue d’être attribuée par l’Académie des inscriptions et belles-lettres. La présence de ce nom dans les prix académiques prolonge ainsi l’ambition qui avait guidé l’Encyclopédie nouvelle : encourager les savoirs capables d’ouvrir des voies nouvelles.

Œuvres principales de Jean Reynaud

  • Religion saint-simonienne. Prédication sur la constitution de la propriété (1831).
  • De la Société saint-simonienne et des causes qui ont amené sa dissolution (1832).
  • Minéralogie des gens du monde (1836).
  • Encyclopédie nouvelle, codirigée avec Pierre Leroux à partir de 1836.
  • Discours sur la condition physique de la Terre (1840).
  • Histoire élémentaire des minéraux usuels (1842).
  • Considérations sur l’esprit de la Gaule (1847), puis L’Esprit de la Gaule.
  • Terre et Ciel (1854).
  • Vie et correspondance de Merlin de Thionville (1860, édition scientifique).

Distinctions et fonctions

  • Ancien élève de l’École polytechnique, promotion 1824.
  • Ingénieur du corps des mines.
  • Codirecteur de l’Encyclopédie nouvelle avec Pierre Leroux.
  • Sous-secrétaire d’État à l’Instruction publique en 1848.
  • Représentant de la Moselle à l’Assemblée nationale constituante de 1848 à 1849.
  • Professeur de législation et d’économie industrielle à l’École des mines de Paris de 1848 à 1851.
  • Fondateur associé de l’École d’administration en 1848.
  • Prix Jean-Reynaud institué après sa mort par son épouse auprès de l’Institut de France.