Qui est Henri de Régnier ?
Nom complet : Henri François Joseph de Régnier.
Naissance : 28 décembre 1864 (Honfleur, France).
Mort : 23 mai 1936 (Paris, France) à 71 ans.
Activité : Écrivain, poète, romancier, conteur et critique littéraire.
Notoriété : Représentant majeur du symbolisme français, membre de l’Académie française et chroniqueur littéraire du Figaro.
Où se trouve la tombe de Henri de Régnier ?
La tombe de Henri de Régnier se trouve dans la 86e division du cimetière du Père-Lachaise à Paris.

Le monument funéraire de Henri de Régnier au Père-Lachaise
La sépulture de Henri de Régnier, située dans la 86e division du Père-Lachaise, prend la forme d’une grande dalle de pierre légèrement bombée, posée sur un soubassement rectangulaire. À son extrémité, un petit élément surélevé porte une croix sculptée en relief.
La surface de la dalle est couverte de plusieurs inscriptions funéraires gravées, parmi lesquelles apparaît le nom de l’écrivain et académicien Henri de Régnier. La pierre, très exposée aux intempéries, est aujourd’hui ponctuée de lichens et de traces de vieillissement qui accentuent l’aspect ancien du monument.


Biographie de Henri de Régnier
Henri François Joseph de Régnier naît à Honfleur le 28 décembre 1864. Il appartient à une famille d’origine lorraine qui choisit la France après l’annexion de l’Alsace-Lorraine. Son enfance et son adolescence se déroulent dans un milieu cultivé où la tradition familiale paraît d’abord le destiner à une carrière publique. Élève au collège Stanislas à Paris, il entreprend des études de droit avec la perspective d’entrer dans la diplomatie. La littérature l’attire cependant bien davantage que l’administration.

L’entrée dans le monde symboliste
Dans le Paris littéraire des années 1880, Régnier fréquente les revues et les cercles où s’élabore une poésie nouvelle. Ses premiers textes portent encore la marque du Parnasse et de Leconte de Lisle, mais il se rapproche bientôt de Jean Moréas, Gustave Kahn et Francis Vielé-Griffin. Surtout, il devient un habitué des « mardis » de Stéphane Mallarmé, rue de Rome. Ces rencontres lui apprennent une conception exigeante du poème, fondée sur la suggestion, la musique verbale et la puissance mystérieuse des images.
Ses premiers recueils, parmi lesquels Les Lendemains, Apaisement puis Poèmes anciens et romanesques, le font reconnaître comme l’une des voix du symbolisme. Régnier ne rompt pourtant jamais complètement avec la clarté classique. Sa poésie associe les paysages rêvés, les jardins, les eaux, les miroirs, les statues et les mythes antiques à une forme de plus en plus libre. Cette alliance entre discipline et suggestion devient sa signature.
Avec Tel qu’en songe, Aréthuse, Les Jeux rustiques et divins et Les Médailles d’argile, il construit un univers immédiatement reconnaissable. Les décors semblent souvent hors du temps : parcs silencieux, fontaines, palais anciens et figures mythologiques deviennent les supports d’une méditation sur le désir, la mémoire et la fuite des heures.

José-Maria de Heredia et Marie de Régnier
Une rencontre compte particulièrement dans sa vie littéraire et personnelle : celle de José-Maria de Heredia, maître du sonnet parnassien et futur académicien. Régnier fréquente assidûment la maison des Heredia, lieu de sociabilité où se croisent écrivains et artistes. En 1896, il épouse Marie de Heredia, l’une des trois filles du poète. Elle est elle-même une autrice remarquable, qui publiera poèmes et romans sous le nom de Gérard d’Houville.
Cette union rapproche encore Régnier du Parnasse, mais elle est affectivement complexe. Marie entretient une longue relation avec Pierre Louÿs, ami de son mari et figure centrale de leur cercle. Pierre de Régnier, né en 1898 et élevé comme le fils de Henri, est généralement tenu pour le fils naturel de Louÿs. Sans réduire leurs œuvres à leur vie privée, cet entrelacement éclaire le milieu littéraire de la Belle Époque, fait de collaborations, de rivalités et de fidélités croisées.

Du poème au roman
Régnier ne se limite pas à la poésie. Dès les années 1890, il publie des contes et des proses brèves réunies notamment dans Contes à soi-même et La Canne de jaspe. Il devient ensuite un romancier abondant. La Double Maîtresse, paru en 1900, explore les jeux du désir, de l’identité et de la jalousie. Le livre, parfois qualifié rétrospectivement de roman « freudien avant l’heure », confirme sa capacité à transposer dans le récit les ambiguïtés qui traversent son œuvre poétique.
Suivent Le Bon Plaisir, Le Mariage de minuit, Les Vacances d’un jeune homme sage, Les Rencontres de Monsieur de Bréot, Le Passé vivant et La Peur de l’amour. Régnier nourrit une prédilection pour le XVIIIe siècle. Il en reprend les décors, l’élégance et les libertés de ton, tout en observant les passions avec une sensibilité moderne. Ses récits mêlent souvent pastiche, ironie, sensualité et cruauté contenue.
Venise occupe également une place privilégiée dans son imaginaire. Il y séjourne à de nombreuses reprises et en fait une ville intérieure, associée au souvenir et à la beauté menacée. Esquisses vénitiennes, Contes vénitiens et surtout L’Altana ou la vie vénitienne témoignent de cette fidélité. La cité lagunaire lui offre le décor idéal pour relier le présent à la survivance du passé.

Un critique influent au Figaro
Parallèlement à ses livres, Régnier mène une activité régulière de critique. Il collabore au Mercure de France, l’une des grandes revues de la génération symboliste, puis tient durant de longues années le feuilleton littéraire du Figaro. Cette position lui donne une influence réelle sur la réception des œuvres et sur la vie des lettres. Ses articles, portraits et souvenirs constituent aujourd’hui encore une chronique précieuse de son époque.
Son regard demeure celui d’un écrivain attaché à la forme, à la continuité des traditions et à la singularité des styles. Proche de nombreux auteurs, il observe aussi l’arrivée d’une génération plus jeune. Marcel Proust le lit, le fréquente et pastiche son écriture. Régnier appartient ainsi à la charnière entre la fin du XIXe siècle symboliste et les transformations littéraires du XXe siècle.

L’Académie française
La reconnaissance institutionnelle vient après un premier échec. Candidat à l’Académie française en 1908, Régnier est battu par Jean Richepin. Le 9 février 1911, il est finalement élu au fauteuil 39, précédemment occupé par Eugène-Melchior de Vogüé, par dix-huit voix contre Pierre de Nolhac. Sa réception, le 18 janvier 1912, reste célèbre pour le ton particulièrement sévère du discours d’Albert de Mun, qui critique ouvertement certains de ses romans.
Régnier prend néanmoins toute sa place sous la Coupole. Il reçoit à son tour Pierre de La Gorce, René Boylesve, Henry Bordeaux et Pierre Benoit. Son élection consacre une œuvre déjà considérable et marque l’entrée officielle du symbolisme dans une institution longtemps méfiante envers les avant-gardes littéraires.
Les dernières décennies
La Première Guerre mondiale infléchit son écriture sans interrompre son travail. Il publie 1914-1916, puis poursuit poésie et prose avec Vestigia flammae, La Pécheresse, L’Escapade, Flamma tenax et Airs pour l’écho. Dans ces livres tardifs, la mémoire devient plus présente. L’écrivain revient sur les lieux, les figures et les sensations d’un monde dont il mesure la disparition.
Il rassemble également portraits, souvenirs et réflexions dans plusieurs volumes, dont De mon temps. Son élégance, sa réserve et une certaine distance ironique contribuent à son personnage public. Grand officier de la Légion d’honneur en 1935, il demeure jusqu’à sa mort une personnalité reconnue de la vie littéraire française.
Henri de Régnier meurt le 23 mai 1936 dans le 16e arrondissement de Paris, à l’âge de 71 ans. Il est inhumé au Père-Lachaise. Son œuvre, longtemps moins lue que celle de Mallarmé, Verlaine ou Valéry, fait depuis plusieurs décennies l’objet d’une redécouverte. Ses carnets et manuscrits conservés notamment à la Bibliothèque nationale de France permettent de mieux comprendre un écrivain qui sut faire dialoguer le Parnasse, le symbolisme et la tradition classique.
Principales œuvres de Henri de Régnier
- Poèmes anciens et romanesques (1889-1890).
- Tel qu’en songe (1892-1894).
- Aréthuse (1895).
- Les Jeux rustiques et divins (1897).
- Les Médailles d’argile (1900).
- La Cité des eaux (1902).
- La Sandale ailée (1906).
- Le Miroir des heures (1910).
- Vestigia flammae (1921) et Flamma tenax (1928).
- La Double Maîtresse (1900).
- Les Rencontres de Monsieur de Bréot (1904).
- Le Passé vivant (1905).
- La Pécheresse (1920).
- L’Altana ou la vie vénitienne (1928).
Distinctions et fonctions
- Élu à l’Académie française le 9 février 1911, au fauteuil 39.
- Reçu sous la Coupole le 18 janvier 1912.
- Critique et chroniqueur littéraire au Figaro.
- Collaborateur du Mercure de France et de nombreuses revues.
- Grand officier de la Légion d’honneur en 1935.