Catégories
Tombe

NAGY Imre

Qui est Imre Nagy ?

Nom complet : Imre Nagy.
Naissance : 7 juin 1896 (Kaposvár, Hongrie).
Mort : 16 juin 1958 (Budapest, Hongrie) à 62 ans, exécuté par pendaison.
Activités : homme d’État hongrois, économiste spécialiste des questions agricoles.
Notoriété : président du Conseil des ministres de Hongrie de 1953 à 1955, puis chef du gouvernement durant la révolution hongroise de 1956.

Où se trouve le monument d’Imre Nagy ?

Le monument consacré à Imre Nagy se trouve dans la division 44 du cimetière du Père-Lachaise, en bordure du chemin des Quinconces. Il s’agit d’un cénotaphe, c’est-à-dire d’une tombe symbolique : la dépouille d’Imre Nagy repose à Budapest, au Nouveau cimetière municipal de Rákoskeresztúr.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 44
Plan du cimetière du Père-Lachaise : le cénotaphe d’Imre Nagy se situe dans la division 44.

Le monument commémoratif d’Imre Nagy au Père-Lachaise

La Ligue hongroise des droits de l’Homme fit ériger ce cénotaphe en 1988, pour le trentième anniversaire de l’exécution d’Imre Nagy et de ses compagnons. À cette date, le régime communiste hongrois refusait encore une sépulture publique aux dirigeants condamnés après la révolution de 1956. Le monument parisien offrait donc à l’émigration hongroise et aux défenseurs des libertés un lieu où se recueillir.

L’œuvre prend la forme d’un assemblage contemporain de grandes feuilles métalliques recourbées, disposées autour d’une plaque triangulaire. L’inscription demande que « cette terre française » soit la tombe symbolique d’Imre Nagy et de tous ceux qui, trente ans après leur exécution, ne possédaient pas de sépulture dans leur patrie. Le caractère ouvert et fragmenté de la composition évoque moins un tombeau individuel qu’un mémorial collectif dédié aux victimes de la répression.

Un an après l’inauguration parisienne, le 16 juin 1989, les restes d’Imre Nagy et de plusieurs de ses compagnons furent solennellement réinhumés à Budapest. Le cénotaphe du Père-Lachaise n’en perdit pas sa raison d’être : il demeure le témoin matériel de la mobilisation menée depuis l’exil avant la réhabilitation officielle.

Vue générale du cénotaphe d’Imre Nagy au Père-Lachaise
Vue générale du cénotaphe d’Imre Nagy, division 44. Photo : NatalieMaynor, Wikimedia Commons, CC BY 2.0.
Monument commémoratif d’Imre Nagy dans la division 44
Monument commémoratif d’Imre Nagy au Père-Lachaise. Wikimedia Commons, licence libre.
Plaque et structure métallique du cénotaphe d’Imre Nagy
Détail de la plaque et de la structure métallique du cénotaphe. Wikimedia Commons, licence libre.

Biographie d’Imre Nagy

Une jeunesse ouvrière et la Première Guerre mondiale

Imre Nagy naît le 7 juin 1896 à Kaposvár, dans le sud-ouest de la Hongrie, au sein d’une famille modeste. Son père travaille comme domestique puis comme ouvrier ; sa mère est employée de maison. Après une scolarité interrompue, le jeune homme devient apprenti serrurier et travaille dans la métallurgie. Cette origine populaire, ainsi que son contact précoce avec le monde rural de la région, orienteront durablement son intérêt vers la condition paysanne et les problèmes agricoles.

Mobilisé dans l’armée austro-hongroise pendant la Première Guerre mondiale, il est envoyé sur le front oriental. Blessé puis fait prisonnier par les Russes en 1916, il assiste aux bouleversements de 1917. Il rejoint le mouvement bolchevique et adhère au communisme, choix qui détermine toute sa trajectoire politique. De retour en Hongrie après la guerre, il participe à l’activité du Parti communiste dans un pays marqué par l’effondrement de l’Empire austro-hongrois, la brève République des conseils de 1919 et la répression menée sous le régime de Miklós Horthy.

Militant clandestin et spécialiste de l’agriculture

Durant les années 1920, Nagy milite dans la clandestinité et connaît arrestations et surveillance. Il s’intéresse de plus en plus à l’organisation du monde paysan, question centrale dans une Hongrie où de vastes domaines côtoient une population rurale pauvre. En 1928, il quitte le pays ; après un passage par Vienne, il s’installe en Union soviétique en 1930. Il travaille notamment à l’Institut international agraire de Moscou et développe une expertise économique sur la propriété foncière, la production et la politique agricole.

Son long séjour soviétique reste une période complexe. Nagy participe à l’appareil communiste en exil et survit aux purges staliniennes qui frappent de nombreux militants étrangers. Les archives rendues accessibles après la chute de l’URSS ont également montré qu’il fournit des informations à la police politique soviétique durant les années 1930. Cet aspect, longtemps occulté, interdit de réduire sa trajectoire à celle d’un démocrate précoce : son évolution vers un communisme réformateur fut progressive et s’inscrivit d’abord dans le système soviétique.

Portrait d’identité d’Imre Nagy en 1945
Portrait d’identité d’Imre Nagy en 1945. Photo : Fortepan / Jánosi Katalin, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Le retour en Hongrie et la réforme agraire

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Imre Nagy revient en Hongrie avec les dirigeants communistes soutenus par Moscou. Il devient ministre de l’Agriculture dans le gouvernement provisoire formé en décembre 1944. Son nom est alors associé à la grande réforme agraire de 1945, qui démantèle une partie des grands domaines et distribue des terres à des centaines de milliers de familles paysannes. Cette mesure, très populaire, lui procure une image durable de responsable attentif au monde rural.

Il occupe ensuite plusieurs fonctions : ministre de l’Intérieur en 1945-1946, président de l’Assemblée nationale de 1947 à 1949, puis membre des instances dirigeantes du parti. Pourtant, il s’oppose à la collectivisation forcée et au rythme imposé par Mátyás Rákosi, chef du régime stalinien hongrois. Écarté puis rappelé, Nagy demeure un communiste convaincu, mais il critique les excès de la terreur politique, les objectifs industriels irréalistes et la pression exercée sur les paysans.

Premier gouvernement dirigé par Imre Nagy
Le premier gouvernement d’Imre Nagy, formé en 1953. Wikimedia Commons, document historique librement réutilisable.

Le « nouveau cours » de 1953

Après la mort de Staline, les dirigeants soviétiques cherchent à corriger les déséquilibres les plus graves dans plusieurs démocraties populaires. Le 4 juillet 1953, Imre Nagy devient président du Conseil des ministres. Son programme, souvent appelé « nouveau cours », réduit la priorité accordée à l’industrie lourde, ralentit la collectivisation, améliore l’offre de biens de consommation et permet à certains paysans de quitter les coopératives. Des internés et des prisonniers politiques sont libérés, tandis que des camps sont fermés.

Ces mesures lui valent un soutien important dans la population, mais elles rencontrent l’hostilité de Rákosi, qui conserve la direction du parti. Le rapport de forces change à Moscou et Nagy est progressivement isolé. Destitué en avril 1955, puis exclu du parti, il refuse de se soumettre à l’autocritique rituelle. Son appartement devient un point de rencontre pour des écrivains, journalistes et intellectuels souhaitant réformer le socialisme hongrois.

Imre Nagy revenant de Moscou en 1953
Imre Nagy, au centre, à son retour de Moscou en juin 1953. Photo : Fortepan / Jánosi Katalin, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Octobre 1956 : de la réforme à la révolution

Le 23 octobre 1956, une manifestation étudiante à Budapest se transforme en soulèvement national. Les manifestants réclament le retour d’Imre Nagy au gouvernement. Nommé président du Conseil dans la nuit du 23 au 24 octobre, il adopte d’abord une attitude prudente et cherche à rétablir l’ordre. Mais l’ampleur du mouvement, les combats et l’effondrement des structures staliniennes le conduisent rapidement à reprendre plusieurs revendications des insurgés.

Le 28 octobre, il annonce un cessez-le-feu, reconnaît le caractère national et démocratique du mouvement, promet la dissolution de la police politique ÁVH et engage la formation d’un gouvernement élargi. Les anciens partis politiques réapparaissent. Le 1er novembre, face aux mouvements des troupes soviétiques, Nagy proclame la neutralité de la Hongrie et son retrait du pacte de Varsovie, puis demande la protection des Nations unies. Cette décision fait de lui le visage politique de la révolution, même si son ralliement aux objectifs les plus radicaux s’est construit au fil de la crise.

Imre Nagy lors d’une réunion à Budapest en octobre 1956
Imre Nagy, au centre, lors d’une réunion au Kossuth Klub le 13 octobre 1956. Photo : Fortepan / Jánosi Katalin, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

L’intervention soviétique, l’arrestation et le procès secret

À l’aube du 4 novembre 1956, l’armée soviétique lance une offensive massive contre Budapest. Imre Nagy annonce l’attaque à la radio puis se réfugie avec plusieurs proches à l’ambassade de Yougoslavie. Malgré des garanties de libre passage, il est arrêté à sa sortie le 22 novembre et déporté avec sa famille et ses collaborateurs à Snagov, en Roumanie. Il refuse de reconnaître le gouvernement installé par János Kádár et décline les arrangements qui auraient exigé sa démission ou une rétractation.

Ramené en Hongrie, il est jugé à huis clos avec plusieurs compagnons. Le procès est conçu pour présenter l’insurrection comme une conspiration contre l’État socialiste. Imre Nagy maintient l’essentiel de ses positions et refuse de demander grâce. Condamné à mort, il est pendu le 16 juin 1958 avec Pál Maléter et Miklós Gimes. Son corps est d’abord enterré anonymement dans la cour de la prison, puis transféré sous un faux nom dans la parcelle 301 du Nouveau cimetière municipal de Budapest.

Imre Nagy photographié lors de sa détention en 1958
Imre Nagy en 1958, au temps de son procès secret. Wikimedia Commons, document d’archive librement réutilisable.

De la mémoire interdite à la réhabilitation

Pendant trois décennies, le pouvoir hongrois interdit presque toute commémoration officielle. Dans l’exil, Imre Nagy devient un symbole de la révolution écrasée et du droit de la Hongrie à choisir son avenir. C’est dans ce contexte que la Ligue hongroise des droits de l’Homme fait ériger en 1988 le cénotaphe du Père-Lachaise. L’inscription associe explicitement le Premier ministre aux autres exécutés privés de tombe reconnue.

Le 16 juin 1989, exactement trente et un ans après l’exécution, Imre Nagy et ses compagnons sont réinhumés solennellement à Budapest. Des centaines de milliers de personnes participent ou assistent à la cérémonie de la place des Héros, moment décisif de la transition démocratique hongroise. Le 6 juillet suivant, la Cour suprême annule les condamnations prononcées en 1958. La mémoire d’Imre Nagy demeure discutée en raison de son passé communiste et de ses années soviétiques, mais son refus de renier les décisions prises en 1956 et son exécution en ont fait l’une des figures majeures de l’histoire hongroise du XXe siècle.

Cérémonie de réinhumation d’Imre Nagy à Budapest en 1989
La place des Héros à Budapest lors de la réinhumation d’Imre Nagy et des martyrs de 1956, le 16 juin 1989. Fortepan / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Œuvres et actions politiques principales

  • Réforme agraire hongroise de 1945, conduite comme ministre de l’Agriculture.
  • Programme du « nouveau cours » gouvernemental de 1953 à 1955.
  • Réduction de la collectivisation forcée et assouplissement de la politique répressive.
  • Formation d’un gouvernement pluraliste durant la révolution d’octobre 1956.
  • Dissolution annoncée de la police politique ÁVH.
  • Proclamation de la neutralité hongroise et retrait du pacte de Varsovie, le 1er novembre 1956.
  • Écrits économiques et politiques consacrés notamment à l’agriculture et à la réforme du socialisme.

Fonctions et hommages

  • Ministre de l’Agriculture de 1944 à 1945.
  • Ministre de l’Intérieur de 1945 à 1946.
  • Président de l’Assemblée nationale hongroise de 1947 à 1949.
  • Président du Conseil des ministres de 1953 à 1955, puis du 24 octobre au 4 novembre 1956.
  • Cénotaphe inauguré au Père-Lachaise en 1988.
  • Réhabilitation judiciaire et réinhumation solennelle à Budapest en 1989.