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MOULOUDJI Marcel

Qui est Marcel Mouloudji ?

Nom complet : Marcel André Mouloudji.
Naissance : 16 septembre 1922 (Paris, France).
Mort : 14 juin 1994 (Neuilly-sur-Seine, France) à 71 ans.
Activités : chanteur, auteur-compositeur-interprète, acteur, écrivain et peintre.
Notoriété : grande voix de la chanson française, interprète de Comme un p’tit coquelicot, Un jour, tu verras et du Déserteur de Boris Vian.

Où se trouve la tombe de Marcel Mouloudji ?

La tombe de Marcel Mouloudji se trouve dans la division 42 du cimetière du Père-Lachaise, à Paris.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 42
Plan du cimetière du Père-Lachaise : la tombe de Marcel Mouloudji se situe dans la division 42.

Le monument funéraire de Marcel Mouloudji au Père-Lachaise

La sépulture de Marcel Mouloudji est une tombe familiale sobre, installée au bord d’une allée de la division 42. Une stèle verticale en pierre claire porte son nom complet, « Marcel André Mouloudji », ainsi que les années 1922-1994. L’inscription rouge, très lisible, constitue l’élément principal du monument.

D’autres inscriptions familiales figurent sur la dalle, notamment celle de son petit-fils Paul Hostachi.

Vue générale de la tombe de Marcel Mouloudji au Père-Lachaise
Vue générale de la tombe de Marcel Mouloudji, division 42. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
Stèle portant le nom de Marcel André Mouloudji
Détail de la stèle de Marcel André Mouloudji au Père-Lachaise. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Biographie de Marcel Mouloudji

Marcel Mouloudji naît le 16 septembre 1922 dans le 4e arrondissement de Paris. Son père, Saïd, est un maçon kabyle originaire de Leflaye, près de Sidi-Aïch, en Algérie ; sa mère, Eugénie Roux, est une aide-ménagère bretonne née à Paris. Cette double origine nourrit très tôt son sentiment d’appartenir à plusieurs mondes. La famille vit modestement dans les quartiers populaires de la capitale. Lorsque sa mère est hospitalisée pour des troubles psychiques, Marcel n’a qu’une dizaine d’années. Son père, peu instruit et mal logé, peine à élever Marcel et son frère André. L’enfance se déroule entre petits métiers, foyers provisoires et longues journées dans la rue.

Une enfance populaire et militante

Avec son frère, Marcel rejoint les Faucons rouges, mouvement de jeunesse lié aux milieux socialistes et ouvriers. Il y découvre une éducation collective, la chanson militante et le théâtre engagé. Cette expérience lui apporte un cadre et fixe des convictions de gauche qu’il conservera, sans toutefois soumettre entièrement son art à une ligne partisane. Sa voix, son visage mobile et sa présence attirent l’attention de responsables culturels proches du Front populaire.

En 1935, il rencontre le metteur en scène Sylvain Itkine, lié au Groupe Octobre, troupe de théâtre d’agit-prop à laquelle collabore Jacques Prévert. Jean-Louis Barrault le remarque à son tour et l’accueille dans son entourage. Marcel Duhamel l’initie à la littérature et à la poésie, tandis que Charles Dullin contribue à sa formation théâtrale. Pour cet adolescent sans parcours scolaire régulier, ces rencontres tiennent lieu d’école : il apprend en observant les comédiens, en répétant, en lisant et en jouant devant des publics d’usines ou de quartiers.

Portrait de Marcel Mouloudji adolescent en 1939
Marcel Mouloudji photographié en 1939 par le Studio Harcourt. Wikimedia Commons, domaine public.

L’enfant acteur du cinéma français

À partir de 1936, Mouloudji apparaît sur scène dans Le Tableau des merveilles, adapté de Cervantès par Jacques Prévert, puis au cinéma. Marcel Carné lui confie un petit rôle dans Jenny. Il joue également dans La Guerre des gosses, avant d’incarner le « petit Moulou » dans Claudine à l’école. Le surnom se transforme bientôt en nom d’artiste. En 1938, Christian-Jaque lui offre l’un de ses rôles les plus marquants dans Les Disparus de Saint-Agil, où il partage l’affiche avec Erich von Stroheim et Michel Simon. Son mélange de fragilité, de malice et de gravité en fait un jeune interprète très demandé.

Il tourne encore L’Enfer des anges, puis traverse la Seconde Guerre mondiale dans une situation incertaine. Réfugié un temps dans le Sud, il revient à Paris, multiplie les emplois et vit dans une semi-clandestinité. En 1942, Henri Decoin lui confie le rôle d’Ephraïm Luska dans Les Inconnus dans la maison, adapté de Georges Simenon. Le cinéma lui permet de subsister, mais la littérature et la chanson occupent déjà une place croissante.

Marcel Mouloudji dans le film Les Jeux sont faits
Marcel Mouloudji dans Les Jeux sont faits de Jean Delannoy, 1947. Bibliothèque nationale de France / Wikimedia Commons, domaine public.

Écrivain et figure de Saint-Germain-des-Prés

Pendant l’Occupation, Mouloudji fréquente les milieux intellectuels et artistiques parisiens. Il croise Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Jean Genet, Robert Desnos et de nombreux artistes qui feront de Saint-Germain-des-Prés un foyer culturel majeur de l’après-guerre. En 1943, il épouse Louise Fouquet. L’année suivante, son récit autobiographique Enrico, consacré à son enfance difficile, reçoit le prix de la Pléiade. Le succès révèle un écrivain capable de transformer une expérience rude en prose directe, sensible et sans complaisance.

Il poursuit sa carrière de comédien dans Boule de Suif, Les Eaux troubles et, en 1952, Nous sommes tous des assassins d’André Cayatte. Sur les planches, il écrit et joue notamment Quatre Femmes et Les Sargasses. Pourtant, à mesure que sa silhouette d’enfant des faubourgs vieillit, le cinéma lui offre moins de rôles à sa mesure. La chanson devient alors l’espace où sa personnalité peut se déployer sans intermédiaire.

La voix des cabarets et le succès

Dans les cabarets de la rive gauche, Mouloudji impose une manière très personnelle : diction précise, voix légèrement voilée, émotion contenue, attention absolue au texte. Il chante Prévert, Jean Genet, Bernard Dimey, Francis Lemarque et Boris Vian, tout en écrivant ses propres chansons. Jacques Canetti accompagne son passage au disque et sur les grandes scènes. En 1951, La Complainte des infidèles le fait connaître d’un large public. Puis Comme un p’tit coquelicot, chanson de Raymond Asso et Claude Valéry, devient un triomphe et lui vaut le Grand Prix du disque de l’Académie Charles-Cros en 1953.

Mouloudji ne possède ni la puissance dramatique d’Édith Piaf ni la théâtralité de certains chanteurs de music-hall. Sa force vient d’une proximité presque parlée avec l’auditeur. Un jour, tu verras, qu’il écrit avec le compositeur Georges van Parys, résume cette esthétique : une mélodie limpide, un récit amoureux et une mélancolie qui ne verse jamais dans l’emphase. Il devient l’un des grands interprètes de la chanson poétique française des années 1950.

Portrait de Marcel Mouloudji en 1954
Portrait de Marcel Mouloudji par le Studio Harcourt, 1954. Wikimedia Commons, domaine public.

Le Déserteur et l’épreuve de la censure

En 1954, Boris Vian lui confie Le Déserteur, lettre ouverte d’un homme qui refuse de partir à la guerre. Mouloudji comprend immédiatement la force du texte, mais suggère plusieurs modifications afin de pouvoir le chanter à la première personne et d’en préserver la portée humaine. Il le crée au Théâtre de l’Œuvre en mai 1954, au moment où la guerre d’Indochine s’achève dans le désastre de Diên Biên Phu et où le conflit algérien se profile.

La chanson provoque une violente polémique. Elle est interdite de diffusion sur les ondes, et Mouloudji subit annulations, hostilité et surveillance. L’épisode ralentit sa carrière sans l’amener à renier le morceau. Avec le temps, Le Déserteur devient l’une des chansons pacifistes les plus célèbres du répertoire francophone. Son interprétation reste associée à une conception exigeante de la chanson : le texte peut divertir, mais aussi intervenir dans les débats de son époque.

Marcel Mouloudji lors d’un récital aux Trois Baudets en 1958
Marcel Mouloudji lors d’un récital aux Trois Baudets en 1958. Photo : Roger Pic / Wikimedia Commons, CC0.

Indépendance artistique, peinture et écriture

Les années 1960 sont plus difficiles pour la chanson rive gauche, concurrencée par les nouvelles vedettes yé-yé. Mouloudji choisit l’indépendance. En 1965, il fonde son propre label, les Disques Mouloudji, qui lui permet d’enregistrer selon ses choix et de produire de jeunes artistes, parmi lesquels Graeme Allwright et Jean Sommer. Cette initiative illustre son refus des catégories : interprète populaire, il demeure aussi éditeur, producteur et artisan de ses disques.

Il continue d’écrire des romans et des souvenirs, notamment La Grande Sortie, La Guerre buissonnière, Le Petit Vaincu et Un Garçon sans importance. Il publie également des poèmes et des recueils de chansons. La peinture, commencée à la fin des années 1940, devient une autre activité régulière. Ses toiles, souvent figuratives et colorées, prolongent son goût pour les visages, les rues et les scènes familières. Cette pratique n’est pas un simple passe-temps : il expose et se définit volontiers comme un artiste travaillant sur plusieurs langages.

Le retour sur scène et les dernières années

Au début des années 1970, Allons z’enfants rencontre un nouvel écho. Mouloudji reprend les tournées, se produit au Théâtre de la Renaissance en 1974 puis à l’Olympia en 1975. Il enregistre de nombreux albums où alternent reprises, nouvelles chansons et textes engagés. Son public lui reste fidèle parce que son répertoire relie plusieurs générations : celle du Front populaire et des cabarets, celle des guerres coloniales, puis celle des auteurs-compositeurs attachés à la primauté des mots.

Sa vie familiale connaît plusieurs étapes. De son union avec Louise Fouquet naît son fils Grégory. Il a ensuite une fille, Annabelle, elle-même chanteuse, avec Nicolle Tessier. À la fin de sa vie, il transmet volontiers son répertoire et ses souvenirs, tout en poursuivant l’écriture. Le Petit Invité et La Fleur de l’âge reviennent sur l’enfance, les rencontres et la formation d’un artiste resté attentif aux humiliés et aux marginaux.

En 1992, une pleurésie altère sa voix, mais il continue de travailler et de se produire. Il chante encore à la carrière de la Sablière de Châteaubriant en novembre 1993, lieu chargé de la mémoire des otages fusillés en 1941. Après un passage au festival Chorus des Hauts-de-Seine, il donne l’un de ses derniers récitals au printemps 1994. Marcel Mouloudji meurt le 14 juin 1994 à Neuilly-sur-Seine, alors qu’il prépare de nouveaux projets. Il est inhumé au Père-Lachaise, division 42. La suite de ses souvenirs, Le Coquelicot, paraît à titre posthume en 1997.

Cadran solaire portant une phrase de chanson de Marcel Mouloudji à Capbreton
Cadran solaire de Capbreton portant une phrase de chanson de Mouloudji. Photo : Tangopaso / Wikimedia Commons, domaine public.

Œuvres principales

  • Chansons : Comme un p’tit coquelicot (1951), Un jour, tu verras (1954), Le Déserteur de Boris Vian (1954), Le Mal de Paris, Faut vivre, Méfiez-vous, fillettes, Allons z’enfants.
  • Cinéma : La Guerre des gosses (1936), Les Disparus de Saint-Agil (1938), L’Enfer des anges (1941), Les Inconnus dans la maison (1942), Les Jeux sont faits (1947), Nous sommes tous des assassins (1952).
  • Théâtre : Quatre Femmes, Les Sargasses, interprétation dans La Tête des autres de Marcel Aymé.
  • Livres : Enrico (1944), En souvenir de Barbarie (1945), La Grande Sortie (1951), La Guerre buissonnière (1959), Le Petit Vaincu (1963), Un Garçon sans importance (1971), Le Petit Invité (1989), La Fleur de l’âge (1991), Le Coquelicot (1997, posthume).

Distinctions et fonctions

  • 1944 : prix de la Pléiade pour Enrico.
  • 1953 : Grand Prix du disque de l’Académie Charles-Cros pour Comme un p’tit coquelicot.
  • Acteur de cinéma et de théâtre à partir de 1936.
  • Fondateur des Disques Mouloudji en 1965 ; producteur notamment de Graeme Allwright et Jean Sommer.
  • Auteur de romans, souvenirs, poèmes et pièces de théâtre ; peintre exposant parallèlement à sa carrière musicale.