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MASSOL Eugène

Qui est Eugène Massol ?

Nom complet : Jean Étienne Auguste Massol, dit Eugène Massol.
Naissance : 23 août 1802 (Lodève, France).
Mort : 30 octobre 1887 (Paris, France) à 85 ans.
Activités : artiste lyrique, ténor puis baryton, et directeur de théâtre.
Notoriété : interprète de nombreuses créations mondiales à l’Opéra de Paris, notamment dans des œuvres de Meyerbeer, Halévy, Berlioz, Donizetti et Auber.

Où se trouve la tombe d’Eugène Massol ?

La tombe d’Eugène Massol se trouve dans la division 75 du cimetière du Père-Lachaise.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 75

Le monument funéraire d’Eugène Massol au Père-Lachaise

Eugène Massol est inhumé dans la division 75. Les images parfois associées au nom Massol dans cette division représentent le monument de Marie-Alexandre Massol, journaliste et philosophe saint-simonien mort en 1875 : elles ne doivent pas être confondues avec la tombe du chanteur.

Biographie d’Eugène Massol

De Lodève au Conservatoire de Paris

Jean Étienne Auguste Massol naît à Lodève, dans l’Hérault, le 23 août 1802. Son père, Étienne Massol, exerce le métier de perruquier ; sa mère se nomme Françoise Caumel. Rien ne destine immédiatement ce fils d’artisan à l’une des premières scènes lyriques européennes. Sa voix et ses dispositions musicales lui permettent pourtant d’envisager une formation professionnelle à Paris.

En 1823, il entre au Conservatoire de Paris. Il étudie le chant auprès de Charles-Henri Plantade, compositeur et professeur réputé. Deux années suffisent au jeune homme pour obtenir le premier prix de chant. Ce succès lui ouvre les portes de l’Académie royale de musique, nom officiel de l’Opéra de Paris sous la Restauration. Il adopte le prénom d’usage Eugène, sous lequel il mènera toute sa carrière.

Portrait d’Eugène Massol de l’Académie royale de musique
Eugène Massol, pensionnaire de l’Académie royale de musique. Lithographie du XIXe siècle, British Museum / Wikimedia Commons, domaine public.

Les débuts de ténor à l’Opéra

Eugène Massol débute le 17 novembre 1825 dans le rôle de Licinius de La Vestale de Gaspare Spontini. Il est engagé comme ténor, mais doit trouver sa place dans une troupe dominée par Adolphe Nourrit, principal ténor français de sa génération. Massol chante d’abord de nombreux rôles secondaires. Cette position lui donne néanmoins une expérience exceptionnelle du répertoire et de la grande scène parisienne.

Il participe aux représentations qui accompagnent la naissance du grand opéra français. Sa voix, décrite comme solide et dramatique, convient aux personnages d’autorité autant qu’aux emplois de ténor. Dans Guillaume Tell de Rossini, créé en 1829, il interprète Rodolphe, capitaine des gardes de Gesler. Jean-Pierre Dantan le caricature dans ce rôle, fixant la silhouette d’un chanteur déjà reconnaissable du public parisien.

Eugène Massol dans le rôle de Rodolphe de Guillaume Tell
Eugène Massol en Rodolphe dans Guillaume Tell de Rossini. Portrait-charge de Jean-Pierre Dantan, musée Carnavalet / Wikimedia Commons, domaine public.

Une voix qui évolue vers le baryton

Au cours des années 1830, Massol s’oriente progressivement vers les rôles de baryton. Cette évolution lui permet sans doute de mieux exploiter la couleur sombre et la puissance de sa voix, tout en évitant la concurrence directe avec Nourrit. À une époque où les catégories vocales sont moins rigides qu’aujourd’hui, un même artiste peut encore passer de certains emplois de ténor à des rôles désormais considérés comme barytonnants.

Massol acquiert ainsi une place singulière dans la troupe : il possède l’endurance et l’éclat hérités de sa formation de ténor, mais peut incarner des personnages menaçants, politiques ou paternels. Les compositeurs écrivent pour lui des parties qui exigent une forte présence dramatique. Sa carrière épouse l’affirmation du baryton comme voix centrale du théâtre lyrique romantique.

Halévy, Meyerbeer et les grandes créations

Fromental Halévy fait appel à Massol à plusieurs reprises. En 1832, il crée Bélial dans La Tentation. En 1838, il incarne Fortebraccio dans Guido et Ginevra. Le personnage, chef de guerre florentin, correspond à son tempérament scénique. Les dessins et portraits conservés montrent l’importance accordée au costume, au geste et à l’autorité visuelle du chanteur dans les productions de l’Opéra.

En 1836, Massol participe à la création des Huguenots de Giacomo Meyerbeer dans le rôle de Cossé. L’ouvrage devient l’un des plus grands succès du XIXe siècle. Il chante aussi Quasimodo dans La Esmeralda de Louise Bertin, sur un livret de Victor Hugo. Le costume imaginé par Louis Boulanger accentue la dimension physique et tragique du personnage, demandant à l’interprète un jeu très éloigné de l’élégance conventionnelle.

Costume d’Eugène Massol en Quasimodo dans La Esmeralda
Eugène Massol en Quasimodo dans La Esmeralda de Louise Bertin, costume dessiné par Louis Boulanger en 1836. Bibliothèque nationale de France / Wikimedia Commons, domaine public.

Fortebraccio et Fieramosca en 1838

L’année 1838 est particulièrement importante. Outre Fortebraccio, Massol crée Fieramosca dans Benvenuto Cellini d’Hector Berlioz. La création, le 10 septembre, est un échec public et l’ouvrage quitte rapidement l’affiche. Berlioz estime pourtant le chanteur et entretient avec lui une correspondance. Le rôle de Fieramosca, rival comique et jaloux de Cellini, réclame une articulation précise et une réelle souplesse théâtrale.

Dans Guido et Ginevra, Massol donne à Fortebraccio une stature plus sombre. Une statuette-charge de Dantan et plusieurs planches de costumes témoignent de l’impact visuel de son interprétation. Ces documents ne montrent pas seulement le chanteur : ils révèlent la manière dont le grand opéra associait la musique, la peinture, la sculpture, le costume et la machinerie pour construire un spectacle total.

Eugène Massol en Fortebraccio dans Guido et Ginevra
Eugène Massol dans le rôle de Fortebraccio de Guido et Ginevra d’Halévy. Sculpture de Jean-Pierre Dantan, musée Carnavalet / Wikimedia Commons, domaine public.

Les Martyrs et La Reine de Chypre

En 1840, Gaetano Donizetti lui confie le rôle de Sévère dans Les Martyrs, adaptation française de Poliuto. Massol crée un personnage partagé entre le pouvoir, l’amour et la loyauté. Il est également associé au répertoire de Weber lors des adaptations françaises du Freischütz. Sa maîtrise du français chanté et sa longue expérience de la scène font de lui un interprète recherché pour les ouvrages étrangers adaptés aux exigences de l’Opéra.

L’année suivante, il crée Mocenigo dans La Reine de Chypre d’Halévy. Ce membre du Conseil des Dix est l’un des moteurs politiques du drame. Massol y incarne une autorité menaçante, au milieu des fastes vénitiens reconstitués sur scène. Le costume conservé souligne la richesse visuelle de la production et la fonction dramatique du personnage.

Costume d’Eugène Massol en Mocenigo dans La Reine de Chypre
Costume d’Eugène Massol pour le rôle de Mocenigo dans La Reine de Chypre d’Halévy, 1841. Bibliothèque nationale de France / Wikimedia Commons, domaine public.

Bruxelles, Londres et la direction de La Monnaie

Après vingt années à l’Opéra, Massol quitte Paris en 1845 pour Bruxelles. Au Théâtre royal de la Monnaie, il chante les grands rôles de baryton, notamment le rôle-titre de Nabucco lors de la première représentation bruxelloise de l’opéra de Verdi. Il se produit également à Londres : il débute à Drury Lane en 1846, puis chante avec le Royal Italian Opera de Covent Garden entre 1848 et 1850.

Son expérience lui vaut d’accéder à la direction. En 1848 et 1849, il codirige le Théâtre de la Monnaie avec Édouard Duprez. La tâche est délicate : l’Europe est traversée par les révolutions de 1848, les finances des théâtres restent fragiles et les directeurs doivent concilier ambitions artistiques, vedettes internationales et attentes du public. Massol ne s’installe pas durablement dans l’administration, mais cette fonction complète un parcours déjà exceptionnellement divers.

Le retour comme grand baryton de l’Opéra

De retour à Paris en 1850, Massol devient l’un des principaux barytons de l’Opéra. Il crée Jacob dans L’Enfant prodigue de Daniel-François-Esprit Auber. En 1852, Halévy lui confie Ahasvérus dans Le Juif errant, rôle dramatique de grande ampleur. Il est aussi admiré dans Alphonse de La Favorite, Pietro de La Muette de Portici et Nevers des Huguenots.

La longévité de sa carrière frappe ses contemporains. Plus de trente ans séparent ses débuts en Licinius de ses dernières représentations. Il a traversé la Restauration, la monarchie de Juillet, la Deuxième République et les premières années du Second Empire, tout en adaptant sa technique à l’évolution de sa voix et du répertoire.

La dernière soirée et l’attentat d’Orsini

Massol fait ses adieux à la scène le 14 janvier 1858, lors d’une représentation à l’Opéra Le Peletier. Cette soirée entre dans l’histoire pour une raison étrangère à sa retraite : à l’arrivée de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie, des bombes lancées par Felice Orsini explosent devant le théâtre. Le couple impérial n’est pas atteint, mais l’attentat fait des morts et de nombreux blessés.

La nécessité de mieux protéger le souverain lors de ses déplacements renforce le projet d’une nouvelle salle d’opéra dotée d’accès plus sûrs. Le concours remporté par Charles Garnier en 1861 donnera naissance au palais Garnier. Massol quitte donc la scène au moment même où s’achève symboliquement l’histoire de l’ancienne salle Le Peletier et où se prépare un nouvel âge de l’opéra parisien.

Retraite et vie familiale

Après sa retraite, Eugène Massol s’occupe d’affaires financières. Il réside un temps à Versailles avant de revenir à Paris. Veuf de Rose Deleuze, qu’il avait épousée en 1822, il se remarie en 1864 avec Jeanne Henriette Joséphine Haranger, d’origine belge. Il est le père adoptif de Léon Massol, qui deviendra médecin et pionnier de la bactériologie à Genève.

Eugène Massol meurt dans le 17e arrondissement de Paris le 30 octobre 1887, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. Sa carrière appartient à une génération qui a façonné le grand opéra français. Sans avoir atteint la célébrité durable de certains premiers rôles, il fut l’un des interprètes indispensables des créations de Meyerbeer, Halévy, Berlioz, Donizetti et Auber, capable de transformer une évolution vocale en seconde carrière de baryton.

Principaux rôles créés

La Tentation d’Halévy : Bélial (1832).
Les Huguenots de Meyerbeer : Cossé (1836).
La Esmeralda de Louise Bertin : Quasimodo (1836).
Guido et Ginevra d’Halévy : Fortebraccio (1838).
Benvenuto Cellini de Berlioz : Fieramosca (1838).
Les Martyrs de Donizetti : Sévère (1840).
La Reine de Chypre d’Halévy : Mocenigo (1841).
L’Enfant prodigue d’Auber : Jacob (1850).
Le Juif errant d’Halévy : Ahasvérus (1852).

Fonctions et distinctions

Premier prix de chant du Conservatoire de Paris en 1825.
Artiste de l’Opéra de Paris de 1825 à 1845, puis de 1850 à 1858.
Artiste du Théâtre royal de la Monnaie à Bruxelles à partir de 1845.
Codirecteur du Théâtre royal de la Monnaie en 1848-1849.
Artiste du Royal Italian Opera de Covent Garden entre 1848 et 1850.