Qui est Antoine Marie Chamans de Lavalette ?
Nom complet : Antoine Marie Chamans, comte de Lavalette.
Naissance : 14 octobre 1769 (Paris, France).
Mort : 15 février 1830 (Paris, France) à 60 ans.
Activité : Officier, haut fonctionnaire et directeur général des Postes.
Notoriété : Fidèle de Napoléon Ier, condamné à mort en 1815 puis sauvé par une évasion organisée avec son épouse.
Où se trouve la tombe d’Antoine Marie Chamans de Lavalette ?
La tombe d’Antoine Marie Chamans de Lavalette se trouve dans la division 36 du cimetière du Père-Lachaise, avenue des Acacias, en première ligne.

Le monument funéraire d’Antoine Marie Chamans de Lavalette au Père-Lachaise
Élevé vers 1834, le monument familial Lavalette est l’un des tombeaux historiques remarquables de la division 36. La haute stèle de pierre est couronnée par une niche qui abrite un buste du comte, réalisé en fonte. Sur la face antérieure, un bas-relief en marbre blanc représente la scène décisive de décembre 1815 : dans la cellule de la Conciergerie, Émilie de Lavalette supplie son mari d’accepter l’échange de vêtements qui doit lui permettre de s’évader. Une jeune fille écoute près du guichet tandis qu’un lit occupe le côté de la composition.
Le monument, dont l’auteur demeure inconnu, est protégé au titre des monuments historiques. Les inscriptions rappellent Antoine de Lavalette, mort en 1830, son épouse Émilie de Beauharnais, morte en 1855, et leur fille Louise Joséphine, baronne de Forget, morte en 1886. Par son décor, la sépulture associe le souvenir d’un serviteur de l’Empire à celui du courage de son épouse, devenue l’héroïne de l’épisode le plus célèbre de sa vie.


Biographie d’Antoine Marie Chamans de Lavalette
Antoine Marie Chamans naît à Paris le 14 octobre 1769 dans une famille de petite bourgeoisie. Son père, Antoine Rémy Chamans, tient un commerce de limonadier et envisage d’abord pour son fils l’état ecclésiastique. Le jeune homme suit des études au collège d’Harcourt, mais préfère le droit et entre dans l’étude d’un procureur. La Révolution française bouleverse ce projet : comme beaucoup de jeunes Parisiens de sa génération, il s’engage dans la Garde nationale puis choisit la carrière militaire.

De la Révolution à l’état-major de Bonaparte
En 1792, Lavalette rejoint l’armée. Il sert notamment sous les ordres du général Louis Baraguey d’Hilliers, dont il devient l’aide de camp. Pendant la campagne d’Italie, après la bataille d’Arcole en novembre 1796, il est présenté au général Bonaparte. Celui-ci apprécie sa discrétion et sa fidélité, et l’attache bientôt à son état-major. Lavalette reçoit alors plusieurs missions politiques et diplomatiques délicates, qui l’initient au fonctionnement du pouvoir autant qu’aux réalités de la guerre.
Bonaparte favorise aussi son mariage avec Émilie Louise de Beauharnais, nièce de Joséphine. L’union est célébrée en 1798. Peu après, Lavalette part pour l’expédition d’Égypte. Il assiste à plusieurs opérations importantes, notamment la bataille des Pyramides, le mont Thabor et le siège de Saint-Jean-d’Acre. Sa fonction consiste moins à commander de grandes unités qu’à transmettre des ordres, organiser l’information et accomplir des missions de confiance.

Un organisateur au service du Consulat et de l’Empire
Revenu en France avec Bonaparte peu avant le coup d’État du 18 Brumaire, Lavalette est envoyé en mission auprès des cours de Saxe et de Hesse. Il devient ensuite administrateur de la Caisse d’amortissement puis commissaire central. Le 19 mars 1804, le Premier Consul lui confie la direction générale des Postes. Dans un régime où la rapidité des dépêches est essentielle à l’action militaire et politique, cette administration occupe une place stratégique.
Lavalette conserve la direction des Postes jusqu’à la chute de l’Empire en 1814. Il améliore la circulation des dépêches et met en place un système de sacoches fermées passant de relais en relais, dont seuls l’expéditeur et le destinataire possèdent la clé. L’administration postale contrôle également les correspondances : le directeur supervise le « cabinet noir », chargé d’ouvrir et de copier certaines lettres jugées sensibles. Cette fonction illustre la double nature des Postes impériales, service public de communication et instrument de renseignement politique.
Sa proximité avec Napoléon accélère son ascension. Il entre au Conseil d’État, reçoit le titre de comte de l’Empire en 1808 et progresse dans la Légion d’honneur jusqu’au grade de grand officier en 1811. Lavalette n’est toutefois pas un grand personnage de cour : sa puissance repose surtout sur une administration indispensable, sur la confiance personnelle de l’Empereur et sur sa connaissance des réseaux de communication.

Les Cent-Jours et la condamnation à mort
Après l’abdication de Napoléon en avril 1814, Lavalette est destitué. Lorsque l’Empereur revient de l’île d’Elbe, il se présente le 20 mars 1815 à l’administration des Postes et reprend ses fonctions au nom du régime impérial. Pendant les Cent-Jours, il rétablit les communications et met le service postal à la disposition du gouvernement. Cette fidélité, assumée au moment du retour de Napoléon, sera considérée par la seconde Restauration comme un acte de trahison envers Louis XVIII.
Arrêté en juillet 1815, Lavalette est enfermé à la Conciergerie. Son procès s’ouvre en novembre, dans un climat de réaction royaliste marqué par les poursuites contre les anciens serviteurs de l’Empire. Malgré les témoignages présentés pour sa défense, il est condamné à mort. Après le rejet de ses recours, l’exécution est fixée au 21 décembre. Son épouse multiplie en vain les démarches auprès de la cour et du roi pour obtenir sa grâce.

L’évasion de la Conciergerie
Le 20 décembre 1815, veille de l’exécution, Émilie de Lavalette se rend à la prison avec leur fille Joséphine et une femme de confiance. Dans la cellule, les époux échangent leurs vêtements. Caché sous une robe et un chapeau à voilette, Lavalette quitte la Conciergerie en tenant sa fille par la main, tandis qu’Émilie reste à sa place. L’évasion réussit et devient immédiatement l’une des affaires les plus retentissantes de la Restauration.
Après plusieurs semaines dissimulé à Paris, Lavalette gagne la frontière grâce à l’aide de trois officiers britanniques, parmi lesquels le général Robert Thomas Wilson. Déguisé et muni de faux papiers, il atteint la Belgique puis la Bavière. Ses complices anglais sont jugés en France, mais leur geste suscite une large sympathie. Émilie, emprisonnée après l’évasion, ressort très éprouvée et sa santé mentale se dégrade durablement.

L’exil, la grâce et les dernières années
Lavalette vit environ six années en exil en Bavière, protégé par le roi Maximilien Ier et par des membres de la famille Beauharnais. Napoléon, depuis Sainte-Hélène, ne l’oublie pas et lui lègue cent mille francs dans son testament. Louis XVIII finit par le gracier en 1822. De retour à Paris, l’ancien directeur des Postes mène une existence retirée, consacrée en grande partie à son épouse malade et à la rédaction de ses souvenirs.
Il meurt à Paris le 15 février 1830, probablement d’un cancer du poumon. Ses Mémoires et souvenirs, publiés par sa famille en 1831, racontent son parcours de la Révolution à la Restauration et constituent un témoignage important sur l’entourage de Bonaparte et le fonctionnement de l’Empire. Émilie lui survit jusqu’en 1855. Tous deux reposent dans le monument familial du Père-Lachaise, où le bas-relief transmet aux visiteurs le récit de leur évasion.
Œuvres et réalisations principales
- Réorganisation et direction générale des Postes sous le Premier Empire, de 1804 à 1814, puis pendant les Cent-Jours
- Mise en place d’un système sécurisé de transmission des dépêches par sacoches fermées
- Mémoires et souvenirs du comte Lavalette, publiés à titre posthume en 1831
Distinctions et fonctions
- Aide de camp du général Bonaparte
- Directeur général des Postes
- Conseiller d’État
- Comte de l’Empire, 1808
- Pair de France pendant les Cent-Jours, 1815
- Légionnaire de la Légion d’honneur, 25 mars 1804
- Commandant de la Légion d’honneur, 14 juin 1804
- Grand officier de la Légion d’honneur, 30 juin 1811