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LAFARGUE Paul

Qui est Paul Lafargue ?

Nom complet : Paul Lafargue.
Naissance : 15 janvier 1842 (Santiago de Cuba, Cuba).
Mort : 25 novembre 1911 (Draveil, France) à 69 ans.
Activité : journaliste, économiste, essayiste, écrivain, médecin et homme politique socialiste français.
Notoriété : théoricien marxiste, auteur du Droit à la paresse, cofondateur du Parti ouvrier français et gendre de Karl Marx.

Où se trouve la tombe de Paul Lafargue ?

La tombe de Paul Lafargue se trouve dans la division 76 du cimetière du Père-Lachaise, face au Mur des Fédérés. Il y repose avec son épouse Laura Marx Lafargue.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 76
Plan du cimetière du Père-Lachaise : la tombe de Paul Lafargue se situe dans la division 76.

Le monument funéraire de Paul Lafargue au Père-Lachaise

La sépulture de la famille Lafargue-Marx est un monument bas et sobre, composé d’une dalle et d’une stèle de pierre portant plusieurs plaques nominatives. Les inscriptions principales rappellent Paul Lafargue et Laura Marx Lafargue, unis dans la vie, l’engagement politique et la mort.

La tombe est située face au Mur des Fédérés, lieu majeur de la mémoire de la Commune de Paris. Cette proximité renforce sa portée politique. Le caveau accueille également des membres de la famille Longuet, descendants de Karl Marx, notamment Jean Longuet et Karl-Jean Longuet, ainsi que la sculptrice Simone Boisecq.

Paul et Laura Lafargue furent incinérés au crématorium du Père-Lachaise le 3 décembre 1911 après des obsèques rassemblant une foule nombreuse. Jean Jaurès, Édouard Vaillant, Karl Kautsky, Alexandra Kollontaï et Lénine figurèrent parmi les représentants du mouvement socialiste international venus leur rendre hommage. Leurs cendres furent ensuite placées dans cette sépulture familiale.

Vue générale de la tombe de Paul et Laura Lafargue au Père-Lachaise
Vue générale de la tombe de Paul et Laura Lafargue, division 76. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
Plaques funéraires de la famille Lafargue-Marx
Détail des plaques et inscriptions de la sépulture Lafargue-Marx au Père-Lachaise. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Biographie de Paul Lafargue

Paul Lafargue naît le 15 janvier 1842 à Santiago de Cuba, alors colonie espagnole. Son père, François Lafargue, est un négociant français établi dans l’île ; sa famille maternelle possède des origines diverses, caribéennes, françaises et juives. Cette naissance créole sera plus tard utilisée par certains adversaires politiques pour contester sa nationalité, bien que sa famille soit française. Vers l’âge de neuf ans, il quitte Cuba avec les siens et s’installe à Bordeaux.

De Cuba aux études de médecine

Après ses études secondaires, Lafargue gagne Paris pour entreprendre des études de médecine. La capitale du Second Empire est alors traversée par de vifs débats politiques. Le jeune étudiant fréquente les milieux républicains et socialistes, s’intéresse d’abord aux idées de Proudhon et participe à l’activité militante des étudiants. Son tempérament polémique et son engagement lui valent rapidement l’attention des autorités universitaires.

En 1865, il assiste au congrès international des étudiants à Liège. Les prises de position anticléricales et révolutionnaires exprimées lors de cette réunion provoquent des sanctions en France. Exclu de la faculté de médecine de Paris, Lafargue part poursuivre sa formation à Londres. Ce déplacement, imposé par la répression universitaire, devient le tournant décisif de sa vie intellectuelle et personnelle.

Portrait du jeune Paul Lafargue en 1869
Paul Lafargue en 1869, peu après son mariage avec Laura Marx. Photographie historique / Wikimedia Commons, domaine public.

La rencontre avec Marx et l’Internationale

À Londres, Lafargue entre dans l’Association internationale des travailleurs, fondée en 1864. Il y rencontre Karl Marx et Friedrich Engels. Les discussions avec Marx l’éloignent progressivement du proudhonisme et l’amènent à défendre une conception collectiviste du socialisme fondée sur la lutte des classes. Il devient membre du Conseil général de l’Internationale et assure notamment la correspondance avec l’Espagne.

Il fréquente la maison de Marx et se rapproche de Laura, la deuxième fille de Karl Marx et de Jenny von Westphalen. Le couple se marie à Londres en avril 1868. Leur union associe durablement Lafargue à la famille Marx, mais elle ne réduit pas son rôle à celui d’un simple gendre : il traduit, explique et adapte les analyses marxistes à plusieurs publics européens. Paul et Laura travaillent ensemble, Laura traduisant notamment en français des textes de son père et d’Engels.

Portrait de Laura Marx Lafargue en 1864
Laura Marx en 1864, quatre ans avant son mariage avec Paul Lafargue. Photographie historique / Wikimedia Commons, domaine public.

Paris, Bordeaux et la Commune

Après avoir achevé ses études médicales à Londres, Lafargue revient en France. Il exerce peu la médecine, préférant le journalisme et l’action politique. Lorsque la guerre franco-prussienne éclate en 1870, il s’établit à Bordeaux. Il soutient la Commune de Paris au printemps 1871 et tente de développer le mouvement dans le Sud-Ouest. Sa participation reste surtout politique et journalistique, mais elle suffit à le rendre suspect après l’écrasement de l’insurrection.

Menacé d’arrestation, il passe en Espagne avec Laura et leurs enfants. À Madrid, il participe aux débats de la section espagnole de l’Internationale. Il s’efforce d’y défendre les positions de Marx face à l’influence anarchiste de Bakounine, dominante dans une partie du mouvement ouvrier espagnol. Cette mission est difficile et les résultats restent limités, mais elle confirme son rôle de propagandiste international.

L’exil londonien et les drames familiaux

En 1872, la famille rejoint Londres. Les années suivantes sont marquées par des conditions matérielles précaires et par une suite de drames : les trois enfants du couple meurent en bas âge. Paul et Laura Lafargue n’auront pas d’autre enfant. Ils demeurent très proches de Marx et d’Engels, tout en construisant leur propre activité intellectuelle. Lafargue lit beaucoup, traduit, écrit dans la presse socialiste et approfondit son analyse du capitalisme.

Sa plume combine vulgarisation économique, critique sociale et satire. Il se montre volontiers provocateur, utilisant l’ironie pour attaquer les valeurs bourgeoises, le moralisme religieux ou le culte du travail. Cette veine polémique culminera dans son texte le plus célèbre.

Le Droit à la paresse

En 1880, Lafargue publie dans le journal L’Égalité une première version du Droit à la paresse, repris en brochure en 1883. Le titre détourne volontairement le « droit au travail » revendiqué depuis 1848. Lafargue ne célèbre pas l’inaction : il critique l’idéologie qui transforme le travail sans limite en vertu morale, alors que les progrès techniques devraient permettre de réduire le temps de labeur et d’améliorer l’existence.

Le pamphlet attaque les longues journées imposées aux ouvriers, la surproduction et la consommation artificiellement stimulée. Il imagine une société où trois heures de travail quotidien suffiraient à satisfaire les besoins et où le temps libéré permettrait l’éducation, les loisirs et la participation civique. Sa formule provocatrice assure au texte une diffusion durable, bien au-delà du lectorat socialiste.

Couverture d’un texte de Paul Lafargue sur la question des femmes
Édition ancienne d’un texte de Paul Lafargue consacré à la question des femmes. Wikimedia Commons, domaine public.

Le Parti ouvrier français

Lafargue rentre définitivement en France en 1882. Avec Jules Guesde, il contribue à structurer le Parti ouvrier français, dont le programme avait été élaboré avec l’appui de Marx et d’Engels. Il parcourt le pays, tient des réunions, écrit dans de nombreux journaux et participe à l’implantation du socialisme dans les régions industrielles. Son érudition et son humour contrastent avec l’austérité doctrinale souvent associée au mouvement.

La répression accompagne cette activité. En 1883, Lafargue et Guesde sont condamnés à six mois de prison pour leurs discours dans l’Allier. Loin d’interrompre leur travail, l’incarcération leur sert à poursuivre leurs écrits et leur organisation politique. Lafargue défend notamment la journée de huit heures, la propriété collective des moyens de production et l’indépendance politique de la classe ouvrière.

Député du Nord

Après la fusillade de Fourmies du 1er mai 1891, il est poursuivi pour provocation et condamné à un an de prison. Alors qu’il est détenu à Sainte-Pélagie, les socialistes de Lille le présentent à une élection législative partielle. Élu député du Nord en octobre 1891, il bénéficie de l’immunité parlementaire et quitte la prison pour entrer à la Chambre.

Son mandat, exercé jusqu’en 1893, est bref mais actif. Il dépose une proposition d’amnistie, intervient sur la condition ouvrière et défend la séparation des Églises et de l’État. Battu aux élections suivantes, il poursuit son action hors du Parlement, toujours aux côtés de Guesde. Il participe ensuite au mouvement qui conduit à l’unification socialiste et rejoint en 1905 la Section française de l’Internationale ouvrière.

Portrait de Paul Lafargue lors de son élection comme député en 1891
Portrait de Paul Lafargue publié dans Le Monde illustré en novembre 1891, après son élection comme député du Nord. Wikimedia Commons, domaine public.

Un essayiste marxiste et un critique de la société

Lafargue publie une œuvre abondante : études économiques, histoire des idées, critique littéraire et pamphlets. Dans La Religion du capital, il parodie les formes du catéchisme pour dénoncer les croyances de la bourgeoisie. Le Déterminisme économique de Karl Marx expose sa lecture matérialiste de notions comme la justice, le bien ou l’âme. Il écrit également sur Victor Hugo, le romantisme, les mythes et l’évolution de la famille.

Ses textes ne coïncident pas toujours exactement avec ceux de Marx et certaines simplifications ont été discutées. Ils jouent néanmoins un rôle central dans l’introduction du marxisme en France. Lafargue sait transformer des débats théoriques en articles accessibles, volontiers mordants, destinés aux militants et aux lecteurs de journaux. À partir de 1906, il donne régulièrement des éditoriaux à L’Humanité.

Dirigeants socialistes français représentés en 1892
Dirigeants socialistes français représentés dans L’Illustration en 1892, au temps du mandat parlementaire de Paul Lafargue. Wikimedia Commons, domaine public.

La décision de mourir ensemble

Dans les dernières années, Paul et Laura vivent à Draveil, dans une maison acquise grâce à un legs de Friedrich Engels. Ils reçoivent des militants et des responsables socialistes européens tout en continuant leurs travaux. Lafargue avait déclaré qu’il ne voulait pas subir une vieillesse diminuant ses forces intellectuelles et physiques. Le soir du 25 novembre 1911, le couple met volontairement fin à ses jours par injection d’un poison. Il est découvert le lendemain matin.

Lafargue laisse une lettre expliquant qu’il meurt lucide et qu’il refuse de devenir une charge pour lui-même et pour autrui. Laura partage sa décision. Ce suicide concerté surprend profondément leurs proches et le mouvement socialiste. Après les obsèques et la crémation du 3 décembre, leurs cendres sont inhumées au Père-Lachaise. Face au Mur des Fédérés, leur tombe réunit aujourd’hui la mémoire d’un couple, celle de la famille Marx et l’histoire du socialisme français.

Œuvres principales

  • Le Droit à la paresse, 1880, édition en brochure en 1883.
  • La Religion du capital, 1887.
  • Le Communisme et l’évolution économique, 1892.
  • La Propriété, origine et évolution, 1895.
  • Le Socialisme et la conquête des pouvoirs publics, 1899.
  • Le Déterminisme économique de Karl Marx, 1909.
  • Nombreux articles dans L’Égalité, Le Socialiste et L’Humanité.

Distinctions et fonctions

  • Membre du Conseil général de l’Association internationale des travailleurs.
  • Cofondateur et dirigeant du Parti ouvrier français.
  • Député du Nord de 1891 à 1893.
  • Dirigeant du Parti socialiste de France, puis membre de la SFIO à partir de 1905.
  • Journaliste et vulgarisateur majeur du marxisme en France.