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JOUHAUX Léon

Qui est Léon Jouhaux ?

Nom complet : Léon Henri Jouhaux.
Naissance : 1er juillet 1879 (Paris, France).
Mort : 28 avril 1954 (Paris, France) à 74 ans.
Activité : syndicaliste et militant pacifiste.
Notoriété : secrétaire général de la CGT de 1909 à 1947, cofondateur de Force ouvrière et lauréat du prix Nobel de la paix en 1951.

Où se trouve la tombe de Léon Jouhaux ?

La tombe de Léon Jouhaux se trouve dans la division 88 du cimetière du Père-Lachaise, avenue des Étrangers-Morts-pour-la-France.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 88
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise.

Le monument funéraire de Léon Jouhaux au Père-Lachaise

La sépulture de Léon Jouhaux est un monument sobre en pierre claire. Une large dalle horizontale précède une stèle basse, formée de blocs rectangulaires. Le nom « Léon Jouhaux » est gravé en grandes capitales sur la face principale, accompagné de ses dates.

Vue générale de la tombe de Léon Jouhaux
Vue générale de la tombe de Léon Jouhaux, division 88. Wikimedia Commons, licence libre.
Inscription sur la tombe de Léon Jouhaux
Détail de la stèle portant le nom de Léon Jouhaux au Père-Lachaise. Wikimedia Commons, licence libre.

Biographie de Léon Jouhaux

Léon Henri Jouhaux naît le 1er juillet 1879 dans le 15e arrondissement de Paris. Son père, Adolphe Jouhaux, travaille dans une manufacture d’allumettes ; la famille s’installe bientôt à Aubervilliers, commune encore partiellement rurale mais déjà marquée par l’industrialisation. Le jeune Léon montre de bonnes dispositions scolaires et entre à l’école primaire supérieure Colbert. Les difficultés familiales l’obligent pourtant à interrompre ses études. Après une tentative à l’école professionnelle Diderot, il devient ouvrier à quatorze ans.

L’apprentissage du monde ouvrier

Jouhaux travaille d’abord dans une savonnerie, puis rejoint la manufacture d’allumettes où son père est employé. Les ouvriers y manipulent du phosphore blanc, substance toxique responsable de graves maladies professionnelles. Son père en subit les effets. À seize ans, Léon adhère au syndicat de l’usine. Il découvre dans l’action collective un moyen de lutter contre des risques que les salariés isolés ne peuvent imposer aux employeurs et à l’État de reconnaître.

Après son service militaire en Algérie, il reprend le travail et participe en 1900 à une grève contre l’usage du phosphore blanc. Licencié, il exerce différents métiers avant de retrouver sa place grâce à la pression syndicale. Il se forme en autodidacte, suit les débats politiques et fréquente l’université populaire d’Aubervilliers. Son ascension dans le syndicalisme repose autant sur son expérience d’atelier que sur sa capacité à synthétiser les revendications et à négocier.

Portrait de Léon Jouhaux en 1914
Léon Jouhaux en 1914, à la veille de la Première Guerre mondiale. Wikimedia Commons, domaine public.

À la tête de la CGT

Jouhaux devient secrétaire de la Fédération des ouvriers des manufactures d’allumettes, puis entre dans les structures nationales de la Confédération générale du travail. En 1909, à trente ans, il est élu secrétaire général de la CGT. L’organisation se réclame de la Charte d’Amiens adoptée en 1906 : le syndicat doit défendre les intérêts immédiats des travailleurs tout en préparant leur émancipation, mais demeurer indépendant des partis politiques et de l’État.

À la tête de la Confédération, Jouhaux doit concilier des tendances très différentes. Certains militants privilégient l’action directe et la grève générale ; d’autres veulent développer la négociation, les conventions collectives et la législation sociale. Lui-même évolue vers un syndicalisme réformateur sans renoncer à l’indépendance confédérale. Il défend la journée de huit heures, les assurances sociales, le droit syndical et la représentation des travailleurs dans les institutions économiques.

La guerre de 1914 et l’Union sacrée

Avant 1914, la CGT affirme son antimilitarisme et tente de coordonner les syndicats européens contre la guerre. L’assassinat de Jean Jaurès, le 31 juillet 1914, puis la mobilisation générale placent Jouhaux devant un choix dramatique. Lors des obsèques du dirigeant socialiste, il explique que les ouvriers français ne partent pas combattre par haine du peuple allemand, mais contre l’impérialisme. La CGT rejoint l’Union sacrée et participe à l’effort national.

Cette décision demeure l’un des grands débats de sa carrière. Pour ses adversaires révolutionnaires, elle constitue un abandon de l’internationalisme. Jouhaux estime qu’une victoire allemande menacerait les libertés syndicales et la République. Pendant le conflit, il cherche néanmoins à maintenir des contacts internationaux et à préparer une paix fondée sur le droit, l’arbitrage et une organisation permanente entre les nations.

Vers l’Organisation internationale du travail

Dès les conférences syndicales de Leeds en 1916 et de Londres en 1917, Jouhaux défend l’idée que le futur traité de paix doit comporter des garanties sociales. À la conférence de la paix de 1919, il est attaché à la délégation française comme expert du travail. Il participe aux discussions qui conduisent à la création de l’Organisation internationale du travail. La conviction qui guide son action est simple : la paix ne peut durer si la concurrence internationale repose sur la misère des salariés.

Il siège ensuite au Bureau international du travail et intervient régulièrement dans les conférences de Genève. Il soutient la journée de huit heures, l’interdiction du travail forcé, la protection des femmes et des enfants et l’extension des assurances sociales. Son syndicalisme acquiert ainsi une dimension internationale durable. Jouhaux ne sépare jamais le progrès social de la prévention des conflits entre États.

Léon Jouhaux prononçant un discours à la Société des Nations
Léon Jouhaux à la tribune de la Société des Nations, à Genève. Agence Rol / BnF-Gallica / Wikimedia Commons, domaine public.

Les divisions du mouvement syndical

La révolution russe de 1917 et la naissance du Parti communiste français bouleversent la CGT. Les militants favorables à Moscou contestent la direction confédérale. En 1921-1922, la rupture conduit à la création de la CGTU. Jouhaux conserve la direction de la CGT réformiste et défend l’autonomie syndicale face aux partis. La scission affaiblit cependant durablement le mouvement ouvrier français.

Pendant l’entre-deux-guerres, il participe aux campagnes pour le désarmement, la sécurité collective et la réconciliation franco-allemande. À la Société des Nations, il réclame l’arbitrage obligatoire et une limitation des armements. Son pacifisme n’est pas une simple condamnation morale de la guerre : il repose sur la construction d’institutions internationales et sur l’amélioration des conditions sociales qui réduisent les tensions entre peuples.

Léon Jouhaux au congrès de la CGT en 1929
Léon Jouhaux au 26e congrès de la CGT, salle Japy, en 1929. Agence Meurisse / BnF-Gallica / Wikimedia Commons, domaine public.

Le Front populaire et la réunification

La montée du fascisme et la crise politique des années 1930 favorisent le rapprochement des organisations ouvrières. En 1936, CGT et CGTU se réunifient. Après les grèves de mai et juin, Jouhaux participe aux négociations de Matignon avec le gouvernement de Léon Blum et les représentants du patronat. Les accords reconnaissent les délégués du personnel, améliorent les salaires et favorisent les conventions collectives. Les lois sur les congés payés et la semaine de quarante heures complètent cette transformation sociale.

Jouhaux entre également au conseil général de la Banque de France après sa réorganisation. Sa présence symbolise la reconnaissance institutionnelle du syndicalisme. Elle suscite toutefois les critiques de ceux qui craignent une intégration excessive des organisations ouvrières dans l’État. Il maintient que la participation à des organismes économiques peut permettre aux salariés de peser sur les décisions sans renoncer à leur autonomie.

Conseil général de la Banque de France en 1936 avec Léon Jouhaux
Le conseil général de la Banque de France réorganisé en 1936, auquel appartient Léon Jouhaux. Agence Meurisse / BnF-Gallica / Wikimedia Commons, domaine public.

Arrestation et déportation

Après la défaite de 1940, le régime de Vichy dissout les confédérations syndicales. Jouhaux est placé en résidence surveillée. Les autorités allemandes l’arrêtent en novembre 1942. Il est interné, puis déporté en Allemagne, notamment à Buchenwald, dans des conditions particulières réservées à certaines personnalités détenues comme otages. Séparé du mouvement syndical, affaibli par la captivité, il reste prisonnier jusqu’aux derniers jours de la guerre.

Libéré en 1945, il revient en France avec une autorité renforcée par son passé de résistant aux régimes autoritaires. Mais la CGT réunifiée est désormais dominée par les militants communistes. Jouhaux partage le secrétariat avec Benoît Frachon, tandis que les désaccords s’aggravent sur les grèves, le plan Marshall et l’indépendance à l’égard des partis.

La fondation de Force ouvrière

En décembre 1947, Jouhaux, Robert Bothereau et leurs amis quittent la direction de la CGT. Ils fondent la CGT-Force ouvrière, qui revendique l’héritage de la Charte d’Amiens et l’indépendance syndicale. Jouhaux en devient président en 1948. Cette nouvelle scission s’inscrit dans le contexte de la guerre froide, mais elle prolonge aussi un conflit ancien sur les rapports entre syndicat et parti politique.

Parallèlement, il préside le Conseil économique, institution consultative où représentants des salariés, des entreprises et des professions discutent des politiques publiques. Il est également vice-président du Bureau international du travail et de la Confédération internationale des syndicats libres. Ses responsabilités nationales et internationales résument un demi-siècle consacré à la représentation organisée du travail.

Le prix Nobel de la paix

En 1951, le Comité Nobel norvégien lui attribue le prix Nobel de la paix pour son action en faveur de la justice sociale, de la coopération syndicale internationale et du rapprochement entre les peuples. À Oslo, Jouhaux refuse de présenter la récompense comme un honneur purement personnel. Il la rapporte au mouvement ouvrier organisé et aux efforts collectifs accomplis depuis le début du siècle pour faire entrer les droits sociaux dans les relations internationales.

Léon Jouhaux recevant le prix Nobel de la paix en 1951
Léon Jouhaux lors de la remise du prix Nobel de la paix en 1951. Nationaal Archief / Wikimedia Commons, CC0.

Les dernières années

Jouhaux poursuit ses activités malgré une santé déclinante. Il défend la construction européenne, le désarmement et les droits humains, convaincu que les institutions internationales doivent empêcher le retour des catastrophes vécues au cours de sa génération. Il meurt à Paris le 28 avril 1954, à 74 ans. Des funérailles nationales lui sont accordées. Le cortège conduit sa dépouille du Palais-Royal, siège du Conseil économique, au Père-Lachaise.

Sa tombe de la division 88 demeure un lieu d’hommage syndical. Le parcours de Léon Jouhaux relie l’usine d’allumettes d’Aubervilliers à la direction de la CGT, les conférences de Genève à la déportation, puis la fondation de Force ouvrière au prix Nobel. Il a placé au centre de son action une idée constante : la justice entre les travailleurs et la coopération entre les nations sont les conditions concrètes d’une paix durable.

Principales réalisations de Léon Jouhaux

  • Direction de la CGT comme secrétaire général de 1909 à 1947.
  • Défense de la journée de huit heures, des conventions collectives et des assurances sociales.
  • Participation aux travaux préparatoires de l’Organisation internationale du travail en 1919.
  • Action pour le désarmement et l’arbitrage international à la Société des Nations.
  • Participation aux négociations des accords de Matignon en 1936.
  • Cofondation de la CGT-Force ouvrière en 1947.
  • Promotion de la paix par la justice sociale et la coopération syndicale internationale.

Distinctions et fonctions

  • Secrétaire général de la CGT de 1909 à 1947.
  • Membre et vice-président du Bureau international du travail.
  • Membre du conseil général de la Banque de France à partir de 1936.
  • Président du Conseil économique de 1947 à 1954.
  • Président de la CGT-Force ouvrière de 1948 à 1954.
  • Vice-président de la Confédération internationale des syndicats libres.
  • Prix Nobel de la paix en 1951.
  • Officier de la Légion d’honneur.