Qui est Pierre Amédée Jaubert ?
Nom complet : Pierre Amédée Émilien Probe Jaubert.
Naissance : 3 juin 1779 (Aix-en-Provence, France).
Mort : 27 janvier 1847 (Paris, France) à 67 ans.
Activité : orientaliste, traducteur, diplomate, voyageur et professeur.
Notoriété : interprète de Bonaparte pendant l’expédition d’Égypte, spécialiste du turc et du persan, traducteur de la Géographie d’Al-Idrisi.
Où se trouve la tombe de Pierre Amédée Jaubert ?
La tombe de Pierre Amédée Jaubert se trouve dans la division 45 du cimetière du Père-Lachaise. Elle abrite également le vice-amiral et homme politique Albert Roussin.

Le monument funéraire de Pierre Amédée Jaubert au Père-Lachaise
La sépulture est un sobre tombeau familial de pierre, composé d’un soubassement rectangulaire surmonté d’un coffre funéraire à dalle inclinée. La face principale porte plusieurs inscriptions gravées, aujourd’hui patinées par le temps. Elles réunissent notamment les noms de Pierre Amédée Jaubert et d’Albert Roussin. Le monument est inscrit au titre des monuments historiques avec d’autres sépultures remarquables du Père-Lachaise.


Biographie de Pierre Amédée Jaubert
Pierre Amédée Émilien Probe Jaubert naît à Aix-en-Provence le 3 juin 1779. Il est l’aîné des six enfants d’Antoine Pierre Jaubert, avocat au parlement de Provence, et de Thérèse Berthet. Il étudie au collège Bourbon d’Aix, futur collège Mignet. La Révolution bouleverse cependant l’existence familiale : suspectée pendant la Terreur, la famille quitte la Provence pour Paris en 1793. Dans la capitale, le jeune homme découvre un milieu intellectuel où l’étude des langues orientales commence à s’organiser en discipline.

L’élève de Silvestre de Sacy
En 1795, la Convention fonde l’École spéciale des langues orientales vivantes afin de former des interprètes capables de servir la diplomatie et le commerce. Jaubert s’y inscrit dès 1796. Il suit notamment l’enseignement de Silvestre de Sacy, savant qui structure durablement l’orientalisme français. Il étudie l’arabe, le persan et le turc, non comme des langues anciennes détachées du monde contemporain, mais comme des instruments indispensables pour comprendre les sociétés et négocier avec elles. Cette formation très pratique va déterminer toute sa carrière.
L’expédition d’Égypte
À dix-neuf ans, Jaubert est choisi comme interprète adjoint de l’expédition d’Égypte conduite par Bonaparte en 1798. Il appartient à la Commission des sciences et des arts, qui rassemble ingénieurs, médecins, naturalistes, dessinateurs et linguistes. Dans un contexte militaire difficile, les interprètes jouent un rôle essentiel : ils traduisent les proclamations, préparent les échanges avec les autorités locales et recueillent des informations sur les populations. Jaubert devient bientôt premier secrétaire-interprète de Bonaparte. Cette expérience lui donne une connaissance directe du Proche-Orient et l’introduit au cœur de l’appareil politique du Consulat, puis de l’Empire.

Interprète et diplomate de Napoléon
De retour en France avec Bonaparte, Jaubert est attaché au gouvernement comme secrétaire-interprète. Ses compétences linguistiques l’amènent à participer à plusieurs missions dans l’Empire ottoman et en Perse. En 1802, il séjourne à Constantinople. Trois ans plus tard, il accompagne une mission chargée de nouer une alliance avec la Perse de Fath Ali Chah. Son voyage est périlleux : arrêté sur la route et détenu plusieurs mois dans une citerne à Bayezid, il n’est libéré qu’après la mort du pacha qui le retenait. Il atteint finalement Téhéran, remet les lettres de Napoléon au souverain qajar et revient en Europe avec un envoyé persan.
En 1807, Jaubert participe aux discussions qui entourent le traité de Finckenstein, alliance franco-persane dirigée contre les intérêts russes et britanniques. Il est ensuite employé dans différentes missions, à Constantinople, Varsovie et dans les territoires orientaux. Maître des requêtes au Conseil d’État en 1810, chevalier de l’Empire, il incarne cette génération de savants-interprètes dont la connaissance des langues est directement mobilisée par la politique extérieure napoléonienne.

Du service de l’Empire aux grands voyages
Après la chute de Napoléon, la Restauration réduit ses responsabilités politiques, mais ne met pas fin à son activité. Jaubert se consacre davantage aux voyages, aux études et à l’enseignement. En 1818, il organise l’arrivée en France de chèvres à duvet de cachemire venues d’Asie. L’entreprise, soutenue par l’industriel Guillaume Louis Ternaux, vise à acclimater en Europe une matière première recherchée. Plusieurs centaines d’animaux survivent au long trajet, même si leur élevage sous le climat français ne donne pas les résultats commerciaux espérés.
Ses déplacements nourrissent son ouvrage le plus personnel, Voyage en Arménie et en Perse, fait dans les années 1805 et 1806, publié en 1821. Jaubert y décrit les routes, les villes, les pouvoirs locaux et les usages observés. Le livre mêle récit de mission, géographie et informations diplomatiques. Il témoigne aussi de la position particulière de l’auteur : voyageur européen lié au pouvoir impérial, mais linguiste capable de communiquer directement avec nombre de ses interlocuteurs.
Un professeur de turc et de persan
Jaubert reprend parallèlement une carrière savante. Il enseigne le turc à l’École des langues orientales et publie en 1823 ses Éléments de la grammaire turke, manuel destiné aux élèves de l’établissement. L’ouvrage contribue à fixer une pédagogie du turc ottoman en France. Il étudie aussi des manuscrits ouïgours et traduit des récits de voyage venus de Russie et d’Asie centrale. Ses travaux relient l’apprentissage linguistique, l’examen des textes et la connaissance concrète des territoires.

La Géographie d’Al-Idrisi
Son œuvre majeure est la première traduction française complète du grand traité géographique d’Al-Idrisi, savant du XIIe siècle au service du roi Roger II de Sicile. Publiée en deux volumes en 1836 et 1840 sous le titre Géographie d’Édrisi, elle s’appuie sur des manuscrits conservés à la Bibliothèque royale. Le texte décrit les régions, les routes, les villes, les productions et les peuples du monde connu. Malgré les limites philologiques propres à son époque, la traduction de Jaubert ouvre largement cette source aux géographes et aux historiens européens.

Académicien, directeur et pair de France
La reconnaissance institutionnelle accompagne cette activité. Jaubert participe à la fondation de la Société de géographie et de la Société asiatique. Élu à l’Académie des inscriptions et belles-lettres en 1830, il préside la Société asiatique de 1834 jusqu’à sa mort. En 1838, il devient professeur de langue et littérature persanes au Collège de France et prend la direction de l’École des langues orientales. Ces fonctions lui permettent de former de nouveaux interprètes et orientalistes tout en poursuivant l’étude des textes persans et turcs.
La monarchie de Juillet le rappelle aussi au service de l’État. Conseiller d’État, il est nommé pair de France en 1841. Dans ces dernières années, le savant, le diplomate et l’homme politique ne forment pas trois carrières séparées : sa maîtrise des langues, son expérience des négociations et son autorité académique se renforcent mutuellement. Sa fille Claire épouse en 1841 Jules Dufaure, futur ministre et président du Conseil.
Les dernières années
Pierre Amédée Jaubert meurt à Paris le 27 janvier 1847, à l’âge de 67 ans. Il est inhumé au Père-Lachaise, dans la division 45. Sa carrière illustre la naissance de l’orientalisme institutionnel français, à la croisée de la recherche, de l’enseignement et de la diplomatie. Ses récits de voyage, sa grammaire turque et surtout sa traduction d’Al-Idrisi restent les principaux jalons d’une œuvre construite par un homme qui connut directement les mondes dont il étudiait les langues.
Œuvres principales de Pierre Amédée Jaubert
- Voyage en Arménie et en Perse, fait dans les années 1805 et 1806 (1821).
- Éléments de la grammaire turke (1823 ; seconde édition en 1833).
- Travaux et notices sur des manuscrits turcs et ouïgours.
- Traduction de récits de voyage consacrés à l’Asie centrale.
- Géographie d’Édrisi, première traduction française complète, en deux volumes (1836 et 1840).
Distinctions et fonctions
- Premier secrétaire-interprète de Bonaparte pendant l’expédition d’Égypte.
- Maître des requêtes au Conseil d’État à partir de 1810.
- Chevalier de l’Empire.
- Membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres à partir de 1830.
- Président de la Société asiatique de 1834 à 1847.
- Professeur de persan au Collège de France à partir de 1838.
- Directeur de l’École des langues orientales à partir de 1838.
- Conseiller d’État et pair de France à partir de 1841.
- Chevalier de la Légion d’honneur et titulaire de l’ordre persan du Lion et du Soleil.