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GRASSET Bernard

Qui est Bernard Grasset ?

Nom complet : Bernard Félix Joseph Grasset.
Naissance : 6 mars 1881 (Chambéry, France).
Mort : 20 octobre 1955 (Paris, France) à 74 ans.
Activité : éditeur.
Notoriété : fondateur des Éditions Bernard Grasset, l’une des grandes maisons littéraires françaises du XXᵉ siècle.

Où se trouve la tombe de Bernard Grasset ?

La tombe de Bernard Grasset se trouve dans la division 88 du cimetière du Père-Lachaise.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 88
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise.

Le monument funéraire de Bernard Grasset au Père-Lachaise

La sépulture de Bernard Grasset est un tombeau de pierre sobre, formé d’une dalle horizontale et d’une stèle verticale. Le nom de l’éditeur et ses dates, « Bernard Grasset 1881-1955 », sont gravés au centre. La signature des marbriers Lecreux frères apparaît sur le côté.

Vue générale de la tombe de Bernard Grasset au Père-Lachaise
Tombe de Bernard Grasset, division 88. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Stèle portant le nom de Bernard Grasset au Père-Lachaise
Détail de la stèle de Bernard Grasset. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Biographie de Bernard Grasset

Bernard Grasset naît à Chambéry le 6 mars 1881. Devenu orphelin très jeune, il est élevé par son oncle, le médecin Joseph Grasset. Cette enfance privée de ses parents et placée sous une autorité familiale exigeante précède une ascension remarquable dans le Paris des lettres. Après des études supérieures, il obtient un doctorat en sciences économiques, formation inhabituelle pour un futur éditeur mais qui nourrira son attention constante aux mécanismes du marché du livre.

Portrait de Bernard Grasset en 1905
Bernard Grasset en 1905. Wikimedia Commons, domaine public.

L’arrivée à Paris et la naissance d’une maison

Au début du XXᵉ siècle, Grasset monte à Paris avec son ami Louis Brun. Il s’installe rue Gay-Lussac et fréquente le Café Vachette, où se croisent écrivains, critiques et journalistes. Il y rencontre notamment Jean Moréas, Émile Faguet et Jean Giraudoux. Plus qu’un simple milieu mondain, ce réseau lui permet d’observer la fabrication de la réputation littéraire et de comprendre le rôle nouveau que peuvent jouer la presse, la publicité et les relations personnelles.

En 1907, à vingt-six ans, il fonde les « Éditions Nouvelles ». Son premier titre, Mounette, est suivi de plusieurs ouvrages souvent publiés à compte d’auteur. Le jeune entrepreneur ne dispose ni du catalogue ni des capitaux des maisons installées ; il compense cette fragilité par une activité commerciale intense. Le succès des pastiches À la manière de…, de Paul Reboux et Charles Muller, lui apporte une première visibilité.

Deux prix Goncourt et l’installation rue des Saints-Pères

La maison change rapidement d’échelle. Monsieur des Lourdines d’Alphonse de Châteaubriant reçoit le prix Goncourt en 1911, puis Filles de la pluie d’André Savignon l’obtient l’année suivante. Ces deux récompenses consécutives établissent Grasset parmi les éditeurs qui comptent. Il installe sa maison au 61, rue des Saints-Pères, adresse qui demeure associée aux éditions Grasset.

Façade du siège des éditions Grasset rue des Saints-Pères
Siège historique des éditions Grasset, rue des Saints-Pères à Paris. Photo : Wikimedia Commons, licence libre.

Le pari Marcel Proust

En 1913, par l’intermédiaire de René Blum, Marcel Proust lui soumet le premier volume de son vaste projet romanesque, refusé par plusieurs éditeurs. Grasset accepte de publier Du côté de chez Swann à compte d’auteur. Le contrat limite son risque financier, mais son nom se trouve bientôt attaché à l’un des événements majeurs de la littérature moderne. Le livre paraît le 14 novembre 1913 et connaît une réimpression dès la fin de l’année.

Première édition de Du côté de chez Swann publiée par Bernard Grasset en 1913
Première édition de Du côté de chez Swann, publiée à compte d’auteur chez Bernard Grasset en 1913. Wikimedia Commons, domaine public.

Après la guerre, Proust rejoint toutefois la Nouvelle Revue française et Gallimard, qui reprend la suite de À la recherche du temps perdu. L’épisode reste emblématique de Grasset : il sait accueillir un manuscrit que les circuits établis ont écarté, mais l’histoire éditoriale réelle est plus complexe que les récits avantageux qu’il donnera ensuite de sa propre clairvoyance.

Les « Quatre M » et les Cahiers verts

Les années 1920 constituent l’apogée de la maison. Grasset met en avant André Maurois, François Mauriac, Henry de Montherlant et Paul Morand, bientôt surnommés les « Quatre M ». Ils incarnent des voix différentes mais donnent au catalogue une cohérence générationnelle et une grande présence publique. L’éditeur sait transformer la publication d’un livre en événement, mobilisant annonces, services de presse, vitrines et formules publicitaires.

En 1921, il confie à Daniel Halévy la direction des Cahiers verts. La collection, reconnaissable à sa couverture, commence avec Maria Chapdelaine de Louis Hémon et devient l’un des emblèmes de la maison. Grasset publie ensuite Raymond Radiguet, Blaise Cendrars, Jean Giono, Charles-Ferdinand Ramuz, André Malraux, Philippe Soupault, Joseph Delteil et Joseph Peyré. Il contribue ainsi à organiser une part essentielle du paysage littéraire de l’entre-deux-guerres.

Premiers titres de la collection Les Cahiers verts des éditions Grasset
Liste des premiers volumes de la collection « Les Cahiers verts ». Wikimedia Commons, domaine public.

Un éditeur moderne et controversé

Grasset défend une conception très personnelle du métier. Il intervient dans le choix des titres, la présentation des livres et la construction publique des auteurs. Ses méthodes commerciales, agressives pour l’époque, rompent avec l’image plus discrète de l’éditeur lettré. Il considère le livre comme une œuvre de l’esprit, mais aussi comme un produit qu’il faut rendre visible. Cette conception lui attire autant d’admirateurs que d’adversaires.

Publicité des éditions Grasset pour Le Diable au corps de Raymond Radiguet
Publicité pour Le Diable au corps de Raymond Radiguet, publié par Grasset en 1923. Wikimedia Commons, domaine public.

Sa personnalité autoritaire et son goût de la mise en scène provoquent des conflits avec certains écrivains. Il publie également des essais sous son propre nom, notamment sur l’édition, la littérature et son métier. Son influence dépasse donc la direction d’un catalogue : il participe au débat sur la professionnalisation de l’édition et sur les relations entre création, critique et commerce.

L’Occupation, l’épuration et la perte de la maison

Sous l’Occupation allemande, la maison continue de publier et Bernard Grasset adopte une attitude de complaisance envers les autorités occupantes. Après la Libération, il est poursuivi dans le cadre de l’épuration. Condamné par contumace en 1948 à la dégradation nationale et à la confiscation de ses biens, il est gracié l’année suivante par le président Vincent Auriol et retrouve ses droits. Cet épisode demeure une part essentielle et sombre de sa biographie.

Affaibli par ces procédures, par des problèmes de santé et par la rupture de plusieurs auteurs, il ne retrouve pas la place qui avait été la sienne avant-guerre. En 1954, la librairie Hachette acquiert la très grande majorité du capital de sa maison. L’homme qui avait voulu incarner l’indépendance et l’audace éditoriales voit ainsi le contrôle de son entreprise lui échapper.

Les dernières années

Bernard Grasset passe ses derniers mois retiré à Paris. Il meurt le 20 octobre 1955, à soixante-quatorze ans. Son neveu Bernard Privat prend la présidence de la maison et engage sa réorganisation. En 1967, celle-ci fusionne avec les éditions Fasquelle pour devenir Grasset et Fasquelle.

Principales réalisations éditoriales

  • Fondation des « Éditions Nouvelles » en 1907, devenues les Éditions Bernard Grasset.
  • Publication de Monsieur des Lourdines d’Alphonse de Châteaubriant, prix Goncourt 1911.
  • Publication de Filles de la pluie d’André Savignon, prix Goncourt 1912.
  • Première édition de Du côté de chez Swann de Marcel Proust en 1913.
  • Création des « Cahiers verts » sous la direction de Daniel Halévy en 1921.
  • Publication du Diable au corps de Raymond Radiguet en 1923.
  • Développement du catalogue autour des « Quatre M » : Maurois, Mauriac, Montherlant et Morand.
  • Publication d’œuvres majeures de Cendrars, Giono, Ramuz, Malraux, Soupault et Joseph Peyré.

Distinctions et fonctions

  • Fondateur et directeur des Éditions Bernard Grasset.
  • Docteur en sciences économiques.
  • Éditeur de deux prix Goncourt consécutifs en 1911 et 1912.
  • Directeur d’une des principales maisons littéraires françaises de l’entre-deux-guerres.