Qui est Abdul Rahman Ghassemlou ?
Nom complet : Abdul Rahman Ghassemlou, également transcrit Qasemlou ou Qasimlo.
Naissance : 22 décembre 1930 (Ourmia, Iran).
Mort : 13 juillet 1989 (Vienne, Autriche) à 58 ans, assassiné.
Activité : économiste, universitaire et homme politique kurde iranien.
Notoriété : secrétaire général du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran et défenseur d’une solution démocratique et autonomiste à la question kurde en Iran.
Où se trouve la tombe d’Abdul Rahman Ghassemlou ?
La tombe d’Abdul Rahman Ghassemlou se trouve dans la division 76 du cimetière du Père-Lachaise. Elle est située dans le secteur des sépultures de plusieurs militants kurdes, près de celle d’Abdullah Ghaderi Azar, assassiné avec lui à Vienne.

Le monument funéraire d’Abdul Rahman Ghassemlou au Père-Lachaise
La sépulture prend la forme d’une stèle de pierre claire surmontée d’un arc. Une photographie d’Abdul Rahman Ghassemlou occupe le centre du monument. Les inscriptions, en français et en kurde, rappellent sa qualité de dirigeant kurde, ses dates de naissance et de mort ainsi que son assassinat à Vienne. La formule « Mort pour la liberté du peuple kurde » résume le sens politique et mémoriel donné à la tombe.
Le monument appartient à un ensemble de sépultures kurdes de la division 76 dont la composition est proche : portrait du défunt, identité et inscriptions bilingues. Hélène Krulich-Ghassemlou, épouse et proche collaboratrice d’Abdul Rahman Ghassemlou, morte en 2023, repose également dans cette division.


Biographie d’Abdul Rahman Ghassemlou
Abdul Rahman Ghassemlou naît le 22 décembre 1930 à Ourmia, dans le nord-ouest de l’Iran, au sein d’une famille kurde influente. Son père, Mohammad Ghassemlou, appartient à la tribu Chékak et possède des terres dans la région ; sa mère est d’origine assyrienne. Cette enfance dans une ville où se côtoient Kurdes, Persans, Azéris, Assyriens et Arméniens contribue à son ouverture linguistique. Il parle très jeune plusieurs langues de la région, auxquelles s’ajouteront ensuite le français, l’anglais, le tchèque et d’autres langues européennes.
L’adolescence de Ghassemlou coïncide avec une période décisive de l’histoire kurde iranienne. En 1945, le Parti démocratique du Kurdistan d’Iran est fondé à Mahabad. L’année suivante, l’éphémère République kurde de Mahabad proclame son autonomie avant d’être écrasée par l’armée iranienne. À quatorze ou quinze ans, Ghassemlou s’engage dans les mouvements de jeunesse liés à la gauche iranienne et au mouvement démocratique kurde. Cette première expérience associe dès l’origine, dans sa pensée, la question sociale, le combat démocratique et la reconnaissance des droits nationaux kurdes.

De Paris à Prague : une formation européenne
À la fin des années 1940, Ghassemlou quitte l’Iran pour poursuivre ses études. Il séjourne d’abord à Paris, où la vie politique des étudiants iraniens est particulièrement active. Après la tentative d’assassinat du shah Mohammad Reza Pahlavi en 1949 et le durcissement qui suit en Iran, il se rend en Tchécoslovaquie. Il étudie l’économie et les sciences politiques à Prague, dans un pays alors intégré au bloc communiste.
Il y rencontre Hélène Krulich, une étudiante tchécoslovaque qu’il épouse. Le couple aura deux filles. Hélène devient sa partenaire intellectuelle et politique, partageant au fil des décennies les déplacements, l’exil et les risques liés à l’action clandestine. Ghassemlou obtient un doctorat en économie et enseigne à Prague. Son parcours universitaire lui donne une connaissance approfondie du marxisme, mais aussi une distance croissante à l’égard des systèmes autoritaires qui prétendent s’en réclamer.

Il retourne clandestinement en Iran au début des années 1950 et travaille à la réorganisation du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran, durement réprimé depuis la chute de Mahabad. La surveillance policière l’oblige toutefois à quitter de nouveau le pays. Entre l’Iran, l’Irak, la Tchécoslovaquie et plus tard la France, sa vie devient celle d’un intellectuel en exil, constamment relié aux réseaux politiques kurdes.
Un économiste et un penseur de la question kurde
Ghassemlou ne se limite pas à l’organisation militante. Il étudie l’histoire, l’économie et la structure sociale du Kurdistan, territoire partagé entre plusieurs États depuis la fin de l’Empire ottoman. Son ouvrage Kurdistan and the Kurds, publié d’abord au milieu des années 1960 puis traduit dans plusieurs langues, présente au public international la géographie, l’histoire et les aspirations politiques des Kurdes.
Son approche évolue au contact des réalités européennes. S’il reste attaché à la justice sociale et à une analyse économique marquée par la gauche, il rejette le modèle du parti unique et insiste de plus en plus sur le pluralisme, les libertés publiques et les élections. Pour lui, les droits kurdes ne peuvent être durablement garantis sans démocratisation de l’ensemble de l’Iran. Cette conviction se résumera dans la formule devenue le mot d’ordre du PDKI : « Démocratie pour l’Iran, autonomie pour le Kurdistan ».

À la tête du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran
Lors du troisième congrès du PDKI, en 1973, Abdul Rahman Ghassemlou est élu secrétaire général. Il entreprend de moderniser l’organisation, de préciser son programme et de renforcer ses contacts internationaux. Le parti défend une autonomie régionale à l’intérieur de l’Iran, et non la création immédiate d’un État kurde indépendant. Il réclame la reconnaissance de la langue kurde, des institutions locales élues, un développement économique équitable et un régime démocratique pour tous les Iraniens.
En 1976, Ghassemlou s’installe à Paris. Il enseigne la langue et la civilisation kurdes à l’Institut national des langues et civilisations orientales et développe ses liens avec des chercheurs, des journalistes et des responsables politiques. La capitale française devient l’un des principaux lieux de diffusion internationale de la cause kurde. Son aisance dans plusieurs langues et sa double expérience universitaire et militante en font un interlocuteur recherché.
La révolution iranienne et l’espoir déçu de 1979
La chute du shah en février 1979 permet à Ghassemlou de revenir publiquement en Iran après de longues années d’exil. Dans les régions kurdes, le PDKI sort de la clandestinité et bénéficie d’une forte implantation. Ghassemlou tente de négocier avec les nouvelles autorités la reconnaissance d’une autonomie administrative et culturelle. Il est élu dans la province d’Azerbaïdjan occidental à l’Assemblée des experts chargée de rédiger la Constitution, mais son mandat n’est pas accepté.
Les relations avec la République islamique se détériorent rapidement. Le pouvoir révolutionnaire rejette les demandes d’autonomie et entend imposer son contrôle politique et militaire. Durant l’été 1979, l’ayatollah Khomeyni appelle à combattre les forces kurdes. Des affrontements meurtriers opposent les pasdarans et l’armée iranienne aux organisations kurdes. Ghassemlou devient à la fois un négociateur politique et le dirigeant d’un mouvement engagé dans une résistance armée.
La guerre Iran-Irak, déclenchée en 1980, complique davantage la situation. Le Kurdistan iranien se trouve au contact d’un front international et de rivalités régionales. Ghassemlou cherche à préserver l’autonomie politique du PDKI tout en maintenant son objectif central : une solution négociée au sein d’un Iran démocratique. Les années 1980 sont marquées par les combats, les déplacements de populations, les divisions de l’opposition et la poursuite de l’exil.
Une stratégie fondée sur la négociation
Malgré la lutte armée, Ghassemlou considère le dialogue comme indispensable. Il multiplie les rencontres avec les opposants iraniens et les représentants étrangers, tout en défendant l’idée d’un front démocratique pluraliste. Son programme se distingue des projets séparatistes : il propose une autonomie du Kurdistan iranien dans les frontières existantes et associe cette revendication à la transformation démocratique de l’État.
Après le cessez-le-feu entre l’Iran et l’Irak en 1988, des intermédiaires lui font savoir que Téhéran souhaite ouvrir des discussions secrètes. Plusieurs rencontres ont lieu à Vienne à la fin de 1988 et en janvier 1989. Ghassemlou accepte de poursuivre ces échanges, convaincu qu’une nouvelle phase politique peut s’ouvrir après huit années de guerre. Le caractère clandestin des pourparlers et l’absence de garanties internationales rendent toutefois la délégation kurde extrêmement vulnérable.
L’assassinat de Vienne
Le 13 juillet 1989, Abdul Rahman Ghassemlou se rend dans un appartement de la Linke Bahngasse, à Vienne, pour rencontrer trois représentants iraniens. Il est accompagné d’Abdullah Ghaderi Azar, membre du comité central du PDKI, et de Fadhil Rassoul, universitaire kurde irakien qui sert d’intermédiaire. Au cours de la réunion, les trois hommes sont abattus à bout portant. Ghassemlou reçoit trois balles ; Ghaderi Azar et Rassoul sont eux aussi tués.
L’un des membres de la délégation iranienne, Mohammad Jafar Sahraroudi, est blessé et hospitalisé. Il est interrogé puis autorisé à quitter l’Autriche. Les autres participants iraniens échappent également aux poursuites immédiates. Des mandats d’arrêt seront ensuite délivrés, tandis que de nombreux observateurs et plusieurs autorités attribuent l’opération à des agents de la République islamique d’Iran. L’affaire n’a cependant jamais été tranchée par un procès autrichien établissant judiciairement l’ensemble des responsabilités.

Le traitement de l’enquête par les autorités autrichiennes provoque une vive controverse. Des critiques dénoncent les considérations diplomatiques et économiques qui auraient facilité le départ des suspects. En 1992, le successeur de Ghassemlou à la tête du PDKI, Sadegh Sharafkandi, est assassiné à Berlin avec trois autres opposants. Le procès dit du Mykonos conclura que cet autre attentat avait été décidé au plus haut niveau de l’État iranien, renforçant rétrospectivement les soupçons entourant le crime de Vienne.

Les funérailles à Paris
Le 20 juillet 1989, les obsèques d’Abdul Rahman Ghassemlou rassemblent à Paris plusieurs milliers de personnes : Kurdes d’Iran et d’autres régions, militants iraniens, universitaires, responsables politiques, défenseurs des droits humains et amis européens. Le cortège rejoint le cimetière du Père-Lachaise, où il est inhumé dans la division 76 avec Abdullah Ghaderi Azar à proximité.
Sa mort prive le mouvement kurde iranien d’un dirigeant qui avait tenté de conjuguer identité nationale, justice sociale, pluralisme et négociation. Son épouse Hélène poursuit la défense de sa mémoire et de son projet politique jusqu’à sa mort en 2023. À Paris comme à Vienne, la tombe et la plaque commémorative rappellent une trajectoire interrompue au moment même où Ghassemlou croyait possible de transformer un conflit armé en accord politique.
Principales publications et actions politiques
- Kurdistan and the Kurds, étude historique, géographique et politique publiée et traduite dans plusieurs langues à partir des années 1960.
- Réorganisation du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran après la répression de la République de Mahabad.
- Secrétaire général du PDKI à partir de 1973.
- Programme « Démocratie pour l’Iran, autonomie pour le Kurdistan ».
- Négociations avec les autorités iraniennes après la révolution de 1979 puis lors des pourparlers secrets de Vienne en 1988-1989.
- Enseignement de l’économie à Prague puis de la langue et de la civilisation kurdes à Paris.
Fonctions et engagements
- Économiste et docteur en économie.
- Universitaire à Prague et à l’Institut national des langues et civilisations orientales à Paris.
- Dirigeant du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran et secrétaire général de 1973 à 1989.
- Élu en 1979 à l’Assemblée des experts pour la Constitution dans la province d’Azerbaïdjan occidental, sans pouvoir y siéger.
- Défenseur d’une autonomie kurde au sein d’un Iran démocratique et pluraliste.