Qui est Théodore Géricault ?
Nom complet : Jean-Louis-André-Théodore Géricault.
Naissance : 26 septembre 1791 (Rouen, France).
Mort : 26 janvier 1824 (Paris, France) à 32 ans.
Activité : peintre, sculpteur, dessinateur et lithographe.
Notoriété : auteur du Radeau de la Méduse et l’un des principaux précurseurs du romantisme français.
Où se trouve la tombe de Théodore Géricault ?
La tombe de Théodore Géricault se trouve dans la division 12 du cimetière du Père-Lachaise, avenue de la Chapelle.

Le monument funéraire de Théodore Géricault au Père-Lachaise
Le tombeau de Géricault est l’un des monuments d’artistes les plus remarquables du Père-Lachaise. Élevé à l’initiative de ses amis et admirateurs, parmi lesquels Eugène Delacroix, il est l’œuvre du sculpteur Antoine Étex. Le premier monument en marbre, présenté au Salon de 1841, se dégrada rapidement ; son modèle est aujourd’hui conservé au musée des Beaux-Arts de Rouen. Après une période durant laquelle une stèle plus simple marqua la sépulture, le monument d’Étex fut refondu en bronze et réinstallé en 1884.

Sur un massif de granit, Géricault apparaît demi-couché, dans une pose inspirée des effigies funéraires étrusques. Le peintre tient sa palette et son pinceau, comme s’il cherchait encore à travailler malgré la maladie. Trois bas-reliefs de bronze reproduisent ses tableaux les plus célèbres : Le Radeau de la Méduse sur la face principale, Officier de chasseurs à cheval de la garde impériale chargeant et Cuirassier blessé quittant le feu sur les côtés. Le monument porte les signatures d’Étex et du fondeur Gruet. Classée au titre des monuments historiques, la concession est entretenue par la Ville de Paris.

Biographie de Théodore Géricault
Théodore Géricault naît à Rouen le 26 septembre 1791 dans une famille bourgeoise aisée. Il est l’unique enfant de Georges-Nicolas Géricault, homme de loi qui participe ensuite à une manufacture de tabac, et de Louise-Jeanne-Marie Caruel. La famille s’installe à Paris vers 1796. L’enfant reçoit une éducation conforme aux convictions royalistes de son milieu, puis entre en 1806 au lycée impérial, l’actuel lycée Louis-le-Grand. Il manifeste pourtant moins d’intérêt pour les études classiques que pour le dessin et l’équitation, deux passions qui ne cesseront de nourrir son œuvre.
La mort de sa mère en 1808 lui assure un héritage qui lui donnera une indépendance matérielle rare pour un jeune artiste. La même année, il entre dans l’atelier de Carle Vernet, célèbre peintre de chevaux et de scènes militaires. Il s’y lie avec Horace Vernet, fils de son maître. Géricault observe les animaux dans les écuries et aux manèges, cherche à comprendre leurs mouvements et leur anatomie, et apprend à traduire l’énergie d’un corps lancé au galop.

Une formation entre tradition et indépendance
En 1810, Géricault rejoint l’atelier de Pierre-Narcisse Guérin, représentant de l’école néoclassique. Il y rencontre notamment Ary Scheffer, puis Eugène Delacroix. L’enseignement de Guérin lui apporte une discipline de composition et une solide technique, mais son tempérament l’éloigne rapidement de la recherche d’une beauté idéale. Parallèlement, il fréquente assidûment le Louvre et copie Rubens, Titien, Caravage, Van Dyck, Poussin et les maîtres de la Renaissance. De Rubens, il retient le mouvement et la puissance des corps ; de Michel-Ange, qu’il admirera plus encore en Italie, la tension monumentale des figures.
Admis à l’École des beaux-arts en 1811, il préfère toutefois multiplier les expériences personnelles. Il dessine des chevaux, des soldats, des scènes de rue et des corps en mouvement. Sa méthode s’appuie sur l’observation directe et une pratique intense du dessin, mais aussi sur une connaissance approfondie de l’histoire de la peinture. Ce mélange de culture classique et de regard contemporain explique la singularité de ses premiers grands tableaux.
Le succès du Salon de 1812
À vingt et un ans, Géricault présente au Salon de 1812 Officier de chasseurs à cheval de la garde impériale chargeant. La toile, immense, montre un cavalier retourné sur sa selle au milieu d’une charge, dans une composition oblique dominée par la fumée, la lumière et la torsion des corps. Le modèle est le lieutenant Alexandre Dieudonné. L’artiste obtient une médaille d’or et attire immédiatement l’attention par une peinture qui renouvelle le genre du portrait militaire.

Deux ans plus tard, le contexte politique a changé. L’Empire s’effondre après la campagne de France. Au Salon de 1814, Géricault expose Cuirassier blessé quittant le feu. Le héros victorieux de 1812 a laissé place à un soldat qui descend une pente en retenant difficilement son cheval. La peinture ne décrit pas une bataille précise, mais traduit l’incertitude et l’épuisement d’une armée vaincue. L’accueil est plus réservé, bien que l’œuvre forme aujourd’hui avec l’Officier de chasseurs un diptyque essentiel de sa jeunesse.
Géricault s’engage brièvement dans les mousquetaires gris de la Maison du roi sous la Première Restauration. Pendant les Cent-Jours, il accompagne un temps Louis XVIII en direction de la frontière, puis revient à Paris. Son expérience militaire est courte, mais l’univers des uniformes, des cavaliers et de la violence contemporaine reste présent dans son travail.
L’Italie et la recherche d’un grand style
Après un échec au concours du prix de Rome, Géricault finance lui-même son voyage en Italie. Il séjourne à Florence puis à Rome de 1816 à 1817. Il étudie l’Antiquité, Raphaël, les artistes de la Renaissance et surtout Michel-Ange. Il assiste aux courses de chevaux libres organisées pendant le carnaval romain et prépare un vaste projet consacré à la course des chevaux barbes. L’œuvre définitive ne voit jamais le jour, mais les études montrent sa volonté d’unir l’observation animale, le nu héroïque et la grandeur de la peinture d’histoire.
La période italienne lui permet également de prendre de la distance avec les règles académiques. Ses dessins et peintures recherchent des gestes ramassés, des muscles tendus, des affrontements entre l’homme et l’animal. De retour à Paris à l’automne 1817, il veut traiter un sujet contemporain capable de rivaliser avec les grandes compositions anciennes.
Le Radeau de la Méduse
Géricault choisit le naufrage de la frégate La Méduse, survenu en 1816 au large de la Mauritanie. L’incompétence du commandement, favorisé par la Restauration, avait conduit à l’échouage du navire. Cent quarante-sept personnes furent abandonnées sur un radeau improvisé ; quinze seulement survécurent aux treize jours de dérive. Le scandale, largement commenté dans la presse, possède une portée humaine et politique.
L’artiste mène une enquête méthodique. Il rencontre deux survivants, Alexandre Corréard et Henri Savigny, fait construire une maquette du radeau et étudie les récits du naufrage. Il fréquente les hôpitaux et la morgue afin d’observer les corps, réalise de nombreuses études anatomiques, choisit ses modèles et travaille près de deux ans dans un vaste atelier. Delacroix pose pour l’une des figures. Géricault ne représente ni l’échouage ni les scènes les plus atroces, mais l’instant où les naufragés aperçoivent au loin le navire L’Argus. La composition monte des morts du premier plan vers le groupe qui agite un linge à l’horizon.

Présenté au Salon de 1819 sous le titre discret de Scène de naufrage, le tableau divise les critiques. Certains admirent sa puissance, d’autres lui reprochent son réalisme, sa couleur sombre ou sa dimension politique. L’État ne l’achète pas. Géricault emporte alors l’œuvre à Londres, où son exposition payante en 1820 rencontre un succès considérable. Cette réception britannique contribue à établir sa réputation européenne.
L’Angleterre, la lithographie et le monde moderne
Géricault séjourne en Angleterre en 1820 et 1821. Il découvre les paysages de Constable, la tradition sportive britannique, les rues de Londres et les effets sociaux de l’industrialisation. Il produit une série de lithographies, Various Subjects Drawn from Life, consacrée aux chevaux de trait, aux ouvriers, aux pauvres et aux scènes quotidiennes. Le médium lui permet de diffuser rapidement des images en noir et blanc fondées sur une observation directe.
Le Derby d’Epsom, peint en 1821, résume l’intensité de cette période. Quatre chevaux lancés à pleine vitesse semblent voler au-dessus du sol. L’image ne correspond pas à la décomposition réelle du galop que révélera plus tard la photographie, mais elle traduit avec une force exceptionnelle la sensation de vitesse. Le paysage ouvert et le ciel traversé de nuages donnent à la course une dimension presque irréelle.

Les portraits de monomanes
De retour à Paris à la fin de 1821, Géricault travaille dans un registre plus intime. À la demande du médecin Étienne-Jean Georget, élève de Philippe Pinel et spécialiste des maladies mentales, il peint une série de portraits de patients atteints de ce que l’époque nomme des « monomanies ». Cinq tableaux sont aujourd’hui conservés. Ils représentent notamment la monomanie du jeu, de l’envie, du vol et du commandement militaire.
Ces œuvres évitent la caricature et les signes théâtraux de la folie. Les modèles sont montrés à hauteur d’homme, avec une grande précision des vêtements, des visages et des regards. Géricault ne réduit pas les personnes à un diagnostic : il leur donne une présence individuelle et une dignité inhabituelle dans la représentation de la maladie mentale au début du XIXe siècle. La série constitue l’un des sommets de son art du portrait.

Maladie et dernières années
La santé de Géricault se dégrade rapidement. Passionné d’équitation, il subit plusieurs chutes de cheval dont il néglige les conséquences. Une affection de la colonne vertébrale l’immobilise progressivement et l’oblige à travailler couché. Malgré les opérations et les soins, il s’affaiblit durant une longue maladie. Ses amis Horace Vernet, Ary Scheffer, Nicolas-Toussaint Charlet et Pierre-Joseph Dedreux-Dorcy lui rendent visite.
Dans ces dernières années, l’artiste poursuit dessins, lithographies, études de chevaux et projets de grandes compositions, notamment sur la traite des esclaves et l’ouverture des portes de l’Inquisition. Aucun de ces ambitieux projets ne reçoit une forme définitive. Sa production reste néanmoins considérable pour une carrière d’à peine douze ans : tableaux monumentaux, portraits, études anatomiques, scènes militaires, paysages, sculptures et centaines de dessins.
Théodore Géricault meurt à Paris le 26 janvier 1824, à trente-deux ans. Il est d’abord inhumé dans le caveau familial du Père-Lachaise. Ses œuvres sont vendues après sa mort afin de régler ses dettes ; le Louvre acquiert Le Radeau de la Méduse la même année. Delacroix, profondément marqué par sa peinture, contribuera à prolonger l’élan romantique dont Géricault avait été l’un des initiateurs les plus audacieux.
Œuvres principales
- Officier de chasseurs à cheval de la garde impériale chargeant (1812).
- Cuirassier blessé quittant le feu (1814).
- Études pour la Course des chevaux barbes (1816-1817).
- Le Radeau de la Méduse (1818-1819).
- Série lithographique Various Subjects Drawn from Life (1821).
- Le Derby d’Epsom (1821).
- Série des portraits de « monomanes » (vers 1821-1823).
- Nombreuses études de chevaux, dessins anatomiques et sculptures animalières.
Distinctions et fonctions
- Médaille d’or au Salon de 1812 pour Officier de chasseurs à cheval de la garde impériale chargeant.
- Élève de Carle Vernet puis de Pierre-Narcisse Guérin ; admis à l’École des beaux-arts de Paris en 1811.
- Mousquetaire gris de la Maison du roi pendant la Première Restauration.
- Œuvres conservées notamment au musée du Louvre, au Metropolitan Museum of Art, au musée des Beaux-Arts de Lyon et dans plusieurs grandes collections publiques internationales.