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DÉJAZET Virginie

Qui est Virginie Déjazet ?

Date de naissance : 30 août 1798 (Paris, France).
Date du décès : 1er décembre 1875 (Belleville, Paris, France), à 77 ans.
Activité principale : Actrice de théâtre, chanteuse et directrice de théâtre.
Nom de naissance : Pauline Virginie Déjazet.

Virginie Déjazet fut l’une des plus grandes actrices populaires du théâtre parisien au XIXe siècle. Pendant près de soixante-dix ans, elle a dominé le vaudeville et le théâtre de boulevard par son énergie, son sens du rythme et son art très personnel des rôles de jeunes hommes. Son nom demeure attaché au théâtre Déjazet, sur le boulevard du Temple.

Où se trouve la tombe de Virginie Déjazet ?

Virginie Déjazet repose au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 81.

Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise.

Le monument funéraire de Virginie Déjazet au Père-Lachaise

La tombe de Virginie Déjazet se trouve dans la division 81, au sein de la partie ancienne du cimetière. Elle rappelle une artiste dont la célébrité fut immense à Paris, bien au-delà des cercles littéraires ou mondains. L’intérêt du lieu tient moins à une démonstration monumentale qu’à la présence, dans la nécropole, de ce nom longtemps familier aux spectateurs du boulevard du Temple.

Le visiteur y retrouve la trace d’une époque où le théâtre de boulevard était un art populaire majeur et où une comédienne pouvait devenir, par son seul talent, une véritable institution parisienne. Aucun cliché ancien de la sépulture, attribué de manière fiable, n’a été retenu ici : mieux vaut ne pas illustrer le monument par une image incertaine.

Biographie de Virginie Déjazet

Une enfant de Paris vouée à la scène

Pauline Virginie Déjazet naît à Paris le 30 août 1798, dernière d’une famille de treize enfants. Son père, Jean Déjazet, est tailleur ; sa mère, Charlotte Leconte, travaille comme couturière. Cette origine modeste n’a rien d’anecdotique : elle éclaire la place singulière que l’actrice occupera plus tard dans le paysage théâtral. Déjazet n’est pas issue d’une dynastie de comédiens ni d’un milieu protégé ; elle se construit par le travail, la précocité et une formidable intelligence du public.

Elle monte sur scène dès l’enfance. À cinq ans, elle danse, joue et apprend ce que le théâtre exige alors de ses jeunes interprètes : une diction sûre, un sens précis du mouvement et une capacité à se faire entendre dans des salles parfois bruyantes. Elle paraît notamment au théâtre des Jeunes-Artistes, puis, encore très jeune, dans divers spectacles parisiens. Cette formation pratique, acquise dans les théâtres plutôt que dans une institution académique, restera la matrice de son jeu : direct, rapide, très physique et d’une remarquable précision.

Portrait photographique de l'actrice Virginie Déjazet
Virginie Déjazet, portrait photographique du XIXe siècle. Source : Bibliothèque nationale de France / Gallica, domaine public, via Wikimedia Commons.

Du vaudeville au triomphe du boulevard

Au début des années 1810, Déjazet poursuit son apprentissage au théâtre du Vaudeville. Elle se fait connaître du public parisien et confirme, à partir de 1820 au Gymnase, une autorité scénique qui ne la quittera plus. Sa carrière se déploie ensuite entre les théâtres qui font alors battre le cœur du spectacle parisien : le Vaudeville, les Variétés, les Nouveautés, le Palais-Royal, sans oublier de nombreuses tournées en province et à l’étranger, notamment à Bruxelles et à Londres.

Le théâtre de boulevard est un genre exigeant. Il faut y faire vivre des pièces courtes, des couplets, des quiproquos, des satires de mœurs et des personnages immédiatement lisibles, sans jamais tomber dans la mécanique. Déjazet y excelle. Sa parole semble aller vite, mais elle n’est jamais précipitée ; sa gestuelle est généreuse, parfois acrobatique, toujours construite. Contemporains et historiens du théâtre soulignent sa puissance comique, sa vivacité et son extraordinaire présence.

Elle devient surtout célèbre par les rôles dits « en travesti », c’est-à-dire des personnages masculins interprétés par une femme. Elle joue volontiers de jeunes gens, des écoliers, des cadets, des amoureux impétueux ou des intrigants. Il ne s’agit pas d’un simple déguisement : Déjazet compose des caractères et joue avec les conventions sociales autant qu’avec le plaisir du public. On estime qu’environ un tiers de ses rôles relevaient de cet emploi. Cette spécialité lui vaut d’être parfois surnommée la « Mars du boulevard », en référence à la célèbre comédienne de la Comédie-Française.

Virginie Déjazet représentée en 1846 dans un costume de scène
Virginie Déjazet en 1846, gravure publiée dans The Theatres of Paris. Alexandre Lacauchie, domaine public, via Wikimedia Commons.

Une vedette capable de tout jouer

La longévité de Déjazet ne s’explique pas seulement par un « emploi » réussi. Elle possède une palette d’une rare étendue : la parodie, la satire, le sentiment, le chant et une forme de mélancolie légère que son comique ne fait jamais disparaître. Elle sait aussi renouveler son image. À une époque où les succès théâtraux sont vite remplacés, elle demeure demandée parce qu’elle ne se contente pas de répéter une formule.

Son répertoire est immense : plus de 260 rôles lui sont attribués au cours de sa carrière. Ce chiffre donne la mesure d’un métier conduit au plus près de la scène et du public. Chaque création suppose des répétitions, des reprises, des tournées, des changements de partenaires et de directeurs, dans un monde théâtral où le rythme de production est très soutenu. Déjazet devient ainsi l’une des figures les plus identifiables du Paris des spectacles, avec une popularité qui dépasse largement les habitués des premiers rangs.

Les Folies-Déjazet et la transmission

En novembre 1859, alors qu’elle est déjà une vedette consacrée, Virginie Déjazet achète le théâtre des Folies-Nouvelles, boulevard du Temple. L’établissement prend le nom de Folies-Déjazet, puis celui de théâtre Déjazet. Ce choix est significatif : l’actrice ne veut plus seulement être l’interprète des œuvres des autres ; elle entend aussi disposer d’un lieu, choisir des artistes et accompagner des auteurs.

Elle dirige cette aventure avec son fils Eugène Déjazet, musicien et homme de théâtre. Le théâtre accueille notamment les débuts du jeune Victorien Sardou, qui y trouve une scène attentive à la comédie et au goût du public. L’une des premières productions associées à cette période est Les Premières Armes de Figaro. Cette direction donne à Déjazet une seconde place dans l’histoire du spectacle : non plus seulement star, mais passeuse et organisatrice.

Sa vie familiale demeure étroitement liée à son existence professionnelle. La présence d’Eugène à ses côtés montre combien le théâtre, chez les Déjazet, devient une affaire de transmission. L’actrice conserve pourtant une indépendance remarquable, y compris dans les dernières années de sa carrière : l’autorité qu’elle exerce sur scène, puis dans son théâtre, repose sur une expérience de plusieurs décennies et sur une connaissance très concrète du métier.

Les dernières années et une postérité durable

Virginie Déjazet annonce sa retraite en 1868, mais son éloignement de la scène n’est ni brutal ni définitif. Elle reparaît encore à l’occasion de représentations et de soirées données en son honneur. Après près de sept décennies de carrière, son nom reste assez puissant pour mobiliser le public. Elle meurt à Belleville le 1er décembre 1875.

Sa notoriété a été immense de son vivant, avant de devenir plus discrète dans la mémoire générale que celle des grandes tragédiennes ou des écrivains. Pourtant, son parcours est essentiel pour comprendre le théâtre parisien du XIXe siècle : l’essor du vaudeville, la liberté du boulevard, l’importance des tournées et la place d’une actrice comme entrepreneuse culturelle. Le théâtre Déjazet, qui porte toujours son nom, demeure le témoignage le plus visible de cette postérité.

Repères de carrière

  • Débuts d’enfant sur les scènes parisiennes, dès le début du XIXe siècle.
  • Révélation au théâtre du Gymnase à partir de 1820.
  • Engagements marquants au Vaudeville, aux Variétés, aux Nouveautés et au Palais-Royal.
  • Plus de 260 rôles, dont de nombreux personnages masculins en travesti.
  • Directrice des Folies-Déjazet, devenues le théâtre Déjazet, à partir de 1859.
  • Accompagne les débuts de Victorien Sardou avec son fils Eugène Déjazet.

Elle incarne une histoire du théâtre moins officielle, mais extraordinairement vivante : celle des salles du boulevard, des chanteurs-acteurs, des auteurs de vaudeville et d’un public parisien fidèle à ses vedettes.