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DEHERME Georges

Qui est Georges Deherme ?

Date de naissance : 17 avril 1867 (Paris, France).
Date du décès : 25 janvier 1937 (Bruxelles, Belgique), à 69 ans.
Activité principale : Sculpteur sur bois, typographe, écrivain, militant libertaire et initiateur des universités populaires.
Nom de naissance : Marie Adolphe Deherme.

Georges Deherme fut l’un des principaux animateurs de l’éducation populaire au tournant des XIXe et XXe siècles. Ouvrier devenu écrivain et organisateur, il donna une forme concrète à l’idée d’une culture accessible aux travailleurs, hors de l’école et de l’université.

Où se trouve la tombe de Georges Deherme ?

Georges Deherme repose au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 17, chemin de La Bédoyère, 7e ligne.

Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise.

Le monument funéraire de Georges Deherme au Père-Lachaise

La tombe porte une inscription qui résume remarquablement le parcours de Deherme : « La religion de l’Homme ». Elle nomme Georges Deherme, « inventeur des universités populaires », et son épouse Henriette Deherme, née Morris. Tous deux y sont présentés comme disciples d’Auguste Comte. Ce vocabulaire positiviste n’est pas un simple décor : il éclaire l’évolution intellectuelle de l’ancien militant libertaire vers une pensée de l’ordre social, de la science et de l’éducation.

Tombe de Georges Deherme au cimetière du Père-Lachaise
Tombe de Georges Deherme au Père-Lachaise, 2025. Photo : ManoSolo13241324, CC0, via Wikimedia Commons.

Le monument est donc à la fois une sépulture familiale et un manifeste discret. Il fait mémoire d’un homme dont le projet fut de donner au peuple les moyens de comprendre le monde et d’y agir. Dans la division 17, il voisine avec d’autres figures de l’histoire intellectuelle et sociale du XIXe siècle, notamment Auguste Comte, dont la pensée a profondément marqué ses dernières années.

Sépulture Deherme dans la division 17 du Père-Lachaise
Sépulture Deherme, division 17 du Père-Lachaise. Photo : Coyau, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Biographie de Georges Deherme

Un ouvrier autodidacte

Né à Paris le 17 avril 1867, Marie Adolphe Deherme adopte le prénom de Georges sous lequel il sera connu. Issu d’un milieu populaire, il apprend le métier de sculpteur sur bois avant de devenir typographe. Ces professions comptent beaucoup dans la formation d’un homme qui restera toute sa vie attentif au travail manuel, au livre, à la presse et à la circulation des idées. Il ne suit pas le parcours scolaire des intellectuels installés : sa culture est celle d’un autodidacte qui lit, écrit, fréquente les milieux militants et fait de l’imprimé un instrument d’émancipation.

À la fin des années 1880, Deherme entre dans les réseaux de l’anarchisme individualiste. Il participe, en 1887-1888, à la fondation de L’Autonomie individuelle, revue qui affirme une défiance radicale envers les autorités politiques, morales et religieuses. Cette période est essentielle : elle lui apprend les méthodes de la presse militante et nourrit chez lui l’idée que l’individu ne peut être libre sans instruction ni capacité de jugement.

De l’anarchisme à l’éducation sociale

Son itinéraire ne suit pourtant pas une ligne simple. Deherme collabore aux journaux libertaires, notamment dans l’entourage de Zo d’Axa, tout en se rapprochant d’hommes soucieux de dépasser les querelles de chapelle. En 1892, il participe avec Paul Desjardins, Charles Gide, Ferdinand Buisson et Gabriel Séailles à l’Union pour l’Action morale, future Union pour la Vérité. Il y cherche une action qui ne se limite pas à la protestation : il veut former des consciences, créer des lieux de discussion et mettre le savoir en relation avec les réalités sociales.

À partir de 1895, sa revue La Coopération des Idées devient le centre de ce projet. Publiée durant plus de quarante ans, elle mêle éducation sociale, politique, littérature, questions ouvrières et réflexion morale. Son titre dit bien son ambition : aucun savoir ne doit rester isolé, et les idées ne prennent sens que si elles sont partagées et mises en pratique. Deherme y publie lui-même abondamment, mais il en fait aussi un lieu d’échanges entre ouvriers, enseignants, artistes et écrivains.

L’invention des universités populaires

Le nom de Deherme reste avant tout attaché aux universités populaires. Dans le contexte de l’affaire Dreyfus, il contribue à imaginer des institutions ouvertes aux adultes, notamment aux travailleurs, où l’on puisse écouter des conférences, débattre, lire, apprendre et rencontrer des personnes venues d’horizons différents. Le projet n’est pas de reproduire l’université traditionnelle à moindre coût : il s’agit de faire de la culture un moyen d’autonomie civique.

La première expérience parisienne, au faubourg Saint-Antoine, connaît un véritable retentissement. Au début des années 1900, on vient « chez Deherme ». Le mouvement se diffuse dans de nombreuses villes françaises. Conférences scientifiques, cours d’histoire, débats sociaux, bibliothèques et activités artistiques se répondent. L’université populaire devient un espace de sociabilité autant qu’un lieu d’instruction. Elle porte l’espoir qu’une démocratie solide suppose des citoyens informés, capables de confronter les arguments plutôt que de subir les mots d’ordre.

Deherme comprend aussi que l’art peut y jouer un rôle. Il est proche du peintre symboliste Alexandre Séon, qui dessine le décor de La Coopération des Idées. Cette présence artistique n’est pas secondaire : pour lui, l’éducation populaire n’est pas seulement utilitaire. Elle doit développer la sensibilité, l’imagination et le sens de la beauté, au même titre que la connaissance politique ou économique.

Couverture de l'ouvrage Auguste Comte et son œuvre, de Georges Deherme
Auguste Comte et son œuvre : le positivisme, Georges Deherme, 1909. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Vie privée, milieux libres et évolutions

La vie de Deherme est indissociable de ses réseaux militants. Il épouse Jeanne Lucie Garnier en 1898 ; le couple divorce en 1903. En 1906, il se marie avec Henriette Hélène Gabrielle Morris, qui reposera à ses côtés au Père-Lachaise. En 1902, il compte parmi les fondateurs de la Société pour la création et le développement d’un milieu libre en France, aux côtés d’Élisée Reclus, Jehan Rictus, Lucien Descaves, Émile Armand et d’autres libertaires. Cette société soutient La Clairière de Vaux, près de Château-Thierry, expérience communautaire parmi les plus durables du mouvement libertaire français avant sa dissolution en 1907.

Mais l’homme des années 1910 et 1920 n’est plus tout à fait celui de L’Autonomie individuelle. Il se rapproche du positivisme d’Auguste Comte, dont il devient l’un des interprètes indépendants. Cette conversion intellectuelle peut surprendre : le libertaire de jeunesse insiste désormais sur le besoin d’organisation, de responsabilité et d’ordre social. Elle ne doit pas être simplifiée en reniement. Deherme conserve l’idée que la société ne progresse que si elle élève les individus ; il change plutôt de moyen et de langage.

Page de titre de l'ouvrage Le nombre et l'opinion publique de Georges Deherme
Le nombre et l’opinion publique, Georges Deherme, 1919. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Écrire pour agir

Deherme est un écrivain d’intervention. Il publie des monographies, des brochures et plusieurs centaines d’articles sur l’enseignement social, la démocratie, la population, l’économie, la condition des femmes, la colonisation ou le positivisme. Ses titres sont eux-mêmes des programmes : La Coopération des idées, La démocratie vivante, Les forces à régler, Penser pour agir. Il ne cherche pas une œuvre littéraire détachée du monde ; il écrit pour convaincre, organiser et provoquer la réflexion.

Il meurt à Bruxelles le 25 janvier 1937. Sa disparition ne met pas immédiatement fin à la mémoire de son action, mais les universités populaires, déjà fragilisées par les transformations de l’entre-deux-guerres, perdent peu à peu leur centralité. Son héritage demeure néanmoins très actuel : bibliothèques associatives, centres d’éducation populaire, conférences ouvertes et universités citoyennes prolongent, sous d’autres formes, l’intuition qu’il avait portée.

Œuvres principales

  • La coopération des idées : une tentative d’éducation et d’organisation populaires (1901).
  • L’Afrique occidentale française : action politique, action économique, action sociale (1908).
  • Auguste Comte et son œuvre : le positivisme (1909).
  • La démocratie vivante (1909).
  • La crise sociale (1910).
  • Le pouvoir social des femmes (1914).
  • Les forces à régler : le nombre et l’opinion publique (1919).
  • Aux jeunes gens : un maître, Auguste Comte ; une direction, le positivisme (1921).

Fonctions et engagements

  • Fondateur et animateur des universités populaires.
  • Directeur de La Coopération des Idées (1895-1936).
  • Militant libertaire et cofondateur de L’Autonomie individuelle.
  • Fondateur de la Société pour la création et le développement d’un milieu libre en France.
  • Secrétaire général de la Société des universités populaires.
  • Positiviste indépendant, disciple d’Auguste Comte.