Qui est Marie-Paule Belle ?
Date de naissance : 25 janvier 1946 (Pont-Sainte-Maxence, Oise, France).
Date du décès : 25 juillet 2026 (Neuilly-sur-Seine, Hauts-de-Seine) à 80 ans.
Activité principale : Chanteuse, pianiste, compositrice et comédienne.
Nom de naissance : Marie-Paule Belle.
La sépulture de Marie-Paule Belle au Père-Lachaise
Après la cérémonie religieuse célébrée le 3 août 2026 à l’église Saint-Roch, Marie-Paule Belle a été inhumée sous la Coupole du crématorium du cimetière du Père-Lachaise. Ce lieu de recueillement, situé dans l’enceinte du cimetière, ne correspond pas à une division funéraire.
© Chaine Youtube : Le Dilettante Parisien.
À la date de création de cette fiche, aucune source publique ne permet d’identifier une concession, une division ou un monument individuel.
Biographie de Marie-Paule Belle
Marie-Paule Belle a occupé une place singulière dans la chanson française : celle d’une auteure-compositrice-interprète qui faisait du piano, de l’humour, de la fantaisie et de la précision des mots une même manière de parler du monde. Son nom reste d’abord attaché à La Parisienne, immense succès de 1976, mais une carrière de plus d’un demi-siècle ne se réduit pas à ce refrain. De ses premiers cabarets aux récitals tardifs, de Barbara aux plateaux de théâtre, elle a défendu un art de la chanson à la fois savant et populaire, drôle et mélancolique, très personnel sans jamais devenir fermé.
Une enfance entre l’Oise et Nice
Née le 25 janvier 1946 à Pont-Sainte-Maxence, dans l’Oise, Marie-Paule Belle grandit dans une famille où la musique compte très tôt. Son père est médecin, sa mère, d’origine corse, lui transmet ses premiers rudiments de piano. La famille s’installe à Nice lorsqu’elle a environ huit ans. Cette ville, où elle vit jusqu’au début de l’âge adulte, reste pour elle une véritable ville de formation : elle y étudie, y découvre des amis qui compteront dans son travail et s’y forge une culture musicale faite autant de classique que de chanson.
Elle entreprend des études de psychologie et obtient une maîtrise. Le décès de sa mère agit comme un tournant. Paris devient alors le lieu où poursuivre des études, mais surtout où tenter la scène. Cette décision n’a rien d’un reniement de Nice : elle emporte avec elle un goût du récit, un humour d’observation et une distance à la fois tendre et ironique qui seront bientôt reconnaissables dans ses chansons.
Le cabaret, les premiers disques et la rencontre des mots
À Paris, Marie-Paule Belle fréquente les cabarets de la rive gauche, notamment L’Échelle de Jacob et L’Écluse. Elle commence sur scène à la guitare, dans un univers où l’on écoute autant la personnalité que la voix. En 1969, un pari avec des amis de faculté la conduit à participer au concours télévisé Chapeau de Radio Monte-Carlo. Elle le remporte, enregistre un premier 45 tours chez CBS, puis un second chez BAM. Le passage au métier est engagé, sans que le succès ne soit encore assuré.
Le premier album paraît en 1973. La même année, Philippe Bouvard l’invite dans son émission Samedi soir : elle y chante Wolfgang et moi et Nosferatu. Ces titres donnent déjà la mesure de son univers. La musique, composée par elle, dialogue avec des textes où l’érudition ne pèse jamais, où Mozart peut devenir personnage de chanson et où le fantastique se prête à la drôlerie. L’Académie Charles-Cros et l’Académie du disque distinguent ce premier travail ; elle chante aussi pour la première fois à Bobino.
Un rôle essentiel revient alors à Françoise Mallet-Joris. La romancière belge devient sa compagne de 1970 à 1981 et l’une de ses principales parolières. Leur relation, connue sans avoir été transformée en slogan, est aussi une collaboration décisive. Mallet-Joris apporte une écriture littéraire, des personnages, un sens de la situation ; Marie-Paule Belle leur donne une pulsation, des tournures mélodiques et une présence scénique. Michel Grisolia, ami rencontré à Nice, participe lui aussi à cette constellation d’auteurs. La chanson devient pour elle un travail d’équipe très choisi, porté par une musicienne qui reste maîtresse de sa composition.

« La Parisienne », un succès qui lui ressemble
Le grand basculement intervient en 1976 avec La Parisienne, chanson extraite de l’album Celui. Sur une musique de Marie-Paule Belle qui mêle valse, opérette et énergie de cabaret, Françoise Mallet-Joris et Michel Grisolia racontent l’arrivée d’une provinciale dans la capitale. Le texte est drôle, mais sa liberté est plus profonde qu’une simple caricature : l’héroïne refuse les modèles imposés et parle à la première personne avec une indépendance alors peu commune dans la variété.
Le disque devient l’un des grands succès de la chanson française des années 1970 et obtient un disque d’or en 1977. Le titre ne l’enferme pourtant pas dans un personnage unique. Il rend immédiatement identifiable sa façon d’alterner la tendresse, le trait satirique et le plaisir mélodique. À la fin de la décennie, elle enchaîne albums et tournées, se produit à l’Olympia en 1978 puis au Théâtre des Variétés en 1980. Elle travaille aussi pour un public d’enfants, notamment autour de textes de Mallet-Joris, preuve que son imaginaire ne sépare pas les publics mais change simplement de registre.
Sa rencontre avec Serge Lama au cabaret L’Écluse, en 1975, ouvre une autre fidélité artistique. Elle part en tournée avec lui et compose notamment Mon nez pour le chanteur. Leur amitié se poursuit durablement. Lorsque Marie-Paule Belle publie, bien plus tard, Comme si tu étais toujours là, livre consacré à Françoise Mallet-Joris, Serge Lama en écrit la préface. Ces liens disent beaucoup de son parcours : la chanson, chez elle, est affaire de compagnonnage, de confiance et de mémoire.

Poursuivre sans se répéter
La rupture de son contrat avec Polydor, au début des années 1980, ne met pas un terme à son activité. Marie-Paule Belle signe chez Carrère et continue de publier, notamment Mon premier album, Paris fais-toi faire un lifting, Sur un volcan et L’Heure d’été. Les succès radiophoniques ne retrouvent pas toujours l’ampleur de La Parisienne, mais elle conserve un public de scène fidèle et refuse de devenir sa propre imitatrice. Elle adapte ses orchestrations, travaille avec d’autres auteurs et maintient la ligne d’une chanson écrite, qui peut être burlesque un soir et douloureuse le lendemain.
En 1987, elle publie l’autobiographie Je ne suis pas parisienne, ça me gêne…. La même période rappelle combien La Parisienne appartient déjà au paysage populaire : entre 1987 et 1996, elle en interprète une version adaptée pour le générique de Matin Bonheur sur France 2. Elle n’abandonne pas pour autant la scène exigeante. Au théâtre, elle joue notamment Labiche dans Si jamais je te pince !…, puis, plus tard, Les Monologues du vagin et Parfum et suspicions. Au cinéma, elle apparaît dans Trésor de Claude Berri.
Au fil des années 1990, elle reprend aussi des chansons d’autres répertoires. Ce détour par Gainsbourg, Dutronc, Hugues Aufray ou Michel Fugain ne relève pas de la nostalgie : il montre son attention d’interprète, la manière dont une diction, un piano et une couleur vocale peuvent faire entendre autrement une chanson connue. Elle retrouve naturellement Barbara, dont l’exigence et l’économie expressive nourrissent depuis longtemps son propre travail.

Barbara, l’écriture et le retour au récital
L’album Marie-Paule Belle chante Barbara, paru en 2001, puis le spectacle De Belle à Barbara, créé en 2010, donnent une forme particulièrement juste à cette proximité. Il ne s’agit pas de se substituer à Barbara ni de la figer dans la célébration. Marie-Paule Belle fait cohabiter leurs deux répertoires, laisse les chansons se répondre et privilégie le récital, où l’on entend le grain du texte autant que la musique. Le spectacle tourne en France, dans plusieurs pays francophones, mais aussi en Allemagne, en Pologne et au Japon.
Elle continue parallèlement à écrire et à enregistrer ses propres chansons. ReBelle, paru en 2011 grâce à une production participative, affirme jusque dans son titre cette fidélité à l’indépendance. En 2019, la SACEM célèbre ses cinquante ans de carrière professionnelle, commencée par sa demande d’admission envoyée depuis Nice le 3 mars 1969. La reconnaissance ne la détourne pas d’un rapport artisanal à son métier : composer au piano, chercher le bon texte, tenir le plateau et parler directement au public.
En 2020, elle publie chez Plon Comme si tu étais toujours là, hommage à Françoise Mallet-Joris morte en 2016. À partir de lettres conservées, elle revient sur leur histoire d’amour et de création. Le livre ajoute un volet essentiel à son œuvre : sans réécrire le passé, elle donne une place publique, calme et précise, à une relation qui avait traversé une période peu propice à la visibilité des couples de femmes. Cette fidélité intime éclaire aussi des décennies de chansons communes.

Les dernières années de scène
Les années 2020 la montrent encore au travail. Malgré une santé fragilisée par le cancer, dont elle parle sans faux héroïsme, elle retrouve le Théâtre de Passy, donne des récitals et poursuit le contact avec plusieurs générations de spectateurs. En 2023 paraît Un soir entre mille, album où affleurent les souvenirs niçois et le goût du piano-voix. Au printemps 2026, elle chante encore au Théâtre de Passy avant de faire ses adieux à la scène.
Marie-Paule Belle meurt à Neuilly-sur-Seine le 25 juillet 2026, à 80 ans, à la suite d’une longue maladie. Ses obsèques réunissent, le 3 août, ses proches, des artistes et un public venu saluer une musicienne dont le sourire et la liberté n’ont jamais effacé la gravité.
Inhumée au Père-Lachaise, elle laisse une œuvre abondante, traversée de chansons devenues familières et d’autres, moins célèbres, qui attendent encore d’être redécouvertes pour leur invention musicale et leur attention aux mots.


Œuvres principales
- Chansons : Wolfgang et moi, Nosferatu, La Parisienne, Je veux pleurer comme Soraya, La biaiseuse.
- Albums : Marie-Paule Belle (1973), Café Renard (1974), Celui (1976), L’Almanach de Marie-Paule Belle (1978), Patins à roulettes (1980), Sur un volcan (1985), Quand tu passes (1999), Marie-Paule Belle chante Barbara (2001), ReBelle (2011), Un soir entre mille (2023).
- Scène : De Belle à Barbara (2010-2013) ; rôles dans Si jamais je te pince !…, Les Monologues du vagin et Parfum et suspicions.
- Livres : Je ne suis pas parisienne, ça me gêne… (1987), Ma vie.com (2007, avec Alain Wodrascka), Comme si tu étais toujours là (2020).
Distinctions et repères
- Prix de l’Académie Charles-Cros et prix de l’Académie du disque, 1973.
- Grand Prix de la chanson française, Spa, 1974.
- Disque d’or pour La Parisienne, 1977.
- Chevalier de l’ordre national du Mérite, 1988.
- Officier de l’ordre des Arts et des Lettres, 2010 ; commandeur, 2022.
- Médaille de la SACEM pour cinquante ans de carrière, 2019.