DABADIE DE BERNET Jean Melchior
Officier du génie militaire, député à l’Assemblée constituante, général de brigade et baron de l’Empire.
Né le 6 janvier 1748 à Castelnau-Magnoac (Hautes-Pyrénées).
Mort le 8 mars 1820 à Paris.
La sépulture de Jean Melchior Dabadie de Bernet se trouve dans la 35e division, avenue des Acacias, en première ligne.

Le monument funéraire de Jean Melchior Dabadie de Bernet au Père-Lachaise
Le général repose sous un monument vertical de pierre, placé à l’angle de l’avenue des Acacias et du chemin Dabadie. Sa partie supérieure est ornée d’un bronze non signé figurant des trophées militaires : attributs particulièrement appropriés à cet ancien directeur des fortifications et inspecteur général du génie. Une plaque rappelle ses origines à Castelnau-Magnoac, son grade de général de brigade du génie, son titre de baron de l’Empire et sa dignité de commandeur de la Légion d’honneur.
La sépulture a été restaurée par le Souvenir français et par l’Association pour la conservation des monuments napoléoniens. Cette intervention a préservé un monument qui associe avec sobriété la mémoire militaire, l’histoire de la Révolution et celle de l’Empire.


Biographie de Jean Melchior Dabadie de Bernet
Jean Melchior d’Abadie, connu sous le nom de Dabadie de Bernet, naît le 6 janvier 1748 à Castelnau-Magnoac, dans les Hautes-Pyrénées. Il appartient à une famille ancienne du Sud-Ouest : son père, Joseph d’Abadie, est chevalier de Saint-Louis ; sa mère se nomme Anne-Marie de Santis d’Auban. Le cadre familial le destine naturellement aux armes, mais la voie qu’il choisit est alors l’une des plus savantes de l’armée royale. Le génie militaire exige autant de calcul, de dessin et de science des matériaux que de courage : il faut savoir concevoir une place forte, dresser un plan, diriger un siège, franchir un fleuve ou organiser le logement d’une armée. Toute sa carrière, longue de près d’un demi-siècle, restera marquée par cette compétence technique.
Formé à l’École royale du génie de Mézières, l’établissement qui a fourni à la France nombre de ses ingénieurs militaires, il entre au corps du génie en 1768 comme lieutenant en second. Il devient ensuite ingénieur, puis capitaine. Ses premiers emplois le conduisent dans plusieurs villes frontières. À l’époque, les frontières du royaume sont encore pensées à travers les systèmes fortifiés hérités de Vauban : pour un jeune officier, ces affectations sont une école concrète de la guerre défensive, des routes stratégiques, des magasins et de l’entretien des ouvrages. Il acquiert ainsi une expérience administrative et de terrain qui lui sera très utile lorsque les régimes se succéderont.

Envoyé à la Martinique, Dabadie de Bernet se trouve dans les Antilles au moment où la France décide de soutenir les insurgés américains contre la Grande-Bretagne. Il est versé dans le corps expéditionnaire commandé par le comte de Rochambeau et participe à la guerre d’indépendance des États-Unis entre 1780 et 1782. Pour un officier du génie, cette campagne ne se résume pas aux combats : elle suppose l’installation de troupes outre-Atlantique, la mise en état des défenses et une coopération militaire inédite avec les forces américaines. Il revient en France après la paix de 1783, titulaire de la croix de Saint-Louis. Cette expérience américaine, partagée par une génération d’officiers français, l’a placé très tôt au contact d’une guerre révolutionnaire avant que la France ne connaisse la sienne.
En 1789, son parcours prend une dimension politique. Élu suppléant aux États généraux par le pays des Quatre-Vallées, il entre à l’Assemblée constituante le 27 août, en remplacement du comte de Ségur, démissionnaire. Il n’y recherche pas le rôle de tribune : il est surtout un député de travail. Membre du comité militaire, il met sa compétence au service de rapports touchant à l’organisation de l’armée et à la défense du territoire. Sa présence est intéressante à plus d’un titre : officier issu de l’ancienne armée, il accompagne la naissance d’institutions nouvelles sans rompre avec le métier qui constitue son identité profonde. Lorsque l’Assemblée se sépare, il reprend donc naturellement le service actif.

La Révolution le retrouve au camp de Paris en 1792, avant son envoi, l’année suivante, comme commandant du génie de l’armée de l’Ouest. Il arrive alors dans une guerre civile particulièrement brutale. Il participe à l’attaque du château de Chemillé et à la bataille de Saumur ; un cheval est tué sous lui pendant l’action. Lors de la défense du château de Saumur, il est fait prisonnier par les troupes vendéennes. Ces épisodes rappellent qu’un ingénieur militaire reste un officier combattant lorsque les circonstances l’exigent. Momentanément inquiété pendant la Terreur, il survit à cette période instable et reprend du service après Thermidor.
Nommé chef de bataillon le 26 frimaire an II, il sert au camp de Maubeuge puis est chargé de remettre en état les fortifications de Nieuport. Le choix de cette mission traduit la confiance accordée à son savoir-faire : réparer et réorganiser des ouvrages exposés est une tâche essentielle pour une République engagée dans la guerre contre les coalitions. En l’an III, il siège dans une commission mixte chargée de déterminer la défense des côtes. Promu chef de brigade par le Directoire en 1796, il demeure associé à cette réflexion stratégique. Il devient ensuite directeur du casernement de l’Intérieur et contribue au comité chargé de préciser le système défensif des frontières de la République.

Le Consulat ouvre pour lui une phase décisive. Le 14 thermidor an VII, il est nommé directeur des fortifications et chef du bureau du personnel du génie au ministère de la Guerre. Dans ces fonctions, il se situe au point de rencontre de l’administration et de l’opérationnel : il faut répartir les ingénieurs, suivre les travaux et préparer les armées. Employé à l’armée de réserve en 1800, il prend part à l’attaque du fort de Bard, aux opérations de San Giuliano et à la campagne qui mène à Marengo. Il avait préparé les travaux nécessaires aux passages de la Sesia et du Tessin ; il se distingue également au siège de Peschiera. La mobilité de l’armée de Bonaparte dépend alors largement des ponts, des passages, des routes et des sièges que le génie rend possibles.

La Légion d’honneur vient reconnaître cette carrière : il en devient membre en décembre 1803, officier en juin 1804, puis plus tard commandeur. Électeur des Hautes-Pyrénées, il conserve un lien institutionnel avec son département natal. Il sert près du ministre de la Guerre de l’an X à l’an XIII, puis accompagne la Grande Armée en 1805 et 1806. Les travaux de défense de Thorn, place importante de la campagne de Prusse et de Pologne, contribuent à sa promotion au grade de général de brigade le 8 mars 1807. À cinquante-neuf ans, l’ancien capitaine de l’armée royale est devenu l’un des généraux spécialistes de l’Empire.

À la fin de 1808, il est envoyé en Espagne pour commander le génie du corps du général Dupont. La campagne tourne au désastre avec la capitulation de Bailén : Dabadie de Bernet, comme le reste du corps, est fait prisonnier. L’événement est un choc considérable pour l’Empire, car il démontre que la guerre péninsulaire ne sera ni brève ni facile. Libéré et rappelé au service, il est créé baron de l’Empire par lettres patentes du 17 mai 1810. Son titre traduit moins une rupture qu’une consécration : l’Empire intègre dans sa nouvelle noblesse les serviteurs militaires capables, quels que soient leurs débuts sous l’Ancien Régime ou la Révolution.
En 1813, Dabadie de Bernet est appelé à Paris comme inspecteur général du génie. Il est bientôt dirigé vers l’île d’Aix, menacée de siège, puis retourne dans la péninsule Ibérique pour suivre de grands projets de travaux, notamment à Santoña et au port du Passage. La situation militaire empêche cependant l’aboutissement de plusieurs de ces plans. En 1814, il participe à la défense de Paris. La première Restauration le nomme commandeur de la Légion d’honneur. Durant les Cent-Jours, les sources divergent sur l’ampleur exacte de son emploi, mais il est finalement admis à la retraite le 6 octobre 1815. Sa carrière a traversé, sans abandon de son métier, la monarchie de Louis XVI, la Révolution, le Directoire, le Consulat, l’Empire et le retour des Bourbons.
La documentation disponible sur sa vie privée est plus discrète que celle qui éclaire ses services. Une lettre adressée au ministre de la Guerre en 1803 évoque toutefois « sa femme » et « deux de ses enfants » : elle montre un général attentif à sa famille au milieu de ses responsabilités parisiennes. Il meurt à Paris le 8 mars 1820, à soixante-douze ans. Son inhumation au Père-Lachaise, alors encore jeune nécropole, inscrit son nom parmi les acteurs de la grande transformation politique et militaire de la France. Son monument ne célèbre pas seulement un général d’Empire : il rappelle un homme du génie, administrateur des fortifications, vétéran de l’Amérique et député de 1789.
Repères de carrière
- 1768 : entrée dans le corps du génie après sa formation à Mézières.
- 1780-1782 : campagne d’Amérique au sein du corps expéditionnaire de Rochambeau.
- 1789-1791 : député à l’Assemblée constituante pour le pays des Quatre-Vallées.
- 1799-1800 : directeur des fortifications ; campagne d’Italie et bataille de Marengo.
- 8 mars 1807 : promu général de brigade.
- 17 mai 1810 : créé baron de l’Empire.
- 1813 : inspecteur général du génie.
Distinctions et titres
- Chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis.
- Membre, puis officier et commandeur de la Légion d’honneur.
- Baron de l’Empire.
- Général de brigade du génie.