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CRUVELLI Sophie (Crüwell)

Qui est Sophie Cruvelli ?

Date de naissance : 12 mars 1826 (Bielefeld, Royaume de Prusse).
Date du décès : 6 novembre 1907 (Monte-Carlo, Monaco), à 81 ans.
Activité principale : Cantatrice, soprano dramatique.
Nom de naissance : Sophie Johanne Charlotte Crüwell.

Où se trouve la tombe de Sophie Cruvelli ?

Sophie Cruvelli repose au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 38, avenue des Acacias, première ligne, dans la sépulture de son époux Achille Georges Vigier.

Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise
Plan des divisions du Père-Lachaise : la sépulture Vigier se trouve dans la division 38.

Le monument funéraire de Sophie Cruvelli au Père-Lachaise

La cantatrice est inhumée dans le tombeau de son mari, le vicomte Achille Georges Vigier. Cette chapelle funéraire, située avenue des Acacias, porte l’inscription « Sépulture Achille Vigier ». La plaque consacrée à Sophie donne son prénom complet, Jeanne Sophie Charlotte Cruwell, et indique Bielefeld comme lieu de naissance. Elle retient toutefois 1829, alors que les sources biographiques et les autorités de la Bibliothèque nationale de France établissent 1826. Le monument réunit ainsi la chanteuse et l’amateur de botanique dont le domaine niçois fut le parc Vigier.

Tombeau Vigier au Père-Lachaise, division 38
La sépulture Vigier, division 38 du Père-Lachaise. Photo : Wikimedia Commons.
Détail du monument Vigier au Père-Lachaise
Détail du monument funéraire Vigier. Photo : Wikimedia Commons.

Biographie de Sophie Cruvelli

Sophie Crüwell, devenue Sophie Cruvelli sur les affiches, a connu une carrière brève mais éclatante. Entre la fin des années 1840 et 1856, cette soprano allemande conquiert Venise, Milan, Londres et Paris, interprète Verdi, Bellini, Donizetti, Meyerbeer et Beethoven, et devient l’une des personnalités les plus commentées de l’opéra européen. Sa voix ample, son tempérament dramatique et une présence scénique que ses contemporains jugent magnétique lui assurent une réputation de vedette. Puis, à l’âge où beaucoup de chanteuses entrent dans leur pleine maturité, elle se retire presque entièrement de la scène publique. Sous le nom de vicomtesse Vigier, elle invente à Nice une autre manière d’être artiste : mécène, organisatrice de concerts, hôtesse d’un salon cosmopolite et bienfaitrice.

Son destin mérite d’être distingué des légendes qui l’ont entouré. Les récits du XIXe siècle ont aimé faire de la « Cruvelli » une diva capricieuse ou une fugueuse. Il est plus juste d’y voir une jeune femme exceptionnellement formée, consciente de son pouvoir sur la scène et sur le public, qui a pris des décisions inhabituelles dans un milieu où les carrières féminines restaient dépendantes des directeurs de théâtre et des agents. Son nom de scène, italianisé, correspond d’ailleurs à un usage courant dans l’opéra de son temps.

Sophie Cruvelli vers 1850
Sophie Cruvelli vers 1850. Bibliothèque nationale de France, via Wikimedia Commons.

Une formation entre l’Allemagne, Paris et l’Italie

Sophie Johanne Charlotte Crüwell naît le 12 mars 1826 à Bielefeld, en Westphalie prussienne. Sa famille appartient à la bourgeoisie protestante de cette ville industrielle. Son père est généralement présenté comme fabricant de tabac ; les sources divergent sur certains détails familiaux, mais elles concordent sur l’attention portée très tôt à l’éducation musicale des enfants. Sophie, sa sœur Marie — qui deviendra elle aussi chanteuse — et leur frère reçoivent des encouragements inhabituels pour une fratrie non issue du théâtre.

Les deux sœurs étudient d’abord avec Louis Spohr à Cassel. En 1844, leur mère les accompagne à Paris : Sophie travaille avec Francesco Piermarini, puis avec le ténor Marco Bordogni, professeur recherché du Conservatoire. Bordogni lui impose un apprentissage méthodique, fondé pendant de longs mois sur les gammes et le solfège. Cette discipline, frustrante pour une adolescente impatiente de paraître, forge pourtant l’assise d’une voix capable de passer de la virtuosité italienne aux grands emplois tragiques. Elle complète ensuite sa formation en Italie, alors cœur vivant de l’opéra.

Portrait de Sophie Cruvelli par Desmaisons
Portrait de Sophie Cruvelli par Desmaisons, via Wikimedia Commons.

Les débuts et l’affirmation d’une soprano dramatique

En 1847, elle se produit à la Fenice de Venise et attire l’attention par sa jeunesse et une voix déjà singulière. La saison suivante, l’impresario Benjamin Lumley l’engage pour Her Majesty’s Theatre de Londres. Elle y débute le 19 février 1848 dans Ernani de Verdi, au rôle d’Elvira. L’épreuve est considérable : le public londonien, habitué aux plus grands virtuoses italiens, est exigeant et la jeune artiste avoue une vive nervosité. Le succès vient pourtant rapidement. Elle chante Rosine dans Le Barbier de Séville, puis participe à la première britannique d’Attila.

Sa progression se poursuit à Berlin, Trieste, Milan et Gênes. À la Scala, lors de la saison 1849-1850, elle aborde notamment Attila, Nabucco, Ernani, Norma et Le Barbier de Séville. Cette diversité montre que Cruvelli n’est pas seulement une voix de force. Elle sait se plier à la ligne belcantiste, rendre l’éclat d’une héroïne verdienne et soutenir l’intensité du drame. Dans Attila, son Odabella devient l’un de ses rôles de prédilection.

Sophie Cruvelli photographiée vers 1854-1856
Sophie Cruvelli, photographie de Pierre Petit, vers 1854-1856. Musée Carnavalet, CC0, via Wikimedia Commons.

Paris et Londres : une vedette de l’opéra européen

À partir de 1851, le Théâtre-Italien de Paris et Londres lui offrent une double tribune. À Paris, elle chante Ernani, Norma, La Sonnambula, Fidelio et Semiramide. À Londres, son interprétation de Léonore dans Fidelio marque les esprits. Le rôle demande une chanteuse capable de faire entendre la noblesse de Beethoven tout en incarnant une femme qui se déguise, agit et affronte le danger pour sauver Florestan. La critique la compare à de grandes prédécesseures, et l’image de tragédienne s’attache durablement à son nom.

Son ascension culmine à l’Opéra de Paris en 1854. Elle y fait ses débuts comme Valentine dans Les Huguenots de Meyerbeer. Elle chante aussi Julia dans La Vestale de Spontini, Rachel dans La Juive de Halévy et Alice dans Robert le diable. Son contrat, très avantageux, témoigne de sa valeur sur le marché lyrique. La cour impériale suit ses prestations ; la reine Victoria l’entendra à plusieurs reprises, en 1851, 1852 et 1854.

Cette célébrité s’accompagne de tensions. Les directeurs supportent mal les exigences d’une artiste jeune, indépendante et recherchée ; les journaux amplifient chaque absence ou changement de programme. L’épisode le plus célèbre survient à l’automne 1854, lorsqu’elle quitte momentanément Paris au moment où l’Opéra prépare de nouvelles productions. La presse y voit une « fuite ». Elle revient pourtant chanter Les Huguenots avec un succès considérable. Ces anecdotes ne doivent pas masquer l’essentiel : elle défend son rythme et ses choix dans un monde qui juge volontiers une femme sur son caractère plus que sur son art.

Sophie Cruvelli, carte de visite de Joseph Silli
Sophie Cruvelli, photographie de Joseph Silli, vers 1854-1856. Musée Carnavalet, CC0, via Wikimedia Commons.

Verdi, Meyerbeer et le dernier triomphe parisien

Giuseppe Verdi conçoit le rôle d’Hélène dans Les Vêpres siciliennes en pensant à elle. La création, le 13 juin 1855 à l’Opéra de Paris, est son dernier grand triomphe sur une scène publique. Cruvelli y possède les moyens requis par la partition : autorité dans la déclamation, puissance dans les ensembles et aptitude à donner au personnage une stature héroïque. Sa participation est ainsi liée à la naissance d’un ouvrage majeur du répertoire verdien.

Giacomo Meyerbeer lui destine également Selika, le grand rôle féminin de L’Africaine, alors en préparation. Sophie Cruvelli ne créera jamais ce personnage : son retrait du théâtre modifie le projet, et l’opéra ne sera créé qu’en 1865, après la mort du compositeur. Cette précision importe, car elle a parfois été présentée à tort comme la créatrice de Selika. Son lien avec Meyerbeer est néanmoins réel : il admirait ses moyens dramatiques et pensait que sa voix servirait son héroïne.

Sophie Cruvelli dans une publication de 1895
Sophie Cruvelli dans Die Sängerinnen der letzten drei Jahrhunderte, 1895, via Wikimedia Commons.

Mariage, retrait et vie niçoise

En janvier 1856, Sophie Cruvelli épouse Achille Georges Hippolyte Vigier, alors baron et bientôt vicomte. Petit-fils du maréchal Davout, Vigier est un riche propriétaire passionné par l’acclimatation des plantes et par les jardins. Le couple s’installe principalement à Nice, où il possède la villa Vigier et un vaste domaine. Cette union marque le retrait de Sophie de la carrière internationale. Elle n’abandonne pas la musique, mais renonce aux tournées et aux engagements réguliers qui l’avaient conduite de théâtre en théâtre.

À la villa Vigier, elle organise des concerts de charité et reçoit une société européenne de passage sur la Côte d’Azur. Son salon, connu sous le nom de Cercle de la Méditerranée, rassemble artistes, voyageurs et personnalités du Second Empire. Elle y donne souvent Norma au bénéfice des pauvres. En 1874, le pape Pie IX lui attribue la Rose d’or, distinction rare accordée en reconnaissance de son action charitable. Le geste est d’autant plus singulier que Sophie Cruvelli demeure protestante toute sa vie.

En 1881, elle organise à Nice la première représentation française de Lohengrin de Richard Wagner et chante Elsa dans ce cadre philanthropique. Le choix est audacieux : Wagner reste encore peu familier à une grande partie du public français, et l’œuvre exige des moyens importants. Cette initiative confirme son goût pour les projets ambitieux et son désir de faire vivre la musique hors des seules institutions parisiennes.

Dernières années et sépulture parisienne

Veuve depuis 1882, Sophie Vigier conserve longtemps une forte présence sociale et musicale. En 1895, elle est de nouveau présentée à la reine Victoria, souvenir vivant des grandes saisons lyriques du milieu du siècle. Elle meurt le 6 novembre 1907 à l’Hôtel de Paris, à Monte-Carlo, après une visite à l’opéra. Elle a 81 ans. Son retour au Père-Lachaise la rapproche de son époux, mort vingt-cinq ans plus tôt.

Sa tombe de la division 38 rappelle une carrière internationale aujourd’hui moins connue du grand public que celles de nombreuses cantatrices de son temps. Pourtant, les portraits conservés à la Bibliothèque nationale de France, au musée Carnavalet et au château de Compiègne, ainsi que les archives des théâtres, permettent de retrouver une artiste placée au croisement du bel canto, du grand opéra français et du premier Verdi. Sophie Cruvelli incarne aussi une trajectoire rare : une femme qui, après avoir atteint une célébrité européenne, a choisi de redéfinir elle-même sa place dans la société artistique.

Rôles et opéras principaux

  • Ernani de Giuseppe Verdi : Elvira.
  • Attila de Giuseppe Verdi : Odabella.
  • Norma de Vincenzo Bellini.
  • Fidelio de Ludwig van Beethoven : Léonore.
  • Les Huguenots de Giacomo Meyerbeer : Valentine.
  • Les Vêpres siciliennes de Giuseppe Verdi : Hélène, création parisienne de 1855.
  • Lohengrin de Richard Wagner : Elsa, à Nice en 1881.

Distinctions et fonctions

  • Soprano engagée au Théâtre-Italien, à l’Opéra de Paris, à Her Majesty’s Theatre et à Covent Garden.
  • Artiste entendue par la reine Victoria lors de plusieurs saisons londoniennes.
  • Rose d’or attribuée par le pape Pie IX en 1874 pour ses œuvres de bienfaisance.
  • Organisatrice de concerts de charité à la villa Vigier de Nice.
  • Fondatrice et animatrice du Cercle de la Méditerranée à Nice.