Edmé Charles Chabert (1818-1890), généralement désigné sous le nom de Charles Chabert, fut ouvrier graveur sur métaux, militant socialiste et élu municipal parisien. Son existence épouse plusieurs des grands combats sociaux du XIXe siècle : la révolution de 1848, la répression du Second Empire, l’Internationale, la Commune de Paris et la construction des organisations ouvrières. Sa sépulture se trouve au cimetière du Père-Lachaise, dans la 76e division.
Qui était Edmé Charles Chabert ?
Né à Paris le 13 décembre 1818, Edmé Charles Chabert apprend et exerce le métier de graveur sur métaux. Cet artisanat, exigeant et précis, le place au contact du monde ouvrier parisien dont il devient l’un des porte-parole. Il meurt à Paris le 24 mai 1890, à l’âge de soixante-et-onze ans. Sa trajectoire ne se réduit pas à une carrière élective : elle est celle d’un homme de métier engagé, durablement présent dans les réseaux républicains, coopératifs et socialistes.

Très tôt, Chabert prend part aux mouvements politiques de son temps. Lors de la révolution de février 1848, il participe à l’effervescence parisienne et s’associe aux clubs démocratiques et sociaux qui discutent alors du suffrage, du travail et de la République. Il préside notamment le club communiste de l’île de la Cité. Après les journées de Juin, la réponse de l’État est implacable : arrêté le 24 juin, il subit une longue période de déportation. Cette première répression ne le détourne pas de l’action politique.
Opposant au coup d’État du 2 décembre 1851, il est de nouveau poursuivi sous le Second Empire et déporté à Lambessa, en Algérie. Ces années d’éloignement forment une expérience commune à de nombreux militants républicains et socialistes. Revenu à Paris après l’amnistie, Chabert retrouve les débats du mouvement ouvrier avec une conviction constante : l’émancipation des travailleurs suppose à la fois organisation, instruction et solidarité économique.
Où est la tombe de Charles Chabert ?
La tombe de Charles Chabert est située dans la division 76 du Père-Lachaise, avenue Circulaire, deuxième ligne. Cette localisation, relevée par l’Association des Amis et Passionnés du Père-Lachaise, permet de retrouver un monument sobre, dominé par un buste de bronze. Chabert y repose dans une concession gratuite accordée par arrêté préfectoral du 21 juillet 1890, quelques semaines après sa mort.

Le monument funéraire de Chabert
Le regard est d’abord attiré par le buste de bronze qui surmonte la sépulture. Il est signé du sculpteur Charles Lafuma et daté de 1888, donc du vivant de Chabert. Le choix d’un portrait sculpté inscrit la tombe dans une tradition civique : il ne s’agit pas seulement de signaler une place d’inhumation, mais de conserver le visage d’un militant et conseiller municipal connu dans les quartiers populaires de Paris. La sculpture donne au monument une présence particulièrement forte au sein de la division.


Biographie de Charles Chabert
Dans les dernières années de l’Empire, Chabert participe aux réunions publiques qui rendent de nouveau possible l’expression des idées ouvrières. Il est membre de l’Association internationale des travailleurs, la Première Internationale, et siège au Comité central républicain des Vingt arrondissements. Celui-ci rassemble des militants attentifs aux conditions de vie des classes populaires et à la défense de la République. La culture politique de Chabert se nourrit alors de l’expérience des associations, de la discussion collective et de l’organisation par métier.
Lorsque Paris devient la Commune en 1871, Chabert est présent dans la Commission fédérale des artistes et prend également part à la défense de la capitale, au sein d’un bataillon ou d’une légion. Après l’écrasement de la Commune, il est détenu plusieurs mois. Son dossier aboutit finalement à un non-lieu, mais cette séquence rappelle la fragilité des trajectoires militantes après la Semaine sanglante : il faut souvent reconstruire patiemment, entre surveillance politique, difficultés matérielles et nécessité de renouer les liens collectifs.
Chabert se tourne alors avec énergie vers le mouvement coopératif. Il contribue à l’Union syndicale ouvrière, dissoute par le gouvernement de Thiers, ainsi qu’à diverses initiatives d’association et de consommation. Son intérêt pour l’économie sociale n’est pas une parenthèse éloignée de la politique : pour lui, les coopératives peuvent donner aux travailleurs des instruments concrets d’autonomie. Délégué à l’Exposition universelle de Vienne en 1873, il observe les expériences étrangères et réfléchit aux moyens d’améliorer durablement la condition ouvrière.
Au fil des années 1870 et 1880, son engagement le conduit au sein des courants collectivistes puis socialistes. Il collabore notamment au journal Le Prolétaire et figure parmi les militants liés à la formation du Parti ouvrier, bientôt désigné comme le Parti ouvrier français. Avec Paul Lafargue, Jules Guesde et d’autres organisateurs, il participe à l’effort qui vise à doter le monde du travail d’un programme, d’une presse et de cadres militants. Les désaccords entre tendances socialistes sont déjà vifs ; Chabert demeure, lui, fidèle à l’idée d’une représentation politique directement issue des milieux populaires.
Cette représentation prend une forme institutionnelle lorsqu’il est élu conseiller municipal de Paris en 1884, puis réélu en 1887 et en 1890. Il représente le quartier du Combat, dans le 19e arrondissement. Au Conseil municipal, son parcours d’ouvrier graveur donne un relief particulier à sa présence : l’Hôtel de Ville accueille désormais un élu dont l’expérience vient des ateliers, des clubs et des associations. Il n’est pas député national ; sa carrière publique se déploie principalement à l’échelle parisienne, là où la question sociale se vit quotidiennement.
La mort de Charles Chabert, le 24 mai 1890, met fin à plus de quarante années d’engagement. Sa tombe du Père-Lachaise, avec le buste exécuté avant son décès, prolonge aujourd’hui cette mémoire. Elle rappelle l’itinéraire d’un artisan devenu acteur du mouvement ouvrier, témoin des révolutions et des répressions du siècle, et l’un des artisans de l’entrée des socialistes dans la vie municipale parisienne.

Repères
- Nom : Edmé Charles Chabert
- Naissance : 13 décembre 1818, Paris
- Décès : 24 mai 1890, Paris
- Activités : ouvrier graveur sur métaux, militant socialiste, coopérateur et conseiller municipal de Paris
- Sépulture : cimetière du Père-Lachaise, division 76