Qui est Gerda Taro ?
Date de naissance : 1er août 1910 (Stuttgart, Allemagne).
Date du décès : 27 juillet 1937 (L’Escurial, Espagne) à 26 ans.
Activité principale : Photo-journaliste allemande connue pour ses reportages sur la guerre d’Espagne, compagne du photographe Robert Capa.
Nom de naissance : Gerta Pohorylle.
Pseudonyme : Gerda Taro.
Où est la tombe de Gerda Taro ?
La tombe est située dans la division 97

Le monument funéraire de Gerda Taro au Père-Lachaise

Grave of Taro.
Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons

Grave of Taro.
Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons
Biographie de Gerda Taro
Née Gerta Pohorylle à Stuttgart le 1er août 1910, elle a traversé les années 30 avec une urgence de vivre et de témoigner qui l’a menée jusqu’au front de Brunete. Première femme photojournaliste à mourir au combat, elle a prouvé que le courage n’avait pas de genre et que la photographie pouvait être une arme de résistance massive contre le fascisme. Redécouvrir Gerda Taro, c’est suivre la trajectoire d’une météore rousse qui a payé de sa vie le désir de montrer au monde la réalité brute de la guerre.

Gerda Taro, Guadalajara front, July 1937.
AnonymousUnknown author, Public domain, via Wikimedia Commons
De Leipzig à Paris : La Fuite vers la Liberté
Le parcours de Gerda Taro s’enracine dans la tourmente de l’Europe centrale. Issue d’une famille juive d’origine galicienne, elle grandit dans une Allemagne qui voit monter les périls. Très tôt, son tempérament rebelle s’affirme : à Leipzig, elle fréquente les milieux socialistes et s’engage activement contre le nazisme naissant. En 1933, après avoir été arrêtée pour distribution de propagande anti-hitlérienne, elle comprend que son destin ne peut plus s’écrire sur sa terre natale.
L’exil la mène à Paris, capitale des réfugiés et des artistes. C’est dans les cafés de Montparnasse que la jeune Gerta se réinvente. Entre les emplois précaires de dactylo et les discussions passionnées au café Le Dôme, elle cherche sa voie. Paris est pour elle le laboratoire de sa transformation : elle y rencontre la liberté, la précarité, mais surtout celui qui va changer sa vie à jamais, un jeune photographe hongrois exilé comme elle : André Friedmann.
L’Invention de Robert Capa : Un Coup de Génie Marketing
La rencontre entre Gerda et André est une fusion créatrice. Elle lui apprend l’élégance et la discipline ; il lui apprend la photographie. Mais dans un marché de l’image saturé, le talent ne suffit pas. C’est Gerda Taro qui a l’idée de génie qui va lancer leur carrière : elle invente le personnage de « Robert Capa », un photographe américain imaginaire, riche et célèbre, dont elle serait l’agent. André devient Capa, et Gerta devient Gerda Taro.

Photographer Robert Capa during the Spanish civil war, May 1937. Photo by Gerda Taro.
Gerda Taro, Public domain, via Wikimedia Commons
Ce subterfuge leur ouvre les portes des plus grandes agences. Mais Gerda n’est pas qu’une attachée de presse de talent ; elle s’empare de l’appareil avec une virtuosité croissante. Tandis que Capa privilégie le Leica et le 35 mm, elle travaille souvent au Rolleiflex, offrant un cadrage carré, plus posé mais tout aussi percutant. Ensemble, ils forment une équipe de choc, signant leurs clichés « Capa-Taro », fusionnant leurs identités jusqu’à ce que la guerre d’Espagne ne les appelle au front.
L’Espagne au Cœur : Le Baptême du Feu
Lorsque la guerre civile éclate en 1936, Gerda et Robert sont parmi les premiers à rejoindre les rangs républicains. Pour eux, ce n’est pas seulement un reportage, c’est un engagement viscéral. Gerda Taro devient la figure de proue de cette nouvelle génération de reporters de guerre. Elle est partout : sur le front d’Aragon, à Madrid, à Valence. Elle photographie les miliciennes à l’entraînement, les civils sous les bombes, la fureur des combats.
Sa présence sur le terrain est une révolution. Petite, rousse, d’une élégance qui ne la quitte jamais même dans la poussière, elle gagne le respect des soldats par son intrépidité. Elle s’approche au plus près du danger, appliquant avant l’heure le précepte de Capa : « Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près. » En Espagne, Gerda Taro cesse d’être « la femme de » pour devenir une signature à part entière, dont les clichés sont publiés dans Vu, Regards ou Ce Soir.
La Bataille de Brunete : La Mort en Direct
En juillet 1937, Gerda couvre seule la bataille de Brunete, l’un des affrontements les plus sanglants de la guerre. Capa est à Paris, elle est au cœur de la fournaise. Le 25 juillet, alors que les troupes républicaines battent en retraite sous les bombardements des avions de la légion Condor, le chaos s’installe. Dans la confusion du repli, Gerda grimpe sur le marchepied d’une voiture transportant des blessés.
Un char républicain, hors de contrôle, percute le véhicule. Gerda est projetée au sol et écrasée. Transportée d’urgence à l’hôpital de l’Escurial, elle lutte toute la nuit, restant lucide malgré des blessures atroces. Elle meurt au petit matin du 26 juillet 1937, à l’âge de 26 ans. Sa mort provoque une onde de choc internationale. Elle n’est plus seulement une photographe ; elle devient la martyre de la cause républicaine, le symbole du sacrifice de la jeunesse intellectuelle face au fascisme.
« Notre photoreporter Gerda Taro a trouvé la mort près de Brunete, où elle couvrait la bataille. Un char républicain a percuté la voiture sur le marchepied de laquelle elle se tenait pour quitter le village désormais entre les mains des insurgés. »
(Notice nécrologique parue dans la revue « Ce soir »).

Noticias sobre la muerte de Gerda Taro, que asistió como reprotera de guerra en la batalla de Brunete. Exposición Por la defensa de la Cultura en el Centro del Carmen de Valencia.
Dorieo, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
L’Adieu du Père-Lachaise : Une Icône Antifasciste
Le retour de sa dépouille à Paris donne lieu à des funérailles nationales. Le 1er août 1937, jour de ce qui aurait dû être son 27e anniversaire, une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes suit son cercueil jusqu’au cimetière du Père-Lachaise. Louis Aragon et Pablo Neruda prononcent son éloge funèbre. Sa tombe, sculptée par Alberto Giacometti, devient un lieu de pèlerinage pour tous les antifascistes d’Europe.
Pourtant, après sa mort, le nom de Gerda Taro va lentement s’effacer dans l’ombre portée par la légende de Robert Capa. On attribuera souvent à ce dernier des photos prises par elle. Il faudra attendre des décennies, et la découverte fortuite en 2007 de la « valise mexicaine » contenant des milliers de négatifs perdus, pour que l’on puisse enfin rendre à Gerda ce qui appartient à Gerda. On y découvre une artiste complète, au style audacieux, capable d’une empathie bouleversante pour ses sujets.
L’Héritage : Le Regard Retrouvé
Aujourd’hui, Gerda Taro a retrouvé sa place au panthéon des grands photographes du XXe siècle. Elle a légué au photo-journalisme une éthique de l’immersion et un courage qui servent encore de modèle. Elle a prouvé que l’appareil photographique pouvait être un témoin actif de l’histoire, capable de mobiliser les consciences par la seule force d’une image juste.
Réalisations et Œuvres Marquantes
L’œuvre de Gerda Taro, bien que fauchée en pleine jeunesse, constitue un témoignage visuel unique sur les espoirs et les tragédies des années 30.
Reportages Iconiques :
- 1936 : Miliciennes à l’entraînement – Une série de photographies sur la plage de Barcelone, montrant le rôle nouveau des femmes dans le combat républicain.

Woman training for a Republican militia in Spain, 1936.
Gerda Taro, Public domain, via Wikimedia Commons
- 1937 : Le bombardement de Valence – Des images poignantes de la morgue et des décombres, saisissant l’horreur des attaques contre les civils.
- 1937 : La bataille de Brunete – Ses ultimes clichés, pris sous le feu, documentant l’une des phases les plus violentes de la guerre civile.
Publications et Expositions Posthumes :
- 1938 : Death in the Making – Ouvrage publié par Robert Capa à New York, regroupant leurs photos de la guerre d’Espagne (réédité récemment pour identifier précisément le travail de Taro).
- 2007 : La Valise Mexicaine – La redécouverte de ses négatifs perdus, permettant une réattribution massive de son œuvre et une exposition mondiale itinérante.
Distinctions et Hommages :
- Sépulture au Père-Lachaise : Sa tombe (division 97), ornée d’une vasque d’Alberto Giacometti, est classée monument historique.
- Reconnaissance historique : Considérée officiellement comme la première femme photographe de guerre professionnelle à être morte sur le terrain.
- Toponymie : Plusieurs rues et places portent son nom (à Paris, Leipzig, Madrid), célébrant son engagement pour la liberté et son apport à l’art photographique.